Troisième dimanche ordinaire (B)

Troisième dimanche ordinaire (B) Philippe Henne

La liturgie est faite de choses surprenantes.  Nous sommes maintenant dans l’année B, l’année consacrée à la lecture continue de l’Evangile selon saint Marc.  Et la semaine dernière, nous avons commencé avec la lecture d’un passage de l’Evangile selon … saint Jean ! C’est sans doute parce que l’Evangile selon saint Marc est tellement court que les organisateurs de la liturgie se sont dits qu’il était plus prudent de rajouter un morceau au début pour être sûr d’arriver à la fin.  Et ils ont eu raison puisqu’à la fin de l’année liturgique, pour la fête du Christ Roi de l’univers, la liturgie a prévu un passage de l’Evangile selon saint Jean, encore une fois.  Tout cela doit attirer notre attention sur le fait que les choses ne sont pas aussi simples qu’on le croit et qu’il faut accepter d’être dérangé pour pouvoir découvrir la vérité.

            C’est la même chose pour l’Evangile d’aujourd’hui.  Le Christ est là.  Il parle.  Il prêche, mais que dit-il ? « Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu est tout proche.  Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle ».  Il n’y a là rien de très original : Jean-Baptiste l’avait déjà dit.  Et c’est surprenant que Jésus se limite à répéter les paroles de Jean-Baptiste, parce que c’est lui la Bonne Nouvelle, c’est lui qui instaure et réalise le Règne de Dieu sur terre, c’est lui qui accomplit les temps.  Et c’est là sans doute ce que les premiers apôtres ont senti spontanément.  Pourquoi voulez-vous que Simon-Pierre et André, Jacques et Jean, pourquoi voulez-vous que ces pêcheurs lâchent leurs filets et aillent suivre quelqu’un qui leur dit : « convertissez-vous » ? Est-ce qu’ils n’avaient pas confusément senti que cet homme qui les appelait était beaucoup plus qu’un simple prédicateur ?

            Et c’est là tout le mystère de la rencontre avec Jésus, comme avec tout homme ou toute femme : il y a tout d’abord une part de séduction et puis, surtout, après cela, il y a un long cheminement de compréhension.  Vous avez remarqué : ces premiers disciples n’ont pas suivi Jésus parce qu’il avait fait des miracles. Cela viendra bien après. C’est pour cela que souvent Jésus recommandera par la suite à ceux qu’il a guéri de se taire et de ne pas dire qu’il leur a fait.  Jésus ne veut pas être pris pour une fête de foire, un magicien, quelqu’un qui fait des miracles, un point c’est tout.  C’est là sans doute le drame que vivent beaucoup d’entre nous : nous sommes souvent réduits à un aspect de notre activité ou de notre personnalité.  Vous imaginez, vous, que Roméo dise à Juliette : « c’est fou, ce que tu cuisines bien les pâtes ! »  C’est gentil, mais c’est un peu court.  Juliette est beaucoup plus qu’une bonne cuisinière.  Et Jésus, c’est beaucoup plus que quelqu’un qui nous console dans les difficultés, qui nous donne de bons conseils à suivre.          C’est ce que les esprits impurs, eux, ont bien compris.  Quand ils sortent hors du corps d’un homme qu’ils avaient torturé pendant des années, ils reçoivent l’ordre formel et militaire de ne rien dire parce que eux savaient qui était vraiment Jésus, le Fils de Dieu (Mc 1, 24).  Nous l’entendrons dans l’Evangile de la semaine prochaine.  Et si eux sont capables de comprendre tout de suite qui est vraiment Jésus, c’est parce qu’ils sont torturés par l’attente d’un sauveur.  Ils sont là, le cœur déchiré en deux. 

            Et c’est sans doute la raison pour laquelle Jésus commence sa prédication par l’annonce d’une Bonne Nouvelle.  Et c’est sans doute la raison pour laquelle nous commençons l’Eucharistie par l’écoute de la Parole de Dieu : pour nous préparer à recevoir vraiment Jésus qui vient vers nous avec son corps et avec son sang.  C’est beaucoup plus qu’une belle histoire de guérison ou de consolation.  C’est le don entier de lui-même.  Alors laissons échapper de notre cœur cet appel que nous cachons bien souvent, cet appel au bonheur, mais surtout cet appel à une rencontre amoureuse qui nous emportera dans une aventure infinie.


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