Troisième dimanche de l'Avent (B)

Troisième dimanche de l'Avent (B) Didier Croonenberghs

« Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que vous voulez entendre, ce que vous entendez, ce que vous croyez en comprendre, ce que vous voulez comprendre et ce que vous comprenez, il y a au moins neuf possibilités de ne pas se comprendre… »

« Crier dans le désert ». Qui d’entre nous n’a pas déjà eu l’impression de ne pas être compris ? N’avons-nous pas tous certains jours le sentiment de parler à des murs ; de prêcher, comme Jean-Baptiste, dans le désert ! Voilà un constat plutôt banal. Et pourtant, ce 3ème dimanche de l’Avent célèbre la joie. Gaudete, réjouissez-vous ! Il y a en effet une invitation à la joie profonde derrière cet évangile. Pour la découvrir, reprenons le texte et la figure de Jean-Baptiste.

 « Qui es-tu ? » Voilà la question intrusive qu’adresse à Jean cette espèce de commission d’enquête de prêtres et de lévites. Dans un premier temps, Jean semble se définir par la négative. Je ne suis pas Elie, je ne suis pas le Messie, je ne suis pas la lumière... Vous le savez, il est toujours plus facile de dire ce que nous ne sommes pas, plutôt que de révéler ce que nous sommes réellement. Dans nos vies, nous pouvons être traversés de manière plus ou moins forte par cette recherche d'identité par la négative, voire par l'opposition. Certains essaieront de réussir là où d'autres —leurs parents peut-être— ont échoués. D'autres chercheront une reconnaissance qu'ils n'ont jamais reçue. Comme des ados, d'autres encore essaieront de se poser, en s'opposant... laissant paradoxalement la clé de ce qu’ils sont dans les mains de ceux contre qui ils s'opposent ! Mais s’arrêter là serait faire injustice à Jean-Baptiste. A la question « Que dis-tu sur toi-même ? », Jean-Baptiste répond bien par l’affirmative. « Je suis la voix de celui qui crie : préparer les chemins du Seigneur ». Et nous, que dirions-nous ? Nous pourrions répondre de manière quelque peu narcissique, en partant de nous… Mais Jean Baptiste parle de lui-même dans sa relation à un autre. Il n’est pas en quête reconnaissance. Son identité est bien d’être en relation avec celui qui ne cesse de venir. C’est comme s’il avait au fond de lui cette nécessité brûlante d’annoncer ce qui est déjà là.

Voilà la prédication de Jean-Baptiste…  Alors, prêche-t-il vraiment dans le désert ? N’est-ce pas plutôt dans nos déserts, qu’il faut faire résonner cette voix ? Sans rentrer dans des détails complexes d’exégèse, la citation d’Isaïe dans l’Evangile est entourée de multiples interprétations… Et pour certains biblistes, une erreur de transcription et de traduction a retenu que c’est « la voix qui clame dans le désert ». Or, pour d’autres, c’est dans le désert qu’il faut préparer les chemins du Seigneur… Le désert ne se rapporte pas au lieu où crie la voix, mais à l’endroit où les chemins doivent être préparés. La traduction serait donc : « Je suis la voix de celui qui crie : dans le désert, préparez les chemins du Seigneur ».

Bien souvent, nous refusons d’aller dans nos propres déserts, dans le manque, dans ces lieux où rien n’est tracé. Ce n’est pas là que nous voulons y découvrir une joie profonde. Or, cette qui joie se tient au milieu de nous, n’est-elle pas dans nos propres déserts ? Qu’est-ce que la joie, sinon ce qui nous meut, ce qui nous met en mouvement ? Le désert est justement ce lieu où on ne peut stagner. Il est ce manque qui nous fait aller de l’avant. Oui, pour que la joie croisse, il faut parfois que notre ego diminue… pour que, comme le dit le poète, nous avancions afin de « trouver notre joie dans la joie de l’autre. » Jean le Baptiste, tout en prétendant ne pas être la lumière, nous dirige cependant vers elle. Il a compris que la joie se trouve dans ces lieux essentiels que nous avons désertés… Et ce lieu que nous désertons, c’est parfois nous-mêmes. Au milieu de vous, se trouve une joie que vous ne reconnaissez pas.

Alors, rendons justice à Jean-Baptiste. Ce qu’il annonce —loin des images ascétiques qu’on lui donne— est une véritable joie, une musique dont la clé et la tonalité sont à notre portée, au milieu de nous, à la mesure de ce que nous sommes. Mais pour que cet appel à la joie ne reste pas un cri dans le désert, osons justement nous rendre dans celui-ci. Osons l’intériorité. Osons apprivoiser le silence, habiter nos solitudes, y reconnaître une présence. Osons nous rendre présent à ce qui se présente. Alors, ce temps de la venue sera pour nous source de joie véritable. Amen.


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