Ascension du Seigneur

Auteur: Laurent Mathelot
Date de rédaction: 6/05/18
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : B
Année: 2017-2018


Est-ce que ça nous parle encore aujourd’hui, ce passage de l’Évangile : « Voici les signes qui accompagneront les croyants : en mon nom, ils expulseront les démons ; ils parleront en langues nouvelles ; ils prendront des serpents dans leurs mains et, s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal. »

Nous sentons-nous capables, nous ici, de prendre des serpents dans les mains ou de boire du poison ? Et bien, je vous propose de tenter l’expérience … qui est volontaire pour le poison ? Qui est volontaire pour les serpents ?

Nous comprenons que le poison représente les maux qui détruisent les entrailles, le corps et l’esprit et nous comprenons que les serpents représentent les morsures de la vie que nous subissons. Le texte ne dit pas que nous échapperons aux morsures des serpents ; le texte dit que nous n’en aurons plus peur, que nous oserons prendre en mains les morsures de la vie.

Et nous comprenons aussi que les langues nouvelles sont celles de l’amour et qu’à travers cette parole passe un pouvoir de guérison. « ils imposeront les mains aux malades, et les malades s’en trouveront bien. »

Voilà ce qui nous est promis :
D’être affranchis de la peur des maux et même de pouvoir les guérir ; de surprendre par notre langage sur l’amour et même, en son nom, de chasser des démons, ces mauvais esprits dont tant de personnes sont le jeu. L’Amour guérit tout, à commencer par la peur. Et il passe à travers nous d’une manière toute particulière, incarnée.

Incarné c’est à dire qui est de l’ordre de l’expérience concrète. Nous n’adorons pas tant un Dieu lointain, qui se trouverait au firmament d’un Ciel qui semble inaccessible – même si c’est le sentiment qu’on peut parfois avoir – nous n’adorons pas tant un Dieu lointain qu’un Dieu tout proche, qui frappe à la porte, dont l’amour passe à travers notre corps, notre cœur et notre esprit. Le Chrétien est celle ou celui à travers qui passe une part de l’amour infini de Dieu. Il y a quelque chose de la puissance de Dieu qui passe à travers nous quand nous aimons. Et puisque notre foi n’est véritablement qu’incarnée, nous le sentons.

Nous sentons cette puissance d’amour et, si nous ne sommes pas encore capable d’en mesurer la plénitude – parce qu’il s’agit d’une puissance d’amour qui traverse la mort : nous sommes ici, dans l’Évangile, en présence du Ressuscité – de cette plénitude d’amour, nous savons déjà quelque chose et, pratiquement, cette puissance divine d’amour, qui passe à travers nous, doit se voir.

Précisément le Chrétien est celui dont la capacité d’amour se voit : parce qu’il parle un autre langage, parce qu’une force lui donne d’avoir moins peur d’affronter les maux, parce sa foi peut s’incarner au point parfois d’affronter des démons et, toujours, d’être un signe de guérison pour ceux qui souffrent.

L’Amour de Dieu qui coule dans nos veines, il faut qu’il se voie et qu’il s’éprouve – jusqu’à rejoindre « la pleine connaissance du Fils de Dieu, l’état de l’Homme parfait, la stature du Christ dans sa plénitude » dira Paul aux Éphésiens.

Avez-vous déjà ressenti une certaine plénitude dans la prière ; vous arrive-t-il de méditer sur l’amour et d’en ressentir de la joie ? Connaissez-vous cette assurance que l’on gagne en se sachant aimé : la disparition de la peur pour soi ; le seul souci de la peur pour les autres. Vous êtes vous déjà senti aimé, comme porté sur des ailes, élevé, emporté au Ciel par amour ? Avez-vous déjà atteint des sommets ? Et peut-être même des extases amoureuses tellement proches de la plénitude que vous les avez vécues divinement ? Vous êtes vous déjà assis à coté de votre enfant, de votre conjoint, de vos amis ou de vos parents et dire : il y a quelque chose d’un amour infini entre toi et moi ? Avez-vous déjà réfléchi à l’amour inouï que vous éprouvez pour ceux qui vous sont proches, à ce désir d’un amour infini qui vous emporte – vous le savez bien – depuis l’enfance.

Avez-vous déjà eu le cœur inondé d’amour au point de vous croire sur la sainte montagne de Dieu, de toucher au Ciel et même, un temps, d’y demeurer ? Connaissez-vous cette élévation de l’esprit, de l’âme, du cœur et corps capable d’emporter tout votre être dans un élan amoureux ? L’Ascension c’est cela, au-delà de ce que nos sens nous laissent imaginer.

Et à mesure que passe à travers-nous cette puissance ascensionnelle, à mesure que la foi en un amour infini – incarné, vivant, puissant – nous donne de nous élever vers des sommets divins et finalement vers Dieu, toute peur nous quitte, nous échappons à la souffrance et aux maux, et même la mort perd son rang.

Le christianisme est une foi paradoxale qui offre une voie de plénitude à tous les sentiments. L’Ascension c’est le phénomène par lequel on se rend proche du divin, que ce soit dans les larmes, la douleur, la joie, l’extase ou simplement le quotidien ; s’élever spirituellement, c’est atteindre en toutes circonstances le sentiment de la proximité de Dieu.

L’ascension c’est enfin s’asseoir à coté de ce Dieu et dire «  il y a quelque chose d’un amour infini entre toi et moi ».