10ème dimanche ordinaire (B)

Auteur: Didier Croonenberghs
Date de rédaction: 10/06/18
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 2017-2018

Cet évangile très dense —et apparemment un peu décousu— semble partir dans tous les sens. Vu le découpage de l’année liturgique, vous n’avez d’ailleurs pas dû l’entendre souvent dans une église… J’imagine toutefois qu’un détail ne vous aura pas échappé. « Jésus revint à la maison, où la foule se rassembla, si bien qu’il n’était même pas possible de manger. » 

La foule empêche donc Jésus de manger, de se restaurer, au lieu même où —d’ordinaire— nous reprenons des forces. Jésus ne peut donc reprendre des forces chez lui ! Il oppressé par une foule compacte et confronté au regard de sa propre famille et de ses proches.   Et voilà toute l’ambivalence de nos liens. Jusqu’où faut-il appartenir sans nous renier nous-même? Jusqu’où devons-nous correspondre à l’image qu’on nous donne ?   L’évangile que nous venons d’entendre est traversé par cette tension. Les proches de Jésus disent qu’« Il est hors de sens » et qu’il est fou. Le verbe grec est « existèmi », ce qui veut dire littéralement « il se tient hors de lui-même » ! Ses proches —synonymes ici de reproches— disent qu’il a perdu le sens, la tête. Il est hors de l’image qu’on attend de lui.   Plutôt que de se laisser ‘recadrer’, Jésus nous invite à un déplacement. « Qui sont mes frères, ma mère ? ».  Par cette question, Jésus relativise ainsi l’appartenance au groupe, et en particulier à la famille ! Nous le savons, parler de cultures familiales et de l’éducation que nous avons reçue est toujours une approche délicate, voire dans certains cas déplacée. Nous comparons souvent ce qui est incomparable ! Quand il s’agit de parler de l’éducation, de famille,  il faut bien accepter qu’il n’y a pas réellement de modèle et de définition. La famille —dans tout ce qu'elle a de complexe— est un lieu de joie comme de souffrances et de déchirement. Comme si, une fois encore, le « modèle d’une famille chrétienne » n’existait pas et heureusement d’ailleurs. C'est pour cela que —qui que nous soyons— nous pouvons nous réjouir de cette parole surprenante de Jésus, quelles que soient nos familles, composées, décomposées ou recomposées.  Car si Jésus n’a pas apparemment l’esprit de famille, il nous invite à entrer dans la famille de l’Esprit. La parole de Jésus nous amène un autre regard sur nos appartenances. Il n’est plus question d’esprit de famille, mais de famille selon l’Esprit.   S’inscrire dans cette famille de l’Esprit,  c’est devenir tous enfants de Dieu,  et se découvrir chacun comme frères et sœurs,  s’inscrire dans cette famille,  c’est exister par soi, grâce à l’autre c’est littéralement sortir de soi, pour se découvrir en Dieu. Faire partie de la famille de l’Esprit,  c’est découvrir sa relation filiale,  et reconnaître que le croyant solitaire est une impossibilité.  Un croyant égoïste —permettez-moi le jeu de mot— n’a finalement « Dieu que pour lui ». Mais celui qui vit selon l’Esprit, voit en l’autre, l’image de Dieu. Dans notre culture où l’esprit de masse, de groupe ou de famille prédomine et nous empêche de nous nourrir, le repli en soi, au sein du groupe, de la famille, de la patrie est le chemin le plus facile… La question adressée par cet évangile est donc toute simple : quels sont les lieux qui nous nourrissent réellement ? Est-ce véritablement en nous, chez nous, dans nos lieux communs, que nous reprenons des forces ? Ou est-ce hors de nous ? En l’autre ? Dans ce qui nous déplace ? Car, s’il y a des jours nous nous ne pouvons trouver des forces dans notre maison, s’il a des moments où nous éprouvons le poids du groupe, il est un lieu où nous pouvons toujours nous restaurer : cette famille selon l’Esprit de Dieu, qui souffle où il veut, au-delà des appartenances.    Quelles que soient les joies et les blessures de nos existences, quelle que soit notre histoire familiale, nous sommes toutes et tous inscrits dans cette famille-là, qui nous précède, dans laquelle nous pouvons reprendre des forces.  Et si nous croyons être en décalage par rapport à un groupe soi-disant modèle, nous ne le serons jamais par rapport à Dieu. A nous d'’entrer dans cette famille de l’Esprit, à de nous y restaurer, de nous y nourrir avec patience, à notre rythme, dans cette famille où tout le monde trouve sa place. Amen.

Dernière homélie

Homélie du 27 mai 2018
par le frère Dominique Collin