4e dimanche de Carême, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps du Carême
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Jn 3, 14-21

Ce jour là au catéchisme, les enfants avaient lu et commenté le texte de la traversée de la Mer Rouge. Lorsque le petit Samuel, vivant à Jérusalem, rentra chez lui, sa maman lui demanda ce qu'il avait appris au catéchisme. Il lui répondit : les israéliens s'enfuirent d'Egypte et Pharaon envoya son armée derrière eux. Les israéliens arrivant devant la Mer Rouge, se trouvent bloqués car ils ne peuvent pas la traverser. Or l'armée égyptienne avançait à grands pas. Elle était devenue très proche. Moïse voyant cela contacta par son GSM l'armée israélienne qui envoya un esquadron pour bombarder l'armée égyptienne pendant que la marine israélienne faisait un pont de fortune pour permettre aux fuyards de traverser la mer ». La maman fut plutôt choquée par un tel récit. Est-ce vraiment ainsi que ton catéchiste t'a raconté l'histoire de Moïse et de la traversée de la Mer Rouge, demanda-t-elle ? « Pas tout à fait, admit Samuel, mais si je te l'avais racontée comme lui l'a fait, tu ne m'aurais jamais cru ». L'enfant avait bien saisi l'invraissemblance de cette histoire. S'est-elle réellement produite, je n'en sais rien et je ne souhaite pas m'y attarder. Ce qui est par contre intéressant c'est qu'elle nous rappelle que l'histoire de Dieu, l'histoire de la Bible est de l'ordre de l'invraissemblable, elle dépasse notre logique humaine. Comment ne pas s'étonner de cette phrase de saint Jean : Dieu a tant aimé le monde qu'il a doné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle. Ces quelques mots résument le sens de notre foi. Si nous croyons nous avons la vie éternelle, ceci est encore plus invraissemblable aux yeux des êtres humains que l'histoire de la traversée de la Mer Rouge. Pourtant par notre foi, nous y croyons, en tout cas, nous espérons que notre vie ne s'arrête pas au moment de la mort, que cette dernière n'est qu'un passage, une étape vers cette vie éternelle promise. Ces quelques mots de l'évangile nous recentre vers l'essentiel au coeur du brouhaha de nos vies quotidiennes.

Reconnaissons que trop souvent nous nous laissons submerger par nos activités, ne plus perdre une minute devient notre leitmotiv. Le « Je n'ai pas le temps » est devenue l'expression fétiche de notre société. Dommage qu'aujourd'hui « je n'ai pas le temps » alors que je suis invité a décliner une telle expression au futur plutôt qu'au présent. Saint Paul, dans sa Lettre, nous invite a découvrir, que notre agitation quotidienne nous conduit à répéter à longueur de journée ce « je n'ai pas le temps ». Cependant si nous osions nous dire « je n'aurai pas le temps », la façon de vivre notre présent changera. Cela peut sembler compliqué, alors je vous convie à écouter et méditer cette chanson (Chanson de Michel Fuguain).

Le « je n'aurai pas le temps », c'est tout simplement reconnaitre et accepter que dans la vie qui nous a été donnée, nous ne serons jamais capable de pouvoir tout faire, tout réaliser. L'univers est trop vaste pour qu'un seul homme, une seule femme arrive à cela. Nous ne sommes pas Dieu. Alors n'est-il pas plus que temps comme le rappelle saint Paul de mettre un ensemble de « il faut » au placard. Ce n'est ni notre agitation, ni notre travail, ni toutes nos petites occupations qui vont nous sauver. La fébrilité nous détourne de notre destinée. C'est avant tout la grâce qui nous sauve. Non pas nous-même et encore moins nos actions. Le salut nous est donné. La réalisation de notre humanité, de notre propre destinée est le sens premier de notre salut. Cela nous est offert pas un Dieu qui aime profondément le monde qu'Il a créé comme le rappelle avec force l'évangile de ce jour.

Comment faire pour comprendre, êtes-vous en droit de me demander ? Tout simplement en nous arrêtant de courir pour nous promener à nouveau sur le chemin de l'essentiel, c'est-à-dire celui qui nous fait découvrir que chaque petit détail est une source de bonheur. L'extraodinaire peut aussi commencer, quand nous nous arrêtons. Souvenons-nous en, en ce temps de carême. Au risque même d'être dépassé par le temps.

Amen.

4e dimanche de l'Avent, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Avent
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Souvent on raconte des histoires aux enfants, pour leur faire plaisir et pour les émerveiller, ou encore pour leur faire comprendre des choses très importantes. Et les enfants écoutent, ravis.

Parfois ces histoires ont vraiment existé, mais on invente des détails. On en rajoute pour faire joli, pour intéresser. Parfois aussi ces histoires sont inventées de toutes pièces, mais elles disent des choses très vraies et très sensées. Le fond de ces histoires est une réalité. En racontant ce qui est convenu d'appeler aujourd'hui "l'évangile de l'enfance", les deux premiers chapitres de Saint Matthieu et les deux premiers chapitres de Saint Luc nous font entrer dans le réel d'un événement qui s'est passé, il y a deux mille ans. : l'existence en Palestine d'un certain Jésus de Nazareth. A partir de quelque chose qui est vraiment arrivé, l'histoire nous dit des choses très importantes pour notre vie. Elle se présente à nous tout habillée de beauté, de poésie, par ceux qui ont mis leur joie à nous la raconter.

Aujourd'hui, ce que l'évangéliste Luc et la communauté chrétienne qui l'entoure veulent nous transmettre, c'est leur foi en Jésus de Nazareth. Ils le reconnaissent tous comme est vraiment l'envoyé de Dieu, le vrai messie attendu par les Israëlites depuis des siècles, le sauveur promis. Jésus est d'abord un homme qui a existé. Comme tous les hommes, il a été un enfant, un adolescent. Il est devenu un adulte. E a accompli un certain nombre de choses qui ont marqué les femmes et les hommes d'une époque située avec précision dans notre histoire humaine. Il est passé parmi nous en faisant le bien. En faisant cela, U a contesté, dans la société de son temps, les forces du mal. C'est pourquoi, il a été condamné et exécuté. Mais Dieu l'a ressuscité et aujourd'hui, il est vivant par son Esprit dans le coeur de ses disciples.

