7ème dimanche de Pâques (B)

Auteur: Didier Croonenberghs
Date de rédaction: 13/05/18
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : B
Année: 2017-2018

« Quod omnes tangit ab omnibus tractari et approbari debet ». Pour les non latinistes de cette assemblée, permettez-moi de traduire cet adage, tiré du droit romain. « Ce qui concerne tout le monde doit être discuté et approuvé par tout le monde ». Voilà un idéal commun rarement atteint dans nos lieux de vie, un adage dont le développement a cependant eu un rôle important dans l’évolution de la démocratie, notamment dominicaine...

Concrètement, affirmer cela —dire que « ce qui concerne tout le monde doit être discuté par tous »— c’est croire en l’unité et la vérité.  C’est considérer que la vérité d’une décision est affaire d’unité  et qu’elle nous concerne tous.  Selon cet adage, vérité et unité doivent donc avancer côte à côte…  La grande prière que nous venons d’entendre est en quelque sorte le discours d’adieu de Jésus à ses disciples, dans l’évangile de Jean. Et vous aurez remarqué qu’elle insiste justement sur ces deux dimensions qui nous viennent de Dieu : non la foi, mais bien l’unité et la vérité.  « Père saint, garde mes disciples unis dans ton nom, pour qu’ils soient un ». « Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité. ». Nous voici encore une fois en présence de l’unité et de la vérité, où l’une ne peut avancer sans l’autre.   Cependant, y croyons-nous réellement dans notre vie ?  N’est-ce pas deux dimensions dont notre monde semble avoir fait le deuil ? L’unité est souvent un simple slogan et masque parfois bien des dissensions. Elle fait même peur, en ce qu’elle semble gommer nos différences. Quant à la vérité, nous savons bien qu’elle est plurielle et qu’elle s’accommode mal de l’unité. D’ailleurs, dans notre monde technique, nous préférons le concept d’utilité… L’utile devient ainsi un critère de réussite, presque de vérité ! Vérité et unité s’accommodent donc mal dans notre monde. Certainement pas si nous voulons voir notre vie autrement, avec les yeux de Dieu. C’est justement ce saut qualitatif que nous propose l’évangile de ce jour. L’unité n’est pas l’uniformité. Car l’uniformité gomme les différences, alors que l’amour en vit. La vérité n’est pas la transparence, mais le dévoilement d’un mystère, sur fond d’absence.  Car si Dieu est monté aux cieux, son effacement à nos regards nous ouvre à l'amour vrai et un dans la diversité de nos chemins.   La première lettre de Saint Jean culmine en effet avec cet extraordinaire phrase :  « Dieu, personne ne l'a jamais vu ». Voilà une phrase clé, qui rend le Christianisme crédible puisqu'il vient déminer tous nos fanatismes potentiels autour de la vérité et de l’unité. Dieu n'est ni un argument de vérité définitive, ni une preuve qui s'imposerait à tous.   Par l’événement de l’Ascension, c'est désormais ce retrait de Dieu qui rend notre foi crédible. C'est ce retrait —que nous avons entendu dans cette prière— qui nous offre la liberté. Voilà une dynamique qui n'est vraiment «pas de ce monde», pas de notre culture, où, pour exister, il faut avant tout être visible, efficace, utile. Oui « Dieu, personne ne l'a jamais vu », mais nous ne sommes pas orphelins. Par son effacement à nos regards, Dieu vient habiter au plus intime de nous, pour devenir ainsi la lampe du sanctuaire de notre cœur. Désormais, la présence de Dieu sera toujours médiate.  En Dieu, la vérité n’est plus une réponse mais une question, qui s’accommode de nos erreurs.  En Dieu, l’unité n’est plus une condition, mais un horizon, qui accepte nos errances.   Pourquoi ? Simplement parce que « si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour atteint en nous sa perfection ». Voilà le retrait de Dieu qui, loin d'une inexistence, devient présence réelle en chaque visage humain, où que nous soyons.  Si Dieu semble s'effacer à nos regards,  c'est pour que nos visages soient autant de facettes de Dieu.   Il n'agit pas d'une démission de Dieu,  mais comme une lettre de mission confiée à l'homme ! « De même que tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi,  je les ai envoyés dans le monde. » « Sanctifie-les dans la vérité »  Alors, s’il nous arrive parfois de vérifier la sainteté des autres, sonder leur efficacité, c’est bien l’inverse que l’évangile nous demande de faire. Non pas vérifier chez les autres leur unité intérieur.  Non chercher en eux leurs contradictions…  Mais se laisser sanctifier, consacré par la vérité de Dieu.   Dans toutes nos divisions, dans tous nos manques d’unité intérieures, il s’agit de nous laisser inspirer, de nous laisser sanctifier par cette vérité de Dieu, qui s’accommode toujours de nos diversités.  Puissions-nous alors, en ce temps d'effusion de l'esprit  découvrir cette présence divine et discrète,   qui nous rappelle que celui qui aime en vérité  demeure uni en Dieu. Amen