Solennité de la Pentecôte

Auteur: Philippe Cochinaux
Date de rédaction: 20/05/18
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : B
Année: 2017-2018

Une maman catéchiste profite de l’approche de la fête de la Pentecôte pour proposer aux enfants une animation sur l’Esprit-Saint.  Après  avoir développé son sujet en long et en large, elle décide de poser quelques questions aux enfants pour voir si ce qu'elle a présenté a bien été compris par eux. Et elle termine par cette question: « Que fait l’Esprit-Saint quand Il vient en nous ? »

Il y a un moment de silence... Sans doute, pense la maman catéchiste, parce que chaque enfant  est en train d'énumérer dans sa tête les sept dons de l'Esprit ou encore les qualités qu'Il imprime dans nos vies. Et voilà que le petit chahuteur du groupe se décide à répondre et dit : « Eh bien l’Esprit Saint, Il fait ce qu'Il peut ! ».  Cela aurait pu être une boutade, mais en fait , il semble bien que, notre petit chahuteur dit quelque chose de théologiquement très pertinent. Dans nos vies, Dieu le Père, en Jésus Christ et par l'Esprit, « fait ce qu'Il peut ».  Oui, il fait ce qu’il peut car il construit son Royaume avec nous, voire par nous.  Face à la réalité de notre monde et face aux différents malheurs qui s’y côtoient de par la faute et la vilénie de certains êtres humains, nous pourrions être pris de ce désir de nous replier sur nous-mêmes, de nous enfermer à l’instar des apôtres après la mort de leur Seigneur. Or nous savons que l’enfermement ne résout rien.  Pire, souligne George Lamotte, « celui-ci va à l’encontre de tout développement et épanouissement de la personne. Jésus prévoyant ce qui allait se passer chez ses apôtres après sa mort, leur avait promis un défenseur : l’Esprit ». Et, effectivement, comme nous venons de l’entendre, lorsque les apôtres reçoivent l’Esprit-Saint, la première chose que l’on observe c’est que Celui-ci les fait sortir car par sa puissance Il a fait disparaître leurs peurs. Aujourd’hui encore nous pouvons être habité de différentes peurs, poursuit cet auteur.  Il y a d’abord la peur de soi c’est-à-dire cette peur qui nous habite et qui nous pousse à ne pas avoir confiance en nous, à nous considérer comme quelqu’un de trop fragile voire d’incapable, à nous sous-estimer constamment, à croire que nous ne comptons que pour peu de personnes ici sur cette terre.  Mais cette peur de soi nous paralyse, nous enferme et surtout nous empêche d’oser vivre des relations vraies et enrichissantes, des relations qui nous donnent du baume au cœur parce qu’elles font ressortir le meilleur de qui nous sommes.  Puis il y a la peur des autres.  Cette fois, nous estimons que ces autres ne constatent que nos zones d’ombres, nos failles, nos fragilités.  Nous vivons avec ce sentiment qu’ils ne sont pas bienveillants à notre égard, voire qu’ils se rient de nous.  Chaque fois que nous sommes le sujet de leur conversation, c’est pour qu’ils puissent se moquer de l’être que nous sommes.  Cette peur des autres nous paralyse également dans notre manière de nous protéger, de nous méfier, d’être constamment sur la défensive, d’enfermer les autres dans une méchanceté imaginaire.  Vient ensuite la peur de la vie avec son lot de malheurs et de tristesses.  Ici, nous craignons ce qui peut nous arriver, nous avons le sentiment que notre monde s’est enfermé dans une spirale négative de laquelle il est impossible de sortir.  Nous vivons la vie comme si tout futur était à jamais bouché et que rien n’ira jamais mieux.  Ces peurs de la vie nous paralyse une fois encore.  Nous contemplons la misère du monde et nous n’entreprenons plus rien.  Notre aquabonisme a pris le dessus.  Nous devenons des spectateurs inutiles de ce monde en perdition.  Face à ces trois peurs, l’Esprit-Saint vient nous libérer.  Il nous pousse à nouveau vers la Vie.  Par sa venue, l’Esprit de Dieu nous donne à nouveau confiance en nous.  Il vient dire que chacune et chacun, nous sommes un être unique, digne d’être aimé de Dieu et des autres.  Ensuite, Il nous rend libre par rapport aux autres en nous donnant force et courage pour aller à leur rencontre tout en osant exprimer ce que nous vivons et nous ressentons.  Nos yeux et notre cœur s’ouvrent et s’éclairent.  Nous voyons en eux des personnes aimantes, fidèles et empreintes d’empathie et de respect à notre égard.  Et enfin, l’Esprit Saint face aux événements de la Vie nous libère en nous faisant comprendre que rien n’est jamais écrit d’avance, que nous avons, par nos propres actions et paroles, la possibilité d’influencer le monde dans lequel nous vivons et ce, à notre échelle.  Il nous donne la force et le courage d’affronter l’existence même lorsque je ne puis changer le cours des événements.  Nous vivons cette fois avec cette conviction qu’il nous accompagne dans la traversée de nos vies.  S’enfermer dans ses peurs, c’est cela pécher contre l’Esprit. Laissons-nous alors plutôt habiter par ce même Esprit pour qu’Il puisse « faire de son mieux » grâce à notre propre participation à la construction de son Royaume ici et maintenant.  Notre humanité n’en sortira que plus belle.  Bonne fête de Pentecôte.