31ème dimanche ordinaire (année B)

Auteur: Didier Croonenberghs
Date de rédaction: 4/11/18
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 2017-2018

Je suppose qu’il vous est déjà arrivé de feindre l’écoute ! Vous êtes pris par vos questions et vos soucis, quelqu’un vous parle et vous acquiescez, sans trop prêter l’oreille. C’est le lot de tout être humain… Nous faisons parfois semblant d’écouter mais notre cœur est un peu loin. Pire encore, nous pensons savoir à l’avance ce que l’autre va nous dire. J’imagine que c’est déjà arrivé à l’un ou l’autre d’entre vous… en voiture peut-être… ou durant une homélie !

Nous pensons si bien connaître cet évangile qu’il nous arrive aussi de ne plus l’entendre, de ne plus nous laisser surprendre par lui. Tout d’abord —et c’est un cas unique chez Marc— un scribe pose une question à Jésus sans chercher à le mettre au défi. Ici, il n’y a pas d’intention cachée ou malveillante. Et si on prend le texte tel qu’il se donne, le premier commandement n’est pas celui auquel on pense. Il est bien celui de l’écoute ! « Ecoute Israël ! » Comme si cet impératif était le préalable à tout commandement.  

Quelle que soit la personne à qui nous offrons notre attention, écouter n’a rien de passif. Cela a même parfois quelque chose d’un peu « épuisant » dans le bon sens du terme ! Indépendamment de celui qui s’adresse à nous, écouter doit épuiser notre égoïsme, nous vider de nos certitudes. L’ écoute active vient creuser en nous un espace pour l’Autre et sa parole. Vous avez peut-être déjà fait l’expérience d’une telle écoute, un peu épuisante, parce que justement quelqu’un vient se reposer sur vous. En fait, l’écoute nous vide un temps —de nous-mêmes et de nos préoccupations— pour faire place à un Autre que nous-mêmes. C’est cela aussi s’aimer soi-même comme un autre :  creuser en soi un espace pour l’autre ; accepter que son cœur devienne pour un temps un lieu d’accueil et y trouver de la joie.

Voilà pourquoi écouter, ce n’est pas chercher à répondre à l'autre, sachant qu'il a en lui-même bien souvent les réponses à ses propres questions. Écouter, ce n’est pas se substituer à l’autre pour lui dire ce qu'il doit être ou doit faire. L’écoute est avant tout active. Le constat est banal, mais nous sommes dans un monde un peu sourd aux appels les plus pressants. La surdité nous menace tous.  D’ailleurs, deux attitudes rongent et minent notre écoute.

Il y a d’abord ceux qui n’écoutent pas parce qu’ils pensent avoir la réponse. Cause toujours, tu m’intéresses ! Pétris de certitudes, ils prennent l’attitude un peu dogmatique d’écouter chez l’autre ce qui conforte en eux leur propre idée ! A quoi bon écouter, puisque finalement la réponse est ultimement en moi ! Mais il y a d’autre part ceux qui n’écoutent pas parce qu’ils pensent qu’il n’y a pas réellement de réponse.... Lorsqu’on croit qu’il n’y a pas de réponse à la hiérarchie des valeurs et que l’épanouissement personnel est l’unique critère de nos actes, alors on verse dans un tel scepticisme ! A quoi bon écouter, puisque la vérité est de toute façon en l’autre et il la trouvera bien par lui-même !

En liant l’amour de Dieu, l’amour de soi et l’amour du prochain, l’évangile nous invite justement à éviter ces deux impasses de la relation et de l’écoute. L’amour peut se commander dans la mesure où il passe par un Autre, pour nous ramener à nous-mêmes. La réponse n’est jamais en nous. Elle n’est jamais définitivement en l’autre. Elle est entre les deux, dans une écoute active, une attention réciproque. D’ailleurs, la langue française le dit bien : on ne donne pas son écoute à un autre. On la prête parce que lorsqu’elle est juste, elle invite toujours à la réciprocité à l’écoute en retour. Mais l’évangile va plus loin. En fondant l’amour de l’autre dans l’amour de Dieu, Jésus nous indique finalement la source de tout amour. Car nous le savons,

L’amour en nous a besoin de durable
dans l’éphémère de nos sentiments.
L’amour a besoin de cohérence
dans l’éparpillement de nos affinités.
L’amour en nous a besoin d’unité
au-delà de l’impermanence de nos désirs.

Alors, osons donc croire en cet amour-là, qui vient faire notre unité. Cet amour qui, seul, peut se faire commandement. Osons croire qu’il y a cette source, unique, l’origine et l’horizon et de tous nos actes : cet amour de Dieu qui nous donne de l’écouter Lui ; et ce que nous sommes réellement pour Lui. Amen.