Cet homme Jésus, les premières communautés chrétiennes l'ont confessé comme étant le Fils de Dieu. Et cette affirmation de leur foi était en premier lieu fondée sur sa mort et sa résurrection. Ses disciples ont reconnu la manière extraordinaire dont H a vécu sa mort. Préférant donner sa vie, plutôt que de changer quoique ce soit au message d'amour dont il était porteur. Dieu ne l'avait pas abandonné au pouvoir de la mort. B l'avait ressuscité à la vie près de Lui. Jésus s'était manifesté vivant aux apôtres, à ceux qui furent témoins de sa résurrection. Mais les communautés chrétiennes racontaient aussi comment durant sa vie, Jésus avait pris la défense des humbles et de pauvres. Comment fi rendait courage à tous ceux qui étaient rejetés ou méprisés, Comment fi remettait les malades débout et les guérissait. Comment il accueillait les pécheurs. On se souvenait également de son enseignement et de ses paroles. Cela anima les premiers chrétiens à découvrir que Jésus ne s'était pas seulement manifesté comme Fils de Dieu durant sa vie publique, mais qu'en était en réalité depuis le premier instant de sa conception. C'est ainsi qu'aujourd'hui dans le récit de l'Annonciation, l'ange Gabriel révèle les véritables titres de Jésus : ."Fils du Très-Haut" "Il régnera sur le trône de David son père'.

Ainsi l'histoire de Noël, dans son langage imagé et coloré, nous dit à l'avance qui sera ce Jésus, venu de la part de Dieu apporter la paix entre les hommes. C'est lui le messie promis, le véritable descendant du roi David. Pour comprendre aujourd'hui le message de l'Annonciation, peut-être devons-nous faire référence à l'expérience d'une femme qui devient mère. Au premier moment, c'est probablement la surprise lorsque les règles sont interrompues et que les tests pratiqués sont positifs. Parfois, pour des femmes seules, les mères célibataires, ce peut-être le drame, la catastrophe. Mais particulièrement pour la femme dans un couple normal, cela devient très vite une joie profonde. peut-être la plus grande joie qu'une femme puisse éprouver. Partageant ce bonheur avec son mari, la femme sentira bientôt l'enfant bouger, vivre en elle ! Mais l'arrivée d'un nouvel être, change beaucoup les relations à l'intérieur du couple. Ils étaient deux, désormais, même avant la naissance, ils sont trois. Aujourd'hui, les méthodes font beaucoup pour associer le mari à l'évolution de l'enfant dans le sein de sa mère. On dit même que ces relations parentales influenceront son comportement plus tard, tellement les relations harmonieuses sont constitutives de la personnalité. Nous pouvons peut-être penser que le fiat de Marie, comme l'acquiescement de Joseph et leurs relations mutuelles ont aidé la formation de l'homme Jésus, du Fils de Dieu.

4e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Materne Pierre-Yves
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Nous sommes dans une société où l'autorité n'est plus une valeur recommandée. On la confond trop souvent avec le pouvoir qui menace toujours de verser dans un certain autoritarisme. Avoir de l'autorité, ce n'est pas imposer des choses aux autres, même si c'est pour leur bien. Dans son sens premier, l'autorité est ce qui nous aide à grandir. L'autorité n'est donc légitime que si elle est au service de la personne et de son développement humain. L'autorité d'un parent (ou d'un maître) n'existe que dans la mesure où l'enfant (ou l'élève) progresse grâce aux conseils et aux avertissements du parent (ou du maître). Plus fondamentalement encore, c'est l'exemple donné par le parent ou le maître qui confère une autorité. C'est parce que je vis moi-même ce que j'enseigne que je peux acquérir une certaine autorité. Si je ne suis pas cohérent avec mes propres valeurs, comment puis-je inviter les autres à les suivre plus que moi ? Si ma foi n'entraîne pas un changement dans ma vie, comment puis-je être crédible aux yeux des autres ?

C'est surtout cela que Jésus nous fait comprendre. Les gens étaient frappés par son enseignement car il parlait en homme qui a autorité, non pas comme les scribes. Jésus parlait de ce qu'il vivait et l'autorité qui en découlait faisait que les auditeurs étaient interpellés par sa parole. Si les scribes connaissaient très bien les règles religieuses, ils n'étaient pas forcément des modèles à suivre. Ils étaient très forts pour mettre un fardeau de prescriptions sur le dos des gens mais sans se demander si cela aidait chacun à grandir de façon adulte et responsable. Cela fait évidemment penser à de l'autoritarisme. Tout a l'inverse, Jésus n'a pas énoncé une kyrielle de règles à observer. Non seulement il n'a laissé que deux commandements (aimer Dieu de tout son c½ur et son prochain comme soi-même) mais, en plus, il a lui-même vécu intensément cette double loi de l'amour.

Lorsque Jésus chasse un démon, il rend la liberté à celui qui était sous l'emprise du mal. Son autorité a donc un rayonnement puissant. Ici encore, il exerce son autorité pour donner à l'autre personne la capacité de vivre en être libre. Par amour, le Christ vient rejoindre l'homme blessé, éprouvé, prisonnier, pour lui ouvrir un chemin de libération. Plutôt que de passer son temps à énoncer des lois, Jésus recherche les hommes et les femmes qui subissent un enfermement. Il annonce alors un message qui rend l'espoir d'un mieux-vivre et, quelques fois, opère un signe qui manifeste l'actualité de la « force libérante » de la foi.

A la suite de Jésus, nous sommes invités à « parler avec autorité ». L'expression est très ambiguë, c'est pourquoi il ne faut pas perdre de vue la figure du Christ. Il ne s'agit pas de faire la morale, ni même de donner des conseils qui peuvent être utiles. Non, il s'agit de vivre notre foi de façon crédible, c'est-à-dire en gardant l'essentiel sous les yeux : l'amour croyant et transformant. Je ne peux par dire que je crois en un Dieu d'amour si je n'aime pas ceux qui croisent mon chemin. Cela ne veut pas dire que je deviens ami avec tout le monde. Cela veut surtout dire que je suis prêt à accompagner ceux qui cherchent une parole d'espérance. Notre monde n'a pas besoin de moralisateurs mais bien d'hommes et de femmes courageux dans l'amour. Que Dieu nous y aide. Amen.

