Nativité de Saint Jean-Baptiste

Auteur: Didier Croonenberghs
Date de rédaction: 24/06/18
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 2017-2018

Ils voulaient l’appeler Zacharie, du nom de son père. Mais sa mère prit la parole et déclara : « Non, il s’appellera Jean. ». « Nomen Omen » dit le dicton. Ce qui veut dire « le nom est un présage, une destinée ». En hébreu, le nom de Zacharie évoque en effet « le souvenir », le passé, alors que celui de Jean signifie « Dieu fait grâce ».

Ce changement symbolique de nom est peut-être le rappel de notre propre destinée. Chaque jour, il nous faut renaître, quitter le poids d’un passé, d’un souvenir, d’un « on a toujours fait comme cela » pour découvrir la grâce d’une ouverture, la joie du présent. La figure de Jean­—à l’image de son nom— nous invite donc à redécouvrir l’éternelle jeunesse de l’Evangile. Quitter un passé pour accueillir la grâce au présent. Et ce chemin passe nécessairement par une forme de changement, qui prend chez Jean le Baptiste le chemin de la décroissance. Nous le savons, dès l’antiquité, de nombreux peuples de l’hémisphère nord célébraient le solstice d’été en allumant des feux au moment où les jours commençaient à décroître. Les feux de la Saint Jean. « Lui, il faut qu’il grandisse, moi, que je diminue » s’écriera Jean-Baptiste. Jean-Baptiste est donc, permettez-moi l’expression, l’inventeur de cette décroissance joyeuse qui amène de la nouveauté ; symbole de ce changement de direction qui nous invite à découvrir pour nous-même une autre destinée. Il s’agit d’une transformation profonde, paradoxale, d’une invitation à franchir une frontière, une ligne de partage des eaux dans notre vie. C’est bien cela le « baptême de conversion » évoqué dans le livre des Actes. Quitter le poids d’un passé pour découvrir la grâce d’un présent ! Même si nous sommes peu nostalgiques, nous avons toutes et tous, au fond de nous, consciemment ou non, un cap à franchir, un passé à dépasser, un deuil à poursuivre. Passer cette frontière, c’est prendre le risque du baptême, le risque du « lâcher prise ».  Vivre sa vie de baptisé, ce n’est finalement rien d’autre que concrètement passer cette frontière. Lorsque le passé n’est plus un passif, et que nous sommes ouvert à la grâce du présent. Voilà le pari fou d’une vie de décroissance : renoncer à tout contrôler, renoncer à prouver quoi que ce soit, renoncer à se poser en s’opposant. Décroître, finalement, c’est quitter l’esclavage d’une histoire, pour découvrir une liberté nouvelle, c'est commencer à être vraiment heureux au quotidien. Suivre le chemin du précurseur, c’est découvrir que la joie se trouve finalement dans la capacité à garder les mains ouvertes plutôt qu'agrippées à ce que nous croyons être indispensable pour nous. Décroître, c’est quitter la quête d’une forme de croissance personnelle,  pour s’accepter finalement dans notre fragilité et notre faiblesse. Décroître, c’est accepter ce que —comme notre nom—nous n’avons pas choisi pour nous-mêmes.

«  L’enfant grandissait. Il alla vivre au désert » Voilà le chemin de Jean-Baptiste…  Alors, prêche-t-il vraiment dans le désert ? N’est-ce pas plutôt dans nos déserts, qu’il faut faire résonner cette voix de décroissance ? Bien souvent, nous refusons d’aller dans nos propres déserts, dans ces lieux où rien n’est tracé. Le désert est justement ce lieu où on ne peut stagner dans un passé. Il est tout au contraire ce manque qui nous ramène à notre quotidien. Oui, pour que la joie croisse, il faut parfois que notre ego diminue… Jean le Baptiste, tout en prétendant ne pas être la lumière, nous dirige cependant vers elle. Il a compris que la joie se trouve dans ces lieux essentiels que nous avons désertés… Et ces lieux que nous désertons, c’est parfois aussi nous-mêmes, c’est bien souvent le présent.  Au milieu de vous, se trouve une joie que vous ne reconnaissez pas.  Fêter la nativité de Jean Baptiste, c’est accueillir en nous cette joie de la nouveauté. Mais pour que cet appel à la joie ne reste pas un cri dans le désert, osons justement nous rendre dans celui-ci. Osons l’intériorité. Osons apprivoiser le silence, habiter nos solitudes, y reconnaître une présence. Alors, nous passerons du souvenir, à la grâce du présent. Alors notre nom de croyant sera vraiment « Dieu fait grâce ». Amen