14e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Je ne comprends pas, me disait-il, l'air un peu désabusé, que des gens puissent perdre leur temps à lire des passages de la Bible. Vous vous rendez compte dans un monde comme le nôtre, avec tous les progrès scientifiques, psychologiques, pourquoi vouloir continuer à gaspiller son énergie avec de si vieux textes qui ne veulent vraiment plus rien dire aujourd'hui. C'est vraiment un livre pour frustrés, pour gens qui ne vivent plus avec leur temps, qui sont complètement dépassés,..., poursuivait-il. Je ne critique pas votre choix évidemment. Evidemment. Mais je crois que vous êtes tout à fait à côté de la plaque, vous êtes un naïf, vivant dans son petit nuage. Je trouve cela tout simplement dommage pour vous, concluait-il.

Pauvre de moi de vouloir continuer à me confronter à ces textes ou plutôt pauvre de lui de s'être enfermé dans des considérations pareilles. Pauvre de lui de ne pas avoir désiré ouvrir le Livre par excellence. Aujourd'hui encore et à nouveau, la Bible nous offre une recette de vie, une méthode qui nous permettra de réussir tout ce que nous entreprendrons ici sur terre. En une petite phrase, saint Paul résume le sens du succès personnel, professionnel et affectif. Alors que des auteurs contemporains écrivent des livres sur de tels thèmes, saint Paul le dit en quelques mots : car, lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort.

Paradoxe étonnant, mais nous ne sommes plus à un près avec un tel auteur. En quoi une telle phrase peut-elle nous aider à nous insérer et à nous épanouir dans un monde comme le nôtre, sommes-nous en droit de nous demander. Tout simplement en construisant sa vie sur ses faiblesses, en élevant au rang de vertu la notion de fragilité. Quand comprendrons-nous que faiblesses et fragilités font la richesse de notre personnalité. Ce sont ces qualités-là qui permettent la rencontre humaine. Nous pouvons admirer des forces chez l'autre, mais jamais les aimer. Ne voir que les forces est un leurre, car c'est croire que l'autre a atteint une certaine perfection. Miser la rencontre sur les forces, c'est comme si deux feuilles de papier bien lisses essayaient de se coltiner alors qu'elles glissent et passent à côté l'une de l'autre. Deux feuilles de papier chiffonnées par contre peuvent se mêler. Cela signifie que pour qu'une rencontre soit possible, ce que nous aimons chez l'ami, chez l'aimé, ce sont plutôt ses errances, ses questions, ses fragilités. Ne sommes-nous pas vraiment heureux d'un moment d'amitié voire même d'amour lorsque l'autre s'est totalement livré à nous, abandonné à l'espace que nous lui avons ouvert en nous offrant toute sa vulnérabilité. Lorsque le partage se vit à ce niveau, une alchimie se réalise entre les personnes. Ne serait-ce d'ailleurs pas une telle alchimie qui permet à Dieu de venir s'inscrire dans nos relations ? Reconnaître que c'est le désir de rencontre de nos fragilités qui fait la richesse d'une relation, c'est peut-être tout simplement le début d'une vie où nous pouvons laisser tomber nos masques respectifs.

Si c'est vrai pour notre vie personnelle, je crois qu'il en va tout autant de même pour notre vie professionnelle. Reconnaître ses faiblesses et construire sa vie à partir d'elles, c'est avoir la simplicité, l'humilité d'accepter que nous avons chacune et chacun notre chemin d'humanité, que notre singularité est importante. Construire sur ses faiblesses, c'est être capable de les accepter, de les intégrer.

Fort de cela, nous mettons en place ce qu'il faut ; pour éviter de trébucher. Nous acceptons qu'il y a certaines eaux dans lesquelles nous ne sommes pas prêts à naviguer. Vivre et se réjouir de sa vulnérabilité, c'est reconnaître que nous formons un tout composé à la fois de forces et de fragilités. Et l'intérêt de fonder son histoire sur ses dernières, c'est que lorsque la vie nous réserve de mauvaises surprises, nous avons toutes nos forces qui sont là pour nous aider à traverser ce désert, cette tempête. Nier ses faiblesses, c'est se nier soi-même. Fonder sa vie sur ses forces, c'est prendre le risque de tomber bien bas lorsque des ébranlements se vivent, car à ce moment précis, nous refaisons la découverte douloureuse d'une vulnérabilité non assumée. Et quand nos fragilités nous paraissent trop lourdes à porter, il nous suffit alors de les vivre en Dieu. Dès lors je crois que nous pouvons dire que vivre de ses faiblesses, c'est vraisemblablement jouer gagnant.

Prétendre alors que la Bible ne dit que des vieilles choses démodées, c'est passer à côté d'une sagesse de vie. Notre clef de bonheur aujourd'hui trouve son sens car c'est lorsque je suis faible que c'est alors que je suis fort. Amen.

15e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Alors que les couturiers du monde entier nous présentent pour le moment leurs collections d'hiver par les voies de la télévision, comme si nous devions refaire nos gardes robes, le Christ nous convie ce matin (soir) par son évangile à ne pas prendre de tunique de rechange lorsque nous sommes envoyés sur les chemins de la mission, notre mission. Contraste étonnant entre la vie d'aujourd'hui et l'invitation de Jésus. Au premier abord nous pourrions tomber dans le piège d'un rejet d'une telle phrase de Jésus, un refus d'un manque de sens pratique de la part de ce dernier. Cependant le Christ ne parle pas de n'importe quel voyage, il ne s'agit ni d'un temps d'agrément, ni d'un temps de loisir. Nous sommes ici dans le champ de la mission, voire même de la moisson.

