Nativité de Saint Jean-Baptiste

Auteur: Philippe Henne
Date de rédaction: 24/06/18
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 2017-2018

C’est avec un peu d’étonnement que nous célébrons aujourd’hui la nativité de Jean-Baptiste, plus exactement c’est avec étonnement que nous voyons cette nativité célébrée avec tant de faste. Pensez ! La célébration de cette nativité  prime sur celle du dimanche.  Même la nativité de la Vierge Marie n’a pas ce privilège.  Si le 8 septembre la fête de la nativité de Marie tombe un dimanche, on célébrera cette nativité la veille ou le lendemain.  Et voilà que la Nativité de Jean-Baptiste prime sur le dimanche.  Pourquoi un tel honneur pour un personnage somme toute beaucoup moins populaire que la Vierge Marie ? C’est à cause de la place de Jean-Baptiste dans la vie de Jésus et dans l’histoire du salut.

Jean-Baptiste a visiblement eu un grand succès à son époque.  Même l’historien juif Flavius Josèphe en parle.  L’Ecriture, et en particulier l’Evangile selon saint Luc, ont voulu montrer qu’il y avait à la fois une continuité et une rupture entre Jean-Baptiste et Jésus.  C’est sans doute la raison pour laquelle saint Luc a mis en parallèle la naissance de Jean-Baptiste et celle de Jésus.  Les parents de Jean-Baptiste étaient de fidèles serviteurs du Seigneur, mais ils étaient devenus vieux et stériles.  C’est un peu comme certains aspects de notre vie et de notre monde.  Nous sommes confrontés à des défis que nous n’arrivons pas à relever avec les moyens habituels.  Que ce soit la crise migratoire ou celle de la construction européenne, nous sentons bien que nous ne pouvons plus continuer ainsi, qu’il faut trouver une nouvelle façon de voir les choses.  Autrement, nous risquons de devenir comme Zacharie, des hommes muets et sans parole.  Et c’est sans doute la raison pour laquelle Jésus est né d’une vierge, de quelqu’un de tout à fait neuf, qui n’est pas prisonnière du passé.  Et on voit tout de suite la différence entre Marie et Zacharie.  Maris chante le Magnificat avant même la naissance de Jésus, tandis que Zacharie chante le Benedictus après la naissance de Jean-Baptiste.  Pour Marie, le début même de l’aventure, le bouleversement dans sa vie, c’est déjà une bénédiction, tandis que Zacharie attend le résultat de ce bouleversement.  C’est comme si on disait que maintenant la crise migratoire et la crise de la construction européenne étaient pour nous une bénédiction, une invitation à voir les choses d’une manière différente. Oui, la nativité de Jean-Baptiste est une invitation à voir autrement notre place dans la vie et dans le monde. Il est intéressant de mettre en parallèle les deux fêtes de la nativité, celle de Jésus et celle de Jean-Baptiste.  Toutes les deux sont célébrées lors du solstice, solstice d’été pour Jean-Baptiste, c’est-à-dire au moment où le jour est le plus long, solstice d’hivers pour Jésus, c’est-à-dire au moment où le jour est le plus court.  Les journées vont maintenant raccourcir, un peu comme Jean-Baptiste qui va diminuer, s’écraser devant Jésus.  Ce n’est pas lui la vedette, c’est Jésus devant lequel il va s’écraser.  Et cela va à l’encontre de toute notre culture : i faut être le plus grand, le plus beau, le plus fort, quitte à écraser les autres.  Et voici que les crises que nous connaissons nous invitent à redécouvrir la grandeur et la richesse des hommes et des femmes qui vivent autour de nous et parfois bien loin de nous. Et c’est en cela que la nativité de Jean-Baptiste marque la continuité et la rupture : la continuité parce qu’il est l’héritier d’une grande tradition de prières et de dévouement au service de Dieu, la rupture parce qu’il faut maintenant servir Dieu non pas pour notre profit personnel, mais pour que grandisse et se développe la présence de Dieu dans notre vie et dans le monde.  Oui, nous devons être capables de faire comme Jean-Baptiste : découvrir dans la foule des gens qui nous entourent le véritable agneau de Dieu, découvrir dans l’agitation du monde les petites lumières qui redonnent à chacun d’entre nous. 

 

Dernière homélie

Homélie du 17 juin 2018
par le frère Laurent Mathelot