5e dimanche de Pâques, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Jn 20, 1-9

Et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur, conclut l'évangéliste Marc. Mais si elles n'ont rien dit, comment le savons-nous aujourd'hui. Voilà encore un secret bien gardé. De vraies commères de village. Sauf si nous acceptons qu'un secret est quelque chose que l'on ne raconte qu'à une seule personne à la fois. Concept tout à fait immoral, il va sans dire. Pourtant, elles ne dirent rien prétend Marc. Mission impossible. Qui d'entre nous serait véritablement capable de tenir sa langue face à un tel événement. Celui qui, depuis vendredi porte le nom de Crucifié, dorénavant peut se nommer, se proclamer Ressuscité. La résurrection, un événement qui a de quoi secouer l'ensemble de la planète.

Une chose est sans doute certaine, c'est que si Jésus, le Christ, n'était pas ressuscité, il y a peu de chance que nous en parlerions encore aujourd'hui. Nous ne serions sans doute pas ici ce soir ou encore chaque dimanche à la célébrer, à le remercier. Cet événement s'est-il réellement produit peuvent se demander certains ? La meilleure preuve que nous ayons est notre présence, signe d'une Eglise qui de par le monde entier vit depuis des années.

Avec la résurrection, nous touchons le coeur même de notre foi et de notre espérance en une vie éternelle. La résurrection est d'abord le signe de la mort de la mort. Cette dernière n'est plus une fin en elle-même, le terminus obligé de toute vie terrestre. Grâce à cet événement, nous croyons que nous avons commencé un chemin d'humanité qui durera de toute éternité. Que la mort, n'est qu'un passage obligé qui nous ouvrira vers le bonheur sans fin, telle peut être notre conviction de foi en ce ressuscité. Attardons nous quelques instants devant cet homme-Dieu, incarné, crucifié et ce soir ressuscité.

L'histoire du tombeau vide nous rappelle que Jésus n'est pas de l'ordre du souvenir, d'une parcelle de vie à garder dans notre mémoire. Il est d'abord et toujours cette présence. Comme le rappelait, il y a 15 jours Stéphane, les souvenirs font partie du passé. Ils risquent de nous enfermer dans une certaine nostalgie d'un temps à jamais révolu alors que la présence de Jésus, sa résurrection sont pour nous signes d'un projet d'avenir, d'un futur toujours possible à construire. Nous n'aurons sans doute pas assez de notre vie terrestre pour accomplir notre chemin d'humanité. Alors la résurrection nous invite à ne pas nous inquiéter, et à croire que nous avons toute l'éternité pour nous réaliser. Pas besoin de plusieurs vies pour y arriver, une seule nous suffit, celle qui nous a été donnée, celle qui continuera en présence visible du ressuscité.

Pâques que nous fêtons nous rappelle alors avant tout que Jésus n'est pas un personnage d'un livre, d'une bande dessinée ou d'un film mais est une présence vivante au coeur de chacune et chacun d'entre nous. Contrairement à ce que certains romanciers estiment, ce n'est pas suffisant d'étudier, de tenter de saisir l'histoire de Jésus comme n'importe quel autre personnage historique. Découvrir et étudier le Jésus historique est la première étape de notre démarche de foi mais elle n'aura de sens que si elle aboutit à une véritable rencontre. Le Christ devient ainsi le lieu même de la rencontre de Dieu. L'évangile nous invite à ne pas nous enfermer dans une connaissance de Jésus mais de véritablement partir à sa rencontre. C'est là toute la nuance entre connaître quelqu'un et le rencontrer. Toutes et tous nous connaissons tel personnage connu, le président des Etats-Unis mais très peu d'entre nous les ont vraiment rencontrés. La connaissance peut être de l'ordre du livresque, du théorique alors que la rencontre véritable est quelque chose de dynamique, de vivant. Si nous partons à la recherche d'un savoir sur le Christ sans désirer le rencontrer, nous passons alors tout simplement à côté de l'événement de la résurrection, de cette foi qui susurre au plus profond de nous-mêmes qu'il est vivant à jamais et qu'il nous offre les portes d'un paradis éternel.

Pâques devient pour nous ce soir l'histoire de cette rencontre sensationnelle, de ce projet que les mots ne peuvent préciser davantage. Pâques est la fête de la vie qui renaît au delà de toute incompréhension. Puisions-nous ce soir encore et chaque jour, nous laisser saisir par toutes ces nouvelles merveilles qui s'offrent à nous. Elles sont là, omniprésentes. A nous de nous arrêter pour les découvrir, les saisir et en vivre à jamais. Bonne fête de Pâques.

Amen.

5e dimanche de Pâques, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Jn 15, 1-8

" La Vigne "

La culture de la vigne est très répandue dans les pays méditerranéens. Chez nous, nous nous contentons d'en consommer le produit : le vin. Une belle vigne, quelle merveille ! Les feuilles regorgent de sève et les grains sont gonflés de jus ! Les grappes sont prometteuses d'un millésime qu'on savoure à l'avance. Une vigne plantureuse porte fièrement le nom de son propriétaire.

Il n'est pas étonnant que la vigne ait servi d'image familière pour exprimer une réalité bien plus profonde. Ainsi Israël est la vigne de Dieu.

Déjà le prophète Isaïe avait décrit les relations entre Dieu et son peuple : 'Mon ami possédait une vigne sur un coteau plantureux. Il y retourna la terre, enleva les pierres et installa un plant de choix. La Vigne du Seigneur tout puissant, c'est la maison d'Israël et les gens de Juda sont le plant qu'il chérissait" La parabole évoquait la tendresse, la sollicitude du Seigneur pour son bien. Il en attendait de beaux raisins, pourquoi n'en a-t-elle produit que des mauvais ?

Le psaume 79 reprend la même comparaison sous forme de prière nationale pour Israël en difficultés. "Cette vigne que tu as retirée d'Egypte, tu as déblayé le sol devant elle pour qu'elle prenne racine et remplisse le pays. Cette vigne, c'est le cep choisi que Yahvé a entouré de soins prévenants. Mais la clôture a été abattue ! La vigne ravagée, Dieu va-t-il laisser faire ? Interviens pour cette vigne, Seigneur " La "vraie" vigne, en réalité c'est Jésus. Il est le cep et les disciples sont les sarments. Ils participent à la vie du Christ comme les branches participent à la vie du cep auquel ils sont attachés. Il faut demeurer en lui, comme la racine s'accroche à la terre. En effet, le fils éternel du Père, Jésus-Christ seul peut conférer aux entreprises humaines une valeur d'éternité.