Toutes et tous nous avons une destinée à accomplir, à vivre. Laquelle ? A cette question, il m'est impossible de vous répondre. La réponse est en vous. Alors à chacune et chacun de la découvrir en partant des dons que nous avons reçus, des fragilités qui nous habitent et des forces qui nous soutiennent. Notre vie sur terre n'est pas un pélerinage qui se termine le jour de notre mort et qui n'a pas de sens. Notre séjour terrestre n'est pas simplement un moment absurde, qui ne trouve pas sa raison d'être. Non, notre vie a un sens : tout simplement celui de nous réaliser, de nous épanouir. Cela peut surprendre et pourtant c'est de la théologie bien classique, enracinée dans une longue tradition d'Eglise. Réalisation et épanouissement ne sont pas des concepts égoistes, tournés sur nous-mêmes. En effet, nous ne devons jamais oublier que nous sommes avant tout des êtres de relation qui avons besoin les uns des autres pour vivre, pour être heureux. Mon prochain fait partie intégrante de moi-même, il est en moi et c'est notre rencontre mutuelle qui nous donne sens, qui peut nous aider à chercher et à découvrir le lieu intime de notre bonheur.

Croire en Dieu, Lui offrir notre confiance ne peut être témoignage que si nous rayonnons d'une joie intérieure qui illumine celles et ceux que nous rencontrons. C'est dès lors au plus profond de nous-mêmes que nous pourrons trouver la source de notre réalisation, le sens de notre voyage intérieur. Fort de cette découverte et de ce désir de d'harmonie avec soi-même, nous pouvons alors partir sur le chemin de notre mission personnelle. Chacune et chacun nous sommes envoyés de Dieu. Comme le montre l'histoire des prophètes, l'envoyé est traversé, non d'abord par un message à transmettre, une bonne nouvelle à partager, mais plutôt par une présence qui l'habite et lui permet de combattre et dépasser un ensemble d'infirmités de notre humanité. Seuls nous ne pouvons rien, à deux, ou mieux encore, à Dieu, tout devient possible. Le rêve, l'utopie s'évanouissent pour laisser place à une réalité qui peut aller au-delà de toute espérance humaine. Notre mission n'est plus alors une tâche à accomplir mais un don à partager. Ce que nous avons reçu, par définition, ne vient pas de nous, cela nous a été donné pour être redonné, propagé, partagé ensuite. La foi, est un merveilleux cadeau que nous n'avons pas le droit de garder pour nous. Il y a un danger de désirer se l'approprier et de l'enfermer dans un coffre intérieur que personne ne pourrait ouvrir. C'est vrai cependant, que partager quelque chose d'aussi intime est bien difficile, c'est comme si nous dévoilions un peu de notre intimité. Et pourtant c'est ce que le Christ attend de nous : que nous partions sur le chemin de notre mission mais sans rien emporter, c'est-à-dire partir avec comme seul bagage : notre foi, sans sécurité, en faisant le pari de la confiance, et ce, sans garantie de réussite.

Risqué ? Pas si sûr ! car comme le faisait remarquer un petit paroission de 10 ans c'est Jésus qui est notre tunique de rechange. Il ne nous reste alors plus qu'à partir chacune et chacun sur le chemin de notre destinée, non plus seuls cette fois, mais comme les apôtres, revêtu de la robe de Dieu.

Amen.

17e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Le souvenir du pain partagé a beaucoup marqué les premiers chrétiens. A tel point que les évangélistes racontent six fois une multiplication des pains. C'est sans doute parce que les premières communautés vivaient l'importance du partage.

Aujourd'hui, les gens qui achètent et qui vendent font du commerce. C'est un service bien normal. L'argent sert à régler nos échanges.. Il peut être une manière d'établir entre nous des rapports de justice. Dans nos achats, nous rémunérons avec la monnaie ceux qui nous rendent service en nous livrant les produits dont nous avons besoin. Mais normalement, entre gens qui s'aiment, la loi des échanges n'est plus l'argent, mais le partage. Celui-ci est un signe d'amour fraternel. Ainsi, dans la première communauté de Jérusalem on mettait tout en commun. Le livre des Actes des apôtres nous dit qu'ils "vendaient leurs biens pour en partager le prix entre tous, selon les besoins de chacun. " Et quelques années plus tard, Paul dans l'épître aux Galates rappelle que le signe d'union entre les chrétiens sera le souci des pauvres.

Mais dans les assemblées des premiers chrétiens, on ne partageait pas seulement le pain, mais aussi le "corps du Christ". C'est pourquoi les évangélistes racontent les multiplications des pains avec les mêmes paroles que celles utilisées dans l'eucharistie. 'Jésus prit les pains, et, après avoir rendu grâce, les leur distribua " Us veulent ainsi montrer que le partage du pain à la messe et le partage dans la vie sont étroitement liés. S.Paul blâmera la conduite des chrétiens de Corinthes qui, refusant de partager entre eux leur nourriture, ont l'audace de célébrer ensuite la Cène du Seigneur. 'J'apprends que lorsque vous vous réunissez, chacun se hâte de prendre son propre repas, en sorte que l'un a faim tandis que l'autre est ivre. Voulez-vous faire affront à ceux qui n'ont rien ? Sur ce point, je ne vous loue pas.

Dans le monde actuel, pour des peuples entiers, il n'y a pas d'autre horizon que la faim. Tant de femmes, d'hommes et d'enfants n'ont pas assez de nourriture pour pouvoir subsister. Beaucoup meurent chaque jour, faute de moyens de se nourrir. Certaines populations ne survivent que grâce à l'aide internationale. Beaucoup d'actions sont entreprises pour venir au secours de ces innombrables affamés. Mais rien ne suffit.

Dans nos pays occidentaux, il y a aussi beaucoup de miséreux. Bien des gens n'ont ni toit, ni salaire, ni emploi. Ce sont les sans-logis. Des personnes sans domicile fixe. On les désigne souvent par des initiales : S.D.F. Cette façon de lés nommer nous camoufle un peu le scandale de cette douloureuse réalité. Beaucoup parmi eux dépendent de la bienfaisance publique. Ce sont souvent des mendiants. Et puis, comment travailler quand on a faim ? Comment aimer ? Comment être heureux de vivre ? Comment avoir confiance ? Pour leur venir en aide, bien des organismes ont d'excellentes initiatives, mais cela ne suffit pas.

Dans la crise d'aujourd'hui, pour beaucoup de travailleurs l'avenir est sombre. Ils craignent de perdre leur emploi, d'être mis au chômage, de basculer dans la précarité et puis dans l'indigence. Les causes de ces désastres sont nombreuses. Parmi elles, il y a principalement la mondialisation de l'économie de marché. Si celle-ci peut apporter du bien-être à beaucoup, elle laisse cependant de côté tant de pauvres ! On peut se demander pourquoi certains sont-ils forcés de se contenter des "miettes", alors que d'autres ont réellement de trop pour vivre ? Pourquoi l'argent se trouve dans les mains de quelques financiers, au heu d'être davantage distribué entre tous ? Certes, chacun pourrait rêver d'un autre monde, où l'important ne serait pas d'accumuler le plus de richesses pour soi, de posséder de plus en plus même si les autres ont de moins en moins pour eux-mêmes... rêver d'un monde où l'on partage avec ceux qui n'ont rien pour leur permettre de se développer et de ne plus mendier... rêver d'un monde où la solidarité a plus de valeur que les cotations en Bourses... un monde où l'on s'entraide et où l'on fait tout pour permettre aux plus faibles de vivre en hommes et femmes fibres... un monde où la famine et la misère seraient à jamais vaincues. Certains diront que c'est une utopie ! Non ! Avec Jésus, ce monde là a déjà commencé ! Lorsqu'il a prit dans ses mains le partage du gamin, les cinq pains d'orge, et qu'il les a distribués, c'est le partage entre tous qu'il a instauré. C'est cela le Royaume qu'il est venu, en son temps, inaugurer ! Ce monde nouveau est donc déjà là.

Remarquez que lorsque l'on garde tout pour soi, c'est parce qu'on a peur de ne pas en avoir assez. Mais chaque fois que l'on partage, il y en a toujours de trop ! C'est déjà le cas défié qui donna tout ce qu'on lui avait donné. Le prophète permet ainsi à Dieu de multiplier le don, bien au-delà de toute espérance. "Donne-le à tous ces gens pour qu'ils mangent, car ainsi parle le Seigneur : On mangera et il en restera." C'est encore le cas, lorsque Jésus partage les pains. On remplit douze paniers avec les morceaux qui restaient des cinq pains d'orge après le repas.

Le pain, pour nous, c'est la nourriture quotidienne. Mais c'est bien plus encore. C'est le travail c'est la dignité, c'est la possibilité d'apprendre et de développer son intelligence, c'est la liberté de parler et de se déplacer, d'avoir des vacances, c'est la joie de connaître, c'est pouvoir choisir l'existence à mener. Tous les humains ont droit à ce pain-là ! Etre chrétien aujourd'hui, c'est travailler afin de "multiplier" ce pain-là. C'est agir partout pour que de plus en plus d'humains puissent se nourrir de ce pain-là.

Jésus a donné à manger. Comment croire en lui sans faire de même ? Comment partager le pain eucharistique, qui est son corps, sans partager aussi nos richesses et nos avantages, avec tous ceux qui ont moins de chance que nous ? Aujourd'hui, les chrétiens ne peuvent être crédibles que s'ils s'efforcent de dresser la table du partage, dans le désert de l'humanité.

18e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Le dimanche passé, Jésus a multiplié les pains pour rassasier la foule qui l'entourait. Aujourd'hui commence le long discours de Jésus où il explique la signification de ce qu'il vient de faire. Derrière son discours, et derrière les questions des juifs, il y a l'histoire de la manne que nous avons entendue dans la première lecture. Israël est dans le désert, dans une terre stérile, sans eau et sans nourriture, et Dieu donne au peuple à manger. C'est un miracle, mais c'est aussi une métaphore. De même que nous avons besoin de bien manger pour bien vivre, pour bien fonctionner au niveau physique, nous avons besoin de quelque chose pour bien vivre au niveau plus personnel. Comme on le disait autrefois, si on a besoin d'une nourriture physique, on a besoin aussi d'une nourriture spirituelle.