'Je suis la vigne et mon Père est le vigneron" Désormais, le plant choisi par le vigneron, n'est plus Israël, mais Jésus, le Bien Aimé. C'est lui le cep planté par Dieu et c'est lui, en même temps, le fruit incomparable. Le nouvel arbre de vie, c'est le peuple qui naît de Jésus et ne fait qu'un avec lui. Mystère de la sève dont le mouvement intérieur et discret a uni le cep aux sarments jusqu'à leur faire porter du fruit. "Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit !"

Immense vigne, le champ où les hommes luttent, peinent, donnent leur vie, sans savoir que le fruit qu'ils portent vient d'une sève cachée qui tait son nom. Le cep est devenu la nourriture des affamés de justice, la ressource subtile des pauvres, la sérénité inébranlable des doux, la grandeur d'âme des miséricordieux, la force des torturés, la fidélité des artisans de paix. "Celui qui demeure en moi, celui-là porte beaucoup de fruit." La vigne des hommes est désormais et pour toujours la vigne de Dieu. Heureux ceux qui savent humblement qu'ils sont eux-mêmes les sarments dont Jésus est le cep et le Père le vigneron ! Heureux ceux qui dans la patience et la ténacité, émondent la terre des hommes pour qu'elle porte son fruit le plus beau : ils sont la vendange de la vigne de Dieu !

5e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Ce passage de l'évangile nous présente un Jésus, annonçant à Capharnaüm la Bonne Nouvelle de l'avènement d'un Royaume des cieux, qui instaure de nouveaux rapports sociaux. Il inaugure ceux-ci en guérissant les malades et en chassant les esprits mauvais.

A la vue des malheurs de tout un peuple, Jésus ne cherche ni à expliquer ni, à plus forte raison, à justifier le mal et la souffrance. Il est pris d'une immense compassion à la vue de l'humanité souffrante et il décide d'emblée de se battre contre les préjugés et contre l'emprise du malheur. Il faut dire qu'en son temps, il n'y avait d'assurance contre la maladie et l'invalidité. On ne s'occupait pas de soigner les malades, les infirmes et tout ceux qui étaient atteints par quelque forme de désordres mentaux. Les pharisiens et les maître de la Loi considéraient volontiers que maladie, handicaps divers, infirmités n'étaient autres qu'un châtiment de Dieu. Tous ces gens ignares, qui en étaient atteint, étaient aussi incapables de connaître et bien sûr d'observer la Loi du Seigneur. C'est pourquoi ils étaient ainsi punis. Il ne fallait pas s'en occuper puisque tous ces misérables n'avaient que ce qu'ils méritent. On ne pouvait s'opposer au châtiment divin. Aussi tous ses malheureux se sentaient exclus, mis à l'écart.

Pris de pitié pour eux, Jésus se met à les guérir, en leur rendant confiance en eux-mêmes, "Ta foi, ta confiance en Dieu et en toi-même, t'a sauvé." Il les remet debout. Ainsi nous voyons aujourd'hui le Christ tendre la main à la belle-mère de Pierre et l'aider à se lever. Le soir venu, on lui amenait tous les malades et il se mit à les guérir. Etonnant Jésus qui le lendemain matin s'enfuit tout seul dans la montagne pour prier ! Ce faisant, il repousse la séduction que peuvent exercer les prouesses d'un guérisseur. Il refuse de se laisser enfermer dans le rôle d'un « messie » accumulant les succès spectaculaires. Sa mission est d'annoncer aussi ailleurs la Bonne Nouvelle du Royaume. En effet, si tous les malades, les boiteux, les aveugles, les lépreux venaient vers lui, c'était un peu comme on va chez le rebouteux quand on a tout essayé, un peu comme on attend un miracle d'un Saint, en désespoir de cause. Et cela jusqu'à ce matin, où les apôtres lui ont dit "Tout le monde te cherche". Alors il s'est rendu compte que le pèlerinage commençait, qu'on allait bientôt le porter en triomphe, faire de lui un dieu. Et il est parti, en les laissant là. Comme s'il voulait relancer la balle. En réalité, en partant ailleurs, c'est qu'il voulait que les malheureux de Capharnaüm se prennent désormais eux-mêmes en charge, que les guéris parmi eux, deviennent des guérisseurs, que les sauvés deviennent à leur tour des sauveurs.

Il est parti. Et sans doute de village en village, il a recommencé la même chose, annonçant un nouvel ordre des choses, de nouveaux rapports sociaux. En guérissant les malades, en remettant debout ceux qui étaient écrasés, en réinstallant dans les communautés humaines ceux qui en étaient exclus, en rendant confiance à chacun. Et puis, lorsque le succès grandissait, il est à nouveau parti ailleurs, forçant ainsi chacun non seulement à devenir autonome, mais les invitant à remettre debout et à rendre confiance à tous ceux qui partageait les même souffrances et les mêmes malheurs.

Il est parti. Et depuis lors, il est l'insaisissable. L'enfermerait-on dans une pierre scellée, qu'il en sortirait vivant. Et aujourd'hui, l'accaparerait-on dans un rite, dans une pratique, dans un acte religieux, qu'il s'en échappe. L'ensevelit-on dans le tombeau de nos oublis, qu'il surgit à nouveau, un jour ou l'autre, à la croisée de nos chemins.

C'est pourquoi, dans notre monde d'aujourd'hui, impitoyable et dur, le moindre geste désintéressé, le plus petit acte d'amour, devient miracle. A nous qui avons été guéris par Lui, de devenir à notre tour des guérisseurs.

6e dimanche de Pâques, année B

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Jésus dit à ses disciples « Si vous êtes fidèles à mes commandements, vous demeurerez dans mon amour ; comme moi, j'ai gardé fidèlement les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour. » Il dit aussi : « Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande ». C'est seulement en gardant les commandements de Jésus que nous demeurons dans son amour, que nous sommes ses amis.

Mais pourquoi cela nous intéresse, d'être les amis de Jésus, de demeurer dans son amour ? Dans la vie nous apprenons que l'amour est important ; nous ne sommes pas faits pour être seuls dans la vie. C'est le message de la Genèse 2, où Dieu crée d'abord l'homme et puis remarque que ce n'est pas bon l'homme soit seul, et il crée la femme pour être le compagnon de l'homme. Il est bon de trouver quelqu'un dans la vie, un ami, quelqu'un à aimer et quelqu'un qui nous aime, quelqu'un à qui nous pouvons rester fidèles et qui peut également nous rester fidèle. La vie peut être difficile si on ne trouve pas cette personne, et plus difficile encore si on la perd. L'amour d'un autre nous donne un point de repère dans le monde, cela donne un sens à notre vie. Etre sans amour, c'est être perdu.