Cette métaphore semble quasi naturelle. On peut dire plus ou moins la même chose en parlant de la faim. Il y a en Afrique du Sud aussi un grand désert aride. Il y a un peuple qui habite ce désert. Ces gens ont du mal à vivre ; la nourriture n'est pas facile à trouver. Pour eux, la faim est un élément central et quotidien de la vie. Ils ont un vocabulaire intéressant : ils parlent de la grande faim et de la petite faim. La petite faim est la faim, l'absence de nourriture, tandis que la grande faim, la faim la plus importante, est ce qu'on pourrait appeler une faim spirituelle, l'absence de Dieu.

Ce n'est pas difficule à comprendre. La faim, l'absence de nourriture, c'est l'estomac vide, et c'est la fatigue, la faiblesse et la douleur qu'il entraine. Quand on a faim on doit manger, il n'y a pas de repos, pas de paix, avant qu'on ne se remplisse la bouche. Mais, après un certain temps, on s'y habitue, on ne sent plus le manque de nourriture, on s'engourdit. C'est comme si on avait mangé, comme si on n'avait plus hesoin de nourriture, sauf que la faiblesse et la fatigue restent. Il peut sembler que la faim est vaincue, parce que cela ne fait plus mal. Mais c'est parce qu'on n'est plus assez vivant pour souffrir, la machine du corps a déjà commencé à s'arrêter, la vie commence à s'éteindre. On cesse de chercher la nourriture. Il peut y avoir une sorte de confort dans cette condition, parce qu'on ne sent plus rien, mais en fait, c'est le triomphe de la faim ; on n'est pas loin de la mort.

La grande faim, la faim de Dieu, est semblable ; il s'agit d'un vide, d'une lassitude, d'une faiblesse. Mais ce n'est pas la faim de la nourriture. Le vide n'est pas dans l'estomac, mais dans la vie. La vie semble dépourvue de sens, elle ne nous nourrit pas. On est lassé par les tâches multiples de chaque jour, qui semblent de plus en plus lourdes et embêtantes. Le monde devient gris et plat, et l'existence devient pénible. Il est possible de s'habituer à ce vide de sorte qu'on ne le remarque plus. Alors le vide semble la condition humaine naturelle, et on ne remarque pas qu'il manque quelque chose, on ne cherche plus. On comprend la vie et le monde comme si ses besoins sprituels n'existaient pas, comme si Dieu n'existait pas. Il y a une sorte de bonheur dans cette condition, mais c'est le bonheur de l'oubli, c'est le triomphe du vide.

Il y a donc une grande ressemblance entre ces deux faims, c'est pourquoi il est naturel d'employer le mot « faim » en parlant des choses spirituelles. Mais il y a aussi une différence importante, et c'est une différence qu'indique Jésus. Quand on a l'estomac vide, on peut, si les circonstances le permettent, travailler pour se rassasier. On peut aller à la chasse des bêtes sauvages, on peut cultiver des plantes. Par son travail, on peut se nourrir. En fait, les premières pages de la Bible font le lien entre manger et travailler : Dieu dit à Adam « Le sol sera maudit à cause de toi. C'est dans la peine que tu t'en nourriras tous les jours de ta vie... A la sueur de ton visage tu mangeras du pain ». Par contre, le vrai pain dont parle Jésus ne sort pas du sol, il tombe du ciel. On ne doit pas travailler pour le produire, et on ne peut pas. C'est gratuit, et cela a l'aspect d'un don ; Dieu le donne. Si on veut être rassasié, il faut d'abord s'ouvrir à recevoir le gratuit. Quand les juifs demandent à Jésus « Que faut-il faire pour travailler aux oeuvres de Dieu ? », lui répond « L'oeuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé ». Mais croire en Jésus n'est pas travailler, c'est cesser de travailler, cesser de s'occuper de ce qu'il faut faire, pour s'ouvrir, pour se permettre de recevoir le don de Dieu. La première lecture dit la même chose : les cailles descendent sur camp après le coucher du soleil, après la fin de la journée, quand on ne travaille plus. Et la manne est déjà là le lendemain quand les gens se lèvent. Dieu donne dans la nuit, et la nuit est le temps de repos, où on ne travaille pas.

Dans un monde qui prône la valeur du travail et du non-gratuit, de ce qu'on achète, il n'est pas toujours facile d'être simplement passif, ouvert à recevoir le gratuit, d'accepter le fait que notre nourriture ne vient pas de nous-mêmes, mais c'est ce qu'il faut. Il faut accepter le gratuit, et en reconnaître la gratuité en disant merci. C'est pourquoi nous nous sommes réunis aujourd'hui, pour recevoir à cette table le pain que Jésus nous donne, et pour en rendre grâce.

18e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

"Ils cherchaient un boulanger......

Ils cherchaient un boulanger, ces femmes et ces hommes qui traversèrent le lac et abordèrent sur l'autre rive, à la recherche de Jésus. Ils cherchaient un boulanger, toutes celles et tous ceux qui avaient été témoins de la multiplication des pains.

Ils cherchaient un boulanger comme ils avaient peut-être cherché un guérisseur, un magicien un être un peu extraordinaire, quelqu'un qui leur donna des solutions toutes faites pour répondre à leurs problèmes, des solutions faciles pour remédier à leurs manques, à leurs déficiences.... Ils cherchaient un boulanger qui aujourd'hui encore pourrait à nouveau leur donner du pain en abondance

Bien sûr, demain, ils auraient sans doute encore faim ; ils auraient encore de nombreux besoins et d'autres problèmes... mais en faisant de lui un roi, celui-ci leur apporterait sûrement des solutions. Peut-être dépendraient-ils totalement de cet homme ? Sans doute seraient-ils tout à fait soumis à son bon plaisir ? Mais peu importe, même esclaves de ce nouveau roi, la vie serait bien plus facile, puisqu'ils auraient avec eux un boulanger, un guérisseur, un faiseur de miracles....

C'est l'éternel malentendu ! C'était déjà le cas, au temps de l'Exode, pendant le séjour des hébreux dans le désert. Les fils d'Israël récriminèrent contre Moïse et Aaron. Ils regrettèrent les oignons d'Egypte. Même si nous étions esclaves, la vie était bien plus facile en ce temps-là. Nous avions au moins des marmites de viande et nous mangions du pain à satiété !

Nous savons aujourd'hui que la manne est un phénomène naturel : l'exsudation d'un arbuste de cette région : le tamaris. Aux mois de juillet et d'août, les pucerons attaquent l'écorce, durant la nuit. La sève, qui en sort en gouttelettes, se solidifie au petit matin et tombant sur le sol, présente des granulés très nourrissants. Les hébreux ont vu dans cette découverte une intervention miraculeuse de Yaveh, voulant nourrir son peuple dans sa marche vers la terre promise. 'Mann hou ?" "Qu'est ce que c'est ?". C'est le pain que le Seigneur vous donne à manger" dit Moïse. N'empêche que la manne ne conservait pas et qu'il fallait la ramasser à nouveau chaque matin ! L'éternel malentendu, encore présent au temps de Jésus : "Vous me cherchez, non parce que vous avez mi des signes, mais parce que vous avez mangé du pain à satiété". Au fond, Jésus leur dit : "Vous n'avez donc pas compris le sens de ce que nous avons fait hier ? Vous n'avez donc pas saisi le sens du partage ? Travaille.-, non pour cette nourriture qui se perd, - cette nourriture qu'il faut recevoir dans la dépendance qu'il faut redemander chaque jour. Mais travaille--pour les oeuvres de Dieu. " "L'oeuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé. " "Que vous croyiez au Fils de l'homme, le porte parole d'un Dieu libre et qui veut que votre liberté." Le pain de Dieu, c'est celui qui donne la vie, celui donne la liberté à l'homme. On pourrait dire que Jésus est un athée du Dieu habituel des juifs. Il refuse l'image d'un Dieu puissant, terrible, d'un Dieu à craindre parce qu'il terrorise l'homme et le soumet à son bon plaisir. C'est comme représentants de ce Dieu là que les autorités religieuses juives écrasent le petit peuple et le rend servile. Et cela afin de mieux asseoir leurs pouvoirs

19e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

'Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m'a envoyé ne l'attire vers moi. " Cette parole de Jésus dans l'évangile éclaire le sens de notre foi. Elle fait comprendre ce que "croire" veut dire aujourd'hui pour nous, ce que cela signifie d'être croyants.

En effet, pour affirmer notre foi, nous ne disons pas seulement : "Je crois que Dieu existe". Nous disons : "Je crois en Dieu, le Père". Qu'est-ce que donc que croire en quelqu'un ?

Le petit enfant qui se jette dans les bras de ses parents avec une confiance éperdue, ne dit pas et Je crois en toi, papa ou maman", mais il nous montre que croire en quelqu'un est un élan d'amour, un don de soi sans retenue, un abandon à la tendresse de l'autre. Et les amoureux ne disent sans doute pas : "Je crois en toi, chéri", mais ils nous assurent que sans l'autre leur vie perdrait son sens, sa joie et sa lumière, que sans l'autre ils ne seraient plus rien.

Croire en Dieu, c'est donc vivre cet élan d'amour confiant, sûr qu'il nous attire à lui avec tendresse, c'est lui dire "Que serais-je sans toi ?" Mais ce n'est évidemment pas facile de faire confiance à une personne que l'on ne voit pas. Dieu, personne ne l'a jamais vu. Personne parmi nous ne connaît ni son visage, ni sa mimique. Tout au plus pouvons-nous percevoir sa présence à travers la grandeur de l'univers et la beauté de la nature. Mais personne ne l'a jamais rencontré au coin d'une rue. Jésus d'ailleurs nous l'affirme :'personne n'a jamais vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu".

C'est sans doute un peu plus facile de croire en Jésus de Nazareth, parce qu'il est un homme comme nous. Nous savons qu'il a existé, il y a deux mille ans... Mais "croire en lui", lui faire totalement confiance alors qu'Il n'est plus là. Ce n'est pas non plus très évident. Nous savons qu'il a vécu et qu'il est mort à Jérusalem un certain vendredi. Les savants historiens peuvent même aujourd'hui en préciser la date : le 14 du mois de nisan, ou le 7 avril 30 de notre ère. Ses disciples et après eux les premiers chrétiens ont affirmé qu'il s'est réveillé, qu'il s'est relevé de la mort, qu'fl est ressuscité, qu'il est vivant d'une autre manière près de Dieu et les évangélistes nous ont parlé de lui, comme d'une personne vivante après sa mort, au moins par son esprit.. "Croire en lui", c'est donc penser qu'fl est maintenant près de Dieu et lui faire confiance, c'est vivre un élan d'amour en sa personne. C'est être convaincu que cet homme admirable dont on nous parle, fut, comme il le dit lui-même, "le pain qui est descendu du ciel", "le pain de la vie" c'est-à-dire le pain qui fait vivre de la vie même de Dieu.