Ce n'est pas une loi universelle de la vie ; il y a peut être certains qui peuvent vivre seuls sans éprouver le manque d'un ami, qui peuvent vivre tout seuls tout en restant humains, sans se flétrir. Mais ces personnes sont rares ; pour la plupart d'entre nous l'amour et l'amitié sont essentiels. Mais si l'amitié nous est nécessaire, c'est l'amitié d'un de nos contemporains. Est-ce que nous avons vraiment besoin de demeurer dans l'amour de Jésus, d'être ses amis ? Et qu'est-ce que cela veut dire d'être ami de Jésus ? Nous ne partageons finalement pas notre vie avec Jésus comme nous la partageons avec nos partenaires et avec nos amis. Nous ne vivons pas avec lui tous les jours comme nous pouvons vivre avec un époux ou avec une épouse ou avec un ami.

C'est vrai. Je crois que, quand Jésus nous dit de demeurer dans son amour, cela doit être en partie métaphorique. Mais c'est une métaphore extrêmement importante. Pour Jean, qui nous transmet ces paroles du Seigneur, Jésus n'est pas simplement quelqu'un avec lequel on puisse vivre, un partenaire potentiel. Jésus est le Verbe, la Parole de Dieu par laquelle tout est crée, y compris nous-mêmes. C'est lui, le sens de la création, le sens du monde dans lequel nous nous trouvons.

Si c'est normalement l'amour, l'amitié, la fidélité de et à un autre qui nous donne un point de repère, qui donne un sens à notre vie, cet amour peut être un amour désespéré, un amour qui nous sauve d'un monde qui paraît insensé, qui nous permet de survivre malgré le monde. Mais pour Jean, et pour nous les chrétiens, le monde n'est pas insensé, il a déjà un sens, il y a déjà un point de repère. Ce que nous donne l'amour humain est déjà présent dans le monde. C'est pourquoi on peut dire qu'il y a un amour ou une amitié qui s'y exprime. Cet amour y est présent parce que le monde est créé par le Verbe de Dieu, Jésus. C'est cet amour-là qui est véritablement essentiel à notre existence. Si nos amours humaines donnent un sens à notre vie, c'est parce qu'elles nous permettent de voir et de vivre un amour plus fondamental. C'est cet amour-là que Jésus nous offre et dans lequel il nous dit de rester. Si nous aimons humainement, notre amour ne nous défend pas contre un monde sans amour et sans sens ; ce n'est pas une solitude à deux. Il nous permet plutôt de voir qu'il y a un amour dans le monde, de voir et de vivre le sens du monde. C'est pourquoi l'amour de Dieu, l'amour de Jésus, n'est pas une alternative à l'amour d'un autre. C'est l'amour d'un autre qui nous ouvre à l'amour de Dieu. Et c'est pourquoi dans l'évangile d'aujourd'hui Jésus, en disant à ses disciples de demeurer dans son amour, leur dit : « Aimez-vous les uns les autres ». Si nous ne savons pas nous aimer les uns les autres, nous ne comprendrons jamais l'amour de Dieu, et notre monde restera toujours un monde sans sens.

7e dimanche de Pâques, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Je ne te demande pas de les retirer du monde, mais de les garder du mauvais.

C'est la prière de Jésus pour ses disciples. Il traite de la "Difficulté d'être chrétien" Jésus dit en effet que nous sommes dans le monde, sans être du monde. L'intention est claire : il s'agit d'être un homme à part entière, immergés dans les luttes, les espérances et les combats du monde, et garder cependant une distance. Il ne s'agit pas du repli superbe de celui qui se tiendrais sur la berge du fleuve et contemplerait son agitation, mais d'une distance qui serait fraternelle. Il s'agit de ne pas se confondre avec le monde sous peine de n'avoir plus rien à dire, plus rien à lui apporter et donc faillir à sa mission.

Mais si l'intention est claire, il s'agit en réalité d'un chemin de crête, car il faut tenir à la fois deux choses. Il serait facile de n'en affirmer qu'une, de choisir. Etre dans le monde. Comme Jésus doit aimer ceux qui se portent avec un grand élan fraternel vers le monde, qui explorent des voles nouvelles, aux marches de l'Eglise, ceux qui prennent des risques, même s'ils commettent des erreurs.

Ne pas être du monde. Savoir lui dire non : c'est encore une façon d'aimer. Non au culte de l'argent et à l'avarice, non à l'injustice et à l'exploitation de l'homme par l'homme, non à l'oppression, non à la violence et au racisme. Même si tout le monde court après l'argent, même si tout le monde triche, même si tout le monde commet l'injustice. La vérité n'a rien à voir avec le nombre des gens qu'elle persuade. L'Eglise dont je rêve... Alors mon Eglise, celle dont je rêve, celle que j'appelle de mes voeux, n'est pas seulement une, sainte, catholique et apostolique. Elle a d'autres caractéristiques : C'est d'abord une Eglise fraternelle, ai trop pyramidale, ni trop hiérarchique, mais faite de frères et de soeurs. Tout le monde s'y sent à l'aise et ose s'exprimer parce que personne n'y a peur de personne. C'est une Eglise de gauche puisque les frères de gauche sont mes frères et une Eglise de droite puisque les chrétiens de droite le sont aussi. Elle est aussi peu Bonapartiste et Gaulliste que possible En elle, il n'y a pas de personnage messianique, ni de gourous pour dire ce que je dois faire Elles est faites d'hommes libres qui s'écoutent mutuellement, ou plutôt qui écoutent ce que l'esprit leur dit par la bouche de leurs frères.

Mon Eglise est ensuite une Eglise en recherche. Elle n'a pas de réponse à tout. Elle est le grand rassemblement de tous ceux qui voudraient percer le secret de Dieu. Elle est humble. Souvent elle a plus de questions que de réponses. On la voit aux côtés de tous ceux qui cherchent en vérité.