Mais comment cet homme, fils de Joseph, dont le père et la mère sont connus des juifs, comment cet homme peux-il réclamer la foi en lui, en sa personne, comme on donnerait sa foi à Dieu si l'on croit en lui ? Ses auditeurs, en effet, récriminèrent : "comment peut-il dire : je suis descendu du ciel ? N'est-il pas Jésus, fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père et sa mère. " Ces doutes vis à vis de sa personne et de ses dires ne sont pas nouveaux. Déjà les hébreux dans le désert avaient murmuré contre Dieu. Les juifs à Capharnaüm protestèrent contre Jésus qui leur semblait se donner un rôle important dans leurs relations avec l'Eternel. C'est une même attitude de réserve voire de refus devant l'aspect déroutant de l'intervention divine. Comment est-ce alors possible de croire en Jésus ?

"Personne ne peut venir à moi, nous dit-il, si le Père qui m'a envoyé ne l'attire vers moi" La foi et la confiance en Jésus de Nazareth ne vient pas toute seule. En ce sens elle est un don de Dieu lui-même. Ce n'est qu'en se laissant instruire par Dieu au plus profond de soi, en se laissant guider par l'élan de confiance qui nous fait dire "Je crois en Dieu le Père" que nous pouvons ajouter : "Et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur". Si bien que croire, c'est non seulement dire à Jésus « je crois en toi », mais aussi dire au Père : "Je crois, Père, que tu m'attires vers toi en m'attirant vers ton Fils, pain de vie".

Reconnaître Jésus comme pain de vie, c'est affirmer qu'il nous est nécessaire comme le pain, nourriture de base, indispensable, parce queue assure notre croissance et notre maintient dans la vie, dans l'existence. C'est la personne même de Jésus de Nazareth qui est un don d'amour que Dieu fait à l'humanité. Et ce don divin, personne ne peut le recevoir sans l'assistance même de celui qui le donne. 'Personne n'a jamais vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu : celui-là seul a vu le Père. Amen, je vous le dis, celui qui croit en moi a la vie éternelle." Redisons ici que dans l'évangile de Jean, la vie éternelle n'est pas uniquement la vie après la mort ou la vie eschatologique c'est-à-dire celle qui continue au delà de la fin des temps. La vie éternelle est la vie d'union à Jésus dès cette terre et sans limite, au delà du temps...

Les pères, au désert, ont mangé la manne. Ils n'ont pas échappé à la mort pour autant. Elie, découragé et demandant la mort, est invité par un messager divin à se lever, à se réveiller, à se relever et à manger un pain, venu du ciel et qui donnera force pour la route. Jésus lui, qui s'est relevé de la mort est ce vrai pain de vie, parce qu'il est lui-même "vivant" de la vie de Dieu. 'Je suis le pain vivant descendu du ciel, celui qui mange de ce pain vivra éternellement. " Avant même de parler du pain eucharistique, la personne de Jésus est elle-même pain de vie, pain nécessaire et indispensable. Ses paroles, son enseignement et son exemple, tout son comportement humain est vie qui vient de Dieu. Y adhérer dans la confiance est le sens même de notre foi chrétienne.

1er dimanche de Carême, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps du Carême
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Ma maman dit que la carême, c'est pas de chocolat pendant 40 jours, mais moi, je ne comprends pas bien pourquoi ? C'est en ces termes que l'un de ceux qui se trouve derrière moi (qu'un jeune paroissien) nous (m') a posé la question du sens du carême. Et j'entrevois le sourire sur le visage d'une maman qui se reconaît dans ses mots. Mais est-ce que vraiment, ne pas manger de chocolat va me permettre de mieux vivre mon carême ? Cela fera du bien à ma taille et à mon cholestérol, je n'en disconviens pas, mais à mon carême, j'ai cependant quelques doutes. Or comme vous le savez, le doute est positif puisqu'il me permet de réfléchir, d'avancer. Et puis, si une maman l'a dit, c'est que cela doit être vrai.