Mon Eglise est enfin engagée. Elle a compris qu'il ne suffit pas de pratiquer la charité d'une manière artisanale, mais qu'il faut s'attaquer aux causes de la pauvreté. Ou plus exactement qu'il importe souvent de faire l'un et l'autre. C'est pourquoi mon Eglise est entrée en politique comme on disait jadis d'une personne qui est entrée en religion. Ou rassurez-vous, si elle pousse à l'engagement politique, elle ne vous dira plus pour qui il faut voter ? Car rien n'est plus détestable qu'une Eglise appelant à voter à gauche à cause des exigences de la justice qu'une Eglise appelant à voter à droite pour la défense des valeurs traditionnelles. Telle est mon Eglise. Elle existe déjà. Voulez-vous bien que nous travaillons ensemble à la faire naître davantage. Ce serait un fruit de la Pentecôte. Ce serait l'accomplissement de la prière du Christ.

Ascension

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : A, B, C
Année: 1996-1997

Un confrère dominicain prêchait l'année passée à l'occasion de cette fête de l'Ascension en disant que le Père du Ciel n'avait plus le choix. Il ne pouvait que reprendre son « gamin » auprès de Lui, car le fait qu'il soit ressuscité posait déjà assez de questions comme cela. Retourner auprès du Père était le cours normal des choses. Un peu facile comme explication me semble-t-il. S'il est vrai que la résurrection est avant tout un acte de foi, je crois pouvoir dire qu'il en va de même pour l'Ascension. Nous sommes en droit de nous questionner sur le sens d'un tel événement. La prédication de mon confrère religieux ne m'ayant pas tout à fait convaincu, je confesse que, sur les conseils de Lucie Struyf, membre de l'Equipe pastorale, je suis allé voir du côté de nos concurrents : les jésuites. Et je dois bien admettre, à regret il va sans dire, que le père François Varillon, membre de la Société de Jésus peut sans doute nous éclairer dans la compréhension de ce mystère.

Jésus se devait de monter au « ciel », écrit-il, non pas le « ciel » au-dessus des nuages, mais ce ciel qui est la rencontre intime de Dieu et de l'homme, le contact de l'être de l'homme avec l'être de Dieu. Ou pour être plus précis encore, le ciel, vécu comme avenir de l'homme, avenir de l'humanité. Et l'Ascension en est le signe visible. Elle est la fête qui inaugure cet instant, qui fait exister ce Ciel. Et ce, à partir d'un départ. Or bien souvent les départs, surtout quand on aime, sont douloureux. C'est ce que les apôtres ont du vivre. Pourtant, constate un des auteurs favoris de mon adolescence, « lorsque vous vous séparez de votre ami, vous ne vous affligez pas ; car ce que vous aimez le plus en lui peut être clair en son absence, de même que pour l'ascensionniste la montagne est plus nette vue de la plaine ».

Le départ de Jésus vers les cieux ne signifie pas la fin d'une histoire mais plutôt le début de l'éternité, de notre éternité. Si Jésus n'était pas « monté » au ciel, il serait encore parmi nous, au milieu de nous, pire, extérieur à nous, comme je vous suis extérieur et comme vous m'êtes extérieurs. Son départ symbolise dès lors un nouveau mode de présence, non plus une présence proche, visible et à nos côtés mais plutôt une présence à la fois tout intérieure, universelle, hors frontière et hors du temps. Une vraie présence, vécue sur le mode de l'absence, un peu comme lorsque nous vivons un deuil, ce temps nécessaire pour que l'être disparu vive à jamais en nous.

Dieu, Père, avait sans doute compris que s'il laissait son Fils sur terre, nous autres, humains, nous nous serions sans doute infantiliser, nous aurions régresser puisqu'à chaque décision à prendre nous aurions pu l'interroger pour qu'il nous dise la bonne voie à prendre. Il n'aurait pas pu se tromper puisqu'il est Dieu... Notre vie sur terre serait plus facile à vivre mais à l'inverse, nous n'aurions plus été responsables de nos destinées. J'espère que Dieu refusera toujours d'écrire lui-même notre histoire. Je ne crois pas que Dieu ait véritablement un projet sur l'homme, par contre je suis convaincu que l'homme est le projet de Dieu. Voilà toute la différence. Dieu nous veut hommes et femmes, adultes responsables, construisant nous-mêmes notre histoire. Nous sommes des êtres reçus et en devenir. Le départ du Christ, son Ascension, est donc essentiellement de sa part le respect de notre liberté. Une liberté qui nous permet de construire notre avenir. Jésus nous a laissé un message, une tâche à accomplir. Nous avons un coeur et une intelligence, à nous de les utiliser dorénavant au service de notre humanité. C'est à nous qu'il appartient, en pleine responsabilité, de prendre les décisions qui conviennent pour l'avènement d'un monde plus humain, plus juste. Nous n'avons pas d'inquiétude à avoir, le Christ reste bien présent dans chacune de ces décisions humanisantes pour leur donner une dimension divine. En d'autres termes, nous pouvons dire, avec Varillon, que le Christ divinise ce que nous humanisons. Nous sommes liés à lui de la sorte dans cette intimité de Dieu que nous appelons Ciel.

Par son Ascension, le Christ s'en est allé et pourtant, c'est ainsi qu'il nous est le plus profondément présent. Comme le dit si bien Claudel, « il faut que je vous soustraie mon visage, pour que vous ayez mon âme ». Dorénavant nous vivons dans cette intimité divine, réconforté par la présence de l'Homme-Dieu. Que cet acte de foi, nous permette de vivre et d'agir en conséquence pour que la terre que nous laisserons aux générations futures soit plus humaine.

Amen.

Assomption de la Vierge Marie 

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A, B, C
Année: 1996-1997

Lc 1, 39-56

C'est une fête un peu curieuse. Pourquoi dire que Marie est déjà, corps et âme, auprès de Dieu au ciel ? Le ciel n'est finalement pas un lieu spatial, comme Rixensart, où des corps puissent s'installer. Mais c'est quand même une célébration très importante et significative. C'est une fête mariale, bien sûr, mais c'est aussi d'une certaine manière la fête de notre humanité, de notre humanité corporelle. Aujourd'hui nous célébrons le fait que Marie ait un corps.