Pourquoi « pas de chocolat », alors que je l'aime tellement. Je ne sais pas ce qu'il en est pour vous, mais moi, lorsqu'on me l'interdit, j'en ai encore plus envie. J'oserais même vous confesser qu'il me manque. C'est ici qu'il faut saisir la chance qui nous est offerte, cette occasion qui nous permet de vivre ce manque. En effet, c'est dans le manque que l'on se rend soudainement compte de l'importance de choses qui nous paraissent anodines, si normales qu'elles en deviennent parfois même banales. De plus, c'est le manque qui va nous faire avancer sur notre propre chemin, dans nos propres déserts... Nos vies sont parsemées de ces déserts aux multiples tentations. Mais oserions-nous reconnaître que nous ne prenons plus assez le temps d'en traverser aujourd'hui. Rendement, efficacité, rapidité, immédiateté sont devenus nos faux-dieux. Ils sont faux car quelque part, ils nous empêchent de rêver, de nous arrêter, de nous épanouir, voire de nous réaliser. Comme si chaque minute valait un monceau de dollards que nous ne pouvions plus nous permettre de gaspiller. Mais au profit de qui, sommes-nous en droit de nous poser ? Si je me laisse happer de la sorte, je passerai tout simplement à côté de l'essentiel, je me promènerai sur la berge de ma vie sans jamais réellement y plonger. Or la vie m'attendra toujours à un tournant, à un de ces virages dont je n'ai pas bien dessiné, maîtrisé les contours. Et là, c'est alors, le choc, la chute, et un atterrissage. Ce drame fera que je ne pourrai plus continuer de courir, de voler après mon propre temps. J'aurai besoin de m'arrêter, de reprendre souffle, de comprendre, de retrouver le sens, peut-être tout simplement de vivre.

On a volé mon temps, chante le poète, et depuis ce jour, je n'arrête pas de courir après pour le retrouver. La partition de ma poésie ne se compose plus que lorsque quelque chose d'exceptionnel, d'extraordinaire se produit. Je me remets à réfléchir quand mort, maladie, souffrance et séparation se conjugent dans les rimes de mes pensées. L'orchestre s'arrête alors de jouer et je n'entends plus que la plainte douloureuse de mon propre instrument. Il ne joue plus à l'unisson, je suis seul, profondément seul. Les notes sont plus lourdes à faire vibrer puisque les silences sont griffonnés sur la partition de ma symphonie. Je me retrouve avec moi-même, je prends le temps du temps, je redécouvre l'importance des ces petits gestes mécaniques, automatiques. Je vis « un merci » comme un émeraude et « un je t'aime » comme un diamant aux multiples carats de tendresse. Solitude de mon hymne à la Vie, au plus profond de mon propre fond, je m'offre ce temps pour tenter de comprendre le sens de mon humanité, de ma vie, de tous ces pourquoi qui parsèment les chemins de nos inquiétudes et angoisses. Je m'autorise enfin tout simplement à m'abandonner, à me laisser être, à exister dans toute ma vulnérabilité. La véritable rencontre avec moi-même, l'autre et le Tout-Autre va pouvoir se réaliser. C'est fou, mais le « pas de chocolat » c'est un peu tout ça. C'est s'offrir ce luxe qui ne pourra jamais s'évaluer, de rompre le rythme de nos monotonies, de casser l'impression de nos acquis, de retrouver le sens de notre vie, de redécouvrir le plaisir et l'importance d'aimer. Le « pas de chocolat », c'est une multitude de petits déclics que nous nous offrons pendant 40 jours pour reconnaître que le bonheur est ailleurs, qu'il réside au plus profond de notre coeur. Voilà la bonne nouvelle que le Christ se propose de nous donner ce soir (ce matin) : je vous offre le temps de vivre de vos propres déserts, de vivre un chemin d'humanité, de réalisation de vous-même. Celui-ci est tout simple puisqu'aujourd'hui encore le chemin du bonheur se chante : amour d'amitié. Alors, ce soir (matin) osons nous souhaiter : bon carême et « pas trop de chocolat quand même, c'est un luxe qui ne dure hélas que 40 jours ». Amen.

22e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Mc 7, 1-23

A la lecture un tant soit peu rapide de l'évangile certains d'entre nous pourraient se dire : « chouette, plus de lavage de coupes, de cruches et de plats. Fini toutes ces horribles vaisselles qui encombrent mon existence. J'ai enfin trouvé une excellente excuse : Jésus est. Mais hélas comme je vous le disais en commençant, c'est une lecture trop rapide. Et nous voilà toutes et tous repartis vers nos éviers respectifs.

Ce qui est, par contre, intéressant dans ce passage de l'évangile proposé ce matin, c'est que le Christ se situe et nous situe par rapport à la loi, quelle qu'elle soit, même celle qui provient de Dieu, celle dont Moïse nous parle dans la première lecture. Les scribes et pharisiens honoraient Dieu des lèvres, mais leurs coeur était loin de Lui. Comme si la loi était, pour Jésus, non pas un commandement mais plutôt un processus, une lente maturation qui nous invite à intérioriser celle-ci, à se la réapproprier pour véritablement la faire nôtre. Une loi des lèvres et loin du coeur est une loi sèche, sans fondement. Elle ne vit pas et conduit souvent l'autre à une mort spirituelle certaine. En effet nous laisse entrevoir l'Ecriture, peu à peu, au fil des générations, de Moïse à Jésus, les hommes n'ont plus compris le sens de la loi. La loi est alors vidée de son contenu. C'est ce que Jésus nous invite à vivre ce matin : redonner tout simplement sens à toutes ces lois dont nous avons besoin pour vivre d'abord avec nous-mêmes et puis avec les autres.