Il y avait dans le christianisme, et il y a toujours, un certain mépris du corps. Bien sûr, on doit le nourrir, lui donner du repos, le soigner, mais à part cela le corps ne doit avoir aucune importance dans la vie spirituelle. On pouvait même, et on peut encore, considérer le corps comme un ennemi dans la vie spirituelle. On citait St Paul, qui dit que la chair s'oppose à l'esprit. Le corps est plein de dangers et de pièges ; il nous incline vers le mal. La paresse, la gourmandise, l'ivresse, la sexualité, trop souvent mal gérée et presque de nature ingérable, proviennent de notre corps, de notre chair. On serait plus serein, plus pur, plus spirituel, sans le corps. On tendrait beaucoup moins vers le péché, on serait beaucoup plus proche de Dieu, on serait plus sain et plus saint, si on était simplement une âme, si on n'avait pas à supporter le poids et les tendances charnelles du corps. Il n'est pas bête de penser comme cela. Il y a beaucoup de gens qui ont éprouvé leur corps comme un poids, et qui l'ont considéré comme une source de tentation et de péché, comme quelque chose qui les éloigne de Dieu, du spirituel. Il y a eu beaucoup de chrétiens qui pensaient et qui pensent ainsi, et on trouve cette veine de spiritualité dans plusieurs religions. Mais ce point de vue n'est finalement pas très chrétien. Et, qui est peut-être plus pertinent, il ne correspond pas à la réalité. Après tout, nous sommes notre corps. Si nous souffrons d'une maladie, c'est nous qui souffrons, pas simplement notre corps. Si on lutte contre son corps, on lutte contre soi-même. On pourrait dire que c'est une des spécificités et un des buts du christianisme - correctement conçu - qu'il nous libère de cette méfiance de nous-mêmes et de cette lutte contre nous-mêmes.

Si le corps était en vérité si non-spirituel, il serait étonnant que Dieu nous ait créés corporels ; et fait, en créant l'homme, Dieu n'a pas créé une âme qui, plus tard, s'est malheureusement attachée à la chair ; l'homme auquel Dieu a voulu donner l'existence était dès le début un corps animé. Si le corps était si non-spirituel, il serait plus étonnant encore que Dieu nous sauve, nous libère du péché, pas en nous libérant de la chair ou de notre nature corporelle, mais en la partageant. Il a pris notre chair en devenant homme et, tout particulièrement, il a pris la chair de Marie. Et c'était plus qu'une mesure provisoire. Il ne s'est pas débarrassé de son corps au moment de sa mort sur la croix ; sa résurrection était la résurrection d'un corps vivant, et son ascension au ciel était l'ascension d'un corps vivant. Dieu est l'ami de notre corps. Le corps n'est pas opposé au spirituel ; c'est dans le corps, qui est maintenant un corps de chair, que nous vivons notre spiritualité. Tous les sacrements en lesquels Dieu se donne à nous sont des gestes corporels, physiques. Nous nous approchons de Dieu en nous aimant les uns les autres, et cela implique que nous nous comportions physiquement d'une manière charitable. Il faut, par exemple, donner à manger à ceux ont faim. Si nous avons l'impression parfois que notre corps nous éloigne de Dieu, c'est aussi par le corps que nous sommes proches de Dieu. Dieu, qui est notre ami, est ami avec notre corps. C'est pourquoi il a pris chair de Marie. C'est aussi pourquoi nous voulons dire que, quand il a pris Marie à lui, il ne lui a pas enlevé son corps. Nous n'osons pas dire concernant les autres saints qu'ils vivent dans leur intégrité avec Dieu. Comme nous, ils doivent attendre la résurrection du corps. Mais nous osons dire que Marie était si proche de Dieu, et Dieu d'elle, qu'elle vit déjà en pleine amitié avec Dieu, et en pleine humanité, âme et corps.

Dimanche de Pâques

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : A, B, C
Année: 1996-1997

Jn 20, 1-9

 

Et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur, conclut l'évangéliste Marc. Mais si elles n'ont rien dit, comment le savons-nous aujourd'hui. Voilà encore un secret bien gardé. De vraies commères de village. Sauf si nous acceptons qu'un secret est quelque chose que l'on ne raconte qu'à une seule personne à la fois. Concept tout à fait immoral, il va sans dire. Pourtant, elles ne dirent rien prétend Marc. Mission impossible. Qui d'entre nous serait véritablement capable de tenir sa langue face à un tel événement. Celui qui, depuis vendredi porte le nom de Crucifié, dorénavant peut se nommer, se proclamer Ressuscité. La résurrection, un événement qui a de quoi secouer l'ensemble de la planète.

Une chose est sans doute certaine, c'est que si Jésus, le Christ, n'était pas ressuscité, il y a peu de chance que nous en parlerions encore aujourd'hui. Nous ne serions sans doute pas ici ce soir ou encore chaque dimanche à la célébrer, à le remercier. Cet événement s'est-il réellement produit peuvent se demander certains ? La meilleure preuve que nous ayons est notre présence, signe d'une Eglise qui de par le monde entier vit depuis des années.

Avec la résurrection, nous touchons le coeur même de notre foi et de notre espérance en une vie éternelle. La résurrection est d'abord le signe de la mort de la mort. Cette dernière n'est plus une fin en elle-même, le terminus obligé de toute vie terrestre. Grâce à cet événement, nous croyons que nous avons commencé un chemin d'humanité qui durera de toute éternité. Que la mort, n'est qu'un passage obligé qui nous ouvrira vers le bonheur sans fin, telle peut être notre conviction de foi en ce ressuscité. Attardons nous quelques instants devant cet homme-Dieu, incarné, crucifié et ce soir ressuscité.

L'histoire du tombeau vide nous rappelle que Jésus n'est pas de l'ordre du souvenir, d'une parcelle de vie à garder dans notre mémoire. Il est d'abord et toujours cette présence. Comme le rappelait, il y a 15 jours Stéphane, les souvenirs font partie du passé. Ils risquent de nous enfermer dans une certaine nostalgie d'un temps à jamais révolu alors que la présence de Jésus, sa résurrection sont pour nous signes d'un projet d'avenir, d'un futur toujours possible à construire. Nous n'aurons sans doute pas assez de notre vie terrestre pour accomplir notre chemin d'humanité. Alors la résurrection nous invite à ne pas nous inquiéter, et à croire que nous avons toute l'éternité pour nous réaliser. Pas besoin de plusieurs vies pour y arriver, une seule nous suffit, celle qui nous a été donnée, celle qui continuera en présence visible du ressuscité.

Pâques que nous fêtons nous rappelle alors avant tout que Jésus n'est pas un personnage d'un livre, d'une bande dessinée ou d'un film mais est une présence vivante au coeur de chacune et chacun d'entre nous. Contrairement à ce que certains romanciers estiment, ce n'est pas suffisant d'étudier, de tenter de saisir l'histoire de Jésus comme n'importe quel autre personnage historique. Découvrir et étudier le Jésus historique est la première étape de notre démarche de foi mais elle n'aura de sens que si elle aboutit à une véritable rencontre. Le Christ devient ainsi le lieu même de la rencontre de Dieu. L'évangile nous invite à ne pas nous enfermer dans une connaissance de Jésus mais de véritablement partir à sa rencontre. C'est là toute la nuance entre connaître quelqu'un et le rencontrer. Toutes et tous nous connaissons tel personnage connu, le président des Etats-Unis mais très peu d'entre nous les ont vraiment rencontrés. La connaissance peut être de l'ordre du livresque, du théorique alors que la rencontre véritable est quelque chose de dynamique, de vivant. Si nous partons à la recherche d'un savoir sur le Christ sans désirer le rencontrer, nous passons alors tout simplement à côté de l'événement de la résurrection, de cette foi qui susurre au plus profond de nous-mêmes qu'il est vivant à jamais et qu'il nous offre les portes d'un paradis éternel.

Pâques devient pour nous ce soir l'histoire de cette rencontre sensationnelle, de ce projet que les mots ne peuvent préciser davantage. Pâques est la fête de la vie qui renaît au delà de toute incompréhension. Puisions-nous ce soir encore et chaque jour, nous laisser saisir par toutes ces nouvelles merveilles qui s'offrent à nous. Elles sont là, omniprésentes. A nous de nous arrêter pour les découvrir, les saisir et en vivre à jamais. Bonne fête de Pâques.

Amen.

 

Epiphanie

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Noël
Année liturgique : A, B, C
Année: 1996-1997

Mt 2, 1-12

En cette fête de l' épiphanie, permettez-moi de vous offrir ce que certains appellent communément « une tranche de vie ». C'était il y a un peu plus de deux ans et nous venions de terminer une longue recherche sur l'éducation. L'autre était un homme que je considère comme ami et grand humaniste, certains d'entre vous le connaissent et l'apprécient. Il s'agit du Professeur Philippe de Woot de l'université de Louvain. Après avoir présenté les fruits de notre étude, nous nous sommes retrouvés dans un musée des beaux-arts et nous nous sommes arrêtés devant un tableau : Jésus au jardin des Oliviers peint par le Greco. Une oeuvre superbe. Et pendant plus d'une demi-heure, nous avons contemplé et commenté ce que nous voyions. Tranche de vie banale et sans intérêt pourront penser certains. Pourtant, je voudrais repartir de cette expérience toute simple pour comprendre ce que nous célébrons ce soir de l'épiphanie. Pour ce faire, je voudrais avec vous imaginer la Crèche comme un tableau, devant lesquels ceux que nous appelons les rois mages viennent s'agenouiller pour contempler, pour admirer.

Ici, cependant, il ne s'agit plus simplement de l'oeuvre d'un peintre, mais bien de l'oeuvre de Dieu. Or, à juste titre, constate Jean-François Bouthors, dans son livre Délivrez-nous du mal, dès l'instant où l'oeuvre est livrée, délivrée, dès qu'elle court sa propre existence, elle est aussitôt et totalement pour celui qui la reçoit. L'artiste en est dépossédé. Dieu en l'occurence. Il lui est interdit d'imposer une lecture, une interprétation, puisqu'il tendrait alors à s'approprier le regard de l'autre. En s'offrant à la Crèche, Dieu se dépossède donc de lui-même pour s'offrir pleinement à l'humanité toute entière, quelle que soit notre couleur de peau, notre richesse, notre intelligence. Une seule chose importe dorénavant, comme le rappelle si bien le conte que nous avons entendu : les sentiments du coeur.

Un peu comme lorsque nous écoutons une pièce de musique, une chanson que nous apprécions. Revenons alors à nos mages. Ils ont vu l'oeuvre de Dieu. Dieu s'est dévoilé à la Crèche. Mais ce dévoilement n'est pas suffisant et ne servirait à rien s'il ne parvenait pas à toucher le coeur de ceux qui viennent admirer. Voilà alors le deuxième mouvement de cette rencontre entre l'oeuvre et les mages : leurs regards doivent aussi engager tout leur être, faute de quoi la vibration de l'oeuvre ne trouverait pas en eux l'espace nécessaire à son existence. Recevoir un tableau, une oeuvre et pourquoi pas tout simplement la Crèche exige donc que nous nous démasquions, que nous sortions de nos retranchements, que nous mettions à bas les défenses dont nous nous sommes entourés, que nous acceptions le risque d'être nous-mêmes, que nous encourions celui de nous découvrir, dans tous les sens du verbe. Devant la Crèche, ce soir encore, nous sommes invités à nous dépouiller de nos faux semblants. Laissons venir au jour, ne fut-ce que quelques instants, nos sensations, nos pulsions, nos émotions. De la sorte s'établit une relation entre l'oeuvre et nous tous par laquelle l'oeuvre s'achève.

Comme le rappelle l'histoire des rois mages, devant l'oeuvre de la Crèche personne n'est exclu, mais chacune et chacun a le droit de s'exclure. Et l'exclusion est avant tout une affaire de coeur. L'Enfant-Dieu n'a que faire de nos présents si notre coeur est encombré de sentiments négatifs, condescendants, voire méprisants. Dieu attend en sa demeure des être humains au coeur léger, qui peuvent encore s'émerveiller de sa beauté. Dostoïevski, à juste titre, peut alors s'écrier par la voix de l'Idiot : « la beauté sauvera le monde ». L'oeuvre culmine lorsqu'elle assume le destin dramatique de l'homme et de la femme aujourd'hui, même si elle a été créée et offerte il y a bientôt deux mille ans. Elle entrouvre la possibilité pour celles et ceux qui osent encore s'émerveiller la possibilité d'un retour à l'harmonie véritable par le don de soi. La Crèche est ainsi posée comme acte d'espérance. Puissions- nous ce soir, donner un peu de nous-mêmes devant cette Crèche et comme les rois mages, offrir à Dieu tout simplement ce que nous sommes.

Amen.

Web TV avec Ilios Kotsou

 

Dernière homélie

Homélie du 17 juin 2018
par le frère Laurent Mathelot