Pour ce faire, il y a lieu de d'abord tenter de comprendre le pourquoi de la loi ? Et même si je suis juriste, je trouve cette tâche ardue. Pourtant, il y a un pourquoi. En s'incarnant dans notre monde, en prenant notre condition, Dieu, Celui que nous appelons Fils a voulu nous permettre de comprendre le sens premier de la Vie, de notre Vie. Dans sa générosité, il nous a laissé une recette miracle, c'est-à-dire la loi par excellence, la seule véritable, celle de laquelle découle toutes les autres : la loi d'Amour. Notre expérience de tous les jours nous fait découvrir que cette loi est bien difficile à pouvoir réaliser et à suivre à chaque instant. Nous nous laissons souvent dépassé par la vie. Or c'est cette loi de nous aimer les uns les autres qui est la plus importante. C'est elle qui demande à être méditée, intériorisée, ruminée même pour faire partie intégrante de notre coeur. D'ailleurs, si nous avions la certitude que Dieu était au milieu de nous et qu'il se cachait derrière les traits de l'un ou l'une d'entre nous, ne croyez-vous pas que nous changerions d'attitude les uns vis-à-vis des autres. L'être ne serait plus simplement perçu comme humain mais comme lieu possible où se révèle le divin. Je reconnais, que je suis sans doute entrain de rêver. C'est pourquoi, face à cette réalité, nous avons besoin d'un ensemble d'autres lois, comme les dix commandements par exemple.

Nous insérant dans la chaîne de l'humanité, recevant des traditions, en plus de lois, nous vivons également de rites, comme le rappelle l'évangile. Il n'y a pas lieu de les sous-estimer, de les mépriser. Nos vies en sont remplies. Alors êtes-vous en droit de vous demander, pourquoi Jésus est-il si dur avec les scribes et les pharisiens ? Ils accomplissaient les rites et les commandements. Il n'y avait pas lieu d'avoir une telle attitude à leur égard. La réponse à une telle question peut vraisemblablement se trouver dans la phrase suivante : « ce peuple m'honore avec ses lèvres, mais son coeur est loin de moi ».

Puisque la loi est d'abord loi d'amour, c'est dans le coeur que celle-ci doit résider. Cependant, comme elle nous semble si difficile à réaliser dans notre quotidienneté, nous sommes heureux d'avoir ces garde-fous, ces balises que nous appelons commandements et rites. Ils sont importants car ils nous permettent de nous évaluer nous-mêmes. Ils sont donc avant tout des critères d'auto-évaluation que nous nous donnons à nous mêmes. Nous avons besoin de lois et de rites mais d'abord pour nous. C'était cela, je crois l'erreur des scribes et des pharisiens. Nous n'avons jamais, ô jamais, à utiliser lois et rites comme critère de condamnation pour autrui. Nous n'avons pas à jouer à Dieu. Seule la loi d'Amour doit nous suffire.

Le Christ nous pose alors la question suivante : et nous, aujourd'hui, vivons-nous avec l'esprit des lèvres ou du coeur ? Jugeons-nous, condamnons-nous ou prenons-nous le temps de d'abord nous évaluer pour vivre de cette merveilleuse loi d'Amour ? A chacune et chacun de trouver sa réponse. Elle n'est pas dans des rites, elle est tout simplement, tout divinement, en nous.

Amen.

22e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

En ce temps-là, les hommes avaient bien cru qu'ils avaient réussi à faire Dieu prisonnier. Ils l'avaient enfermé dans le Temple. Ils avaient rangé Dieu comme on range un bijou dans sa boite.

Dieu était donc prisonnier derrière les grands murs. Les prêtres le gardaient et sauf eux, personne n'avait le droit de rentrer dans la cellule de Dieu. Les gens venaient au Temple pour passer leur commande à Dieu. Dieu était comme un père Noël dans un grand magasin.

"Seigneur, donne-moi le beau temps pour mon blé... "Seigneur, fais que mes affaires marchent bien... "Seigneur, fais réussir les examens à ma fille... Et pour payer Dieu, il fallait acheter des moutons, des taureaux, des agneaux, des colombes, des pigeons... Dans les villages, on pouvait aussi passer ses commandes à Dieu, en s'adressant aux hommes lettrés, aux malins ou aux scribes.

"Seigneur, donne-moi beaucoup d'agent... "Seigneur, guéris-moi et donne-moi la santé... Mais pour obtenir satisfaction, il fallait imiter les savants et les sages et respecter les traditions dictées par les plus religieux : lavage des mains, des coupes, des cruches et des plats.

Ce jour-là, Jésus en a assez de tous ces marchands de prières et de tous ces voleurs de Dieu. Aussi, proclame-t-il la critique que faisait autrefois le prophète Isaïe : "Ce peuple m'honore des lèvres, mais son coeur est loin de moi" Jésus a toujours combattu cette séparation faite entre les soi-disant purs et les impurs : entre ces prêtres, ces scribes, ces pharisiens qui prétendent être proches de Dieu parce qu'ils connaissent ses lois jusque dans le moindre détails et tous les autres ignorants les conditions pour s'approcher de Lui. Jésus s'est opposé à la séparation que tous faisaient entre ceux qui se croyaient jutes et les pécheurs, les collecteurs d'impôts, les malades, le petit peuple et les païens.

Depuis Jésus, Dieu n'est plus prisonnier. Il n'est plus la propriété de quelques orgueilleux qui se croient justes. Il n'habite plus le Temple, à la disposition de ses seuls gardiens, les prêtres. Sa vraie maison, c'est le coeur de l'homme.

La communauté des chrétiens n'a jamais oublié ces combats que Jésus a menés, au nom de l'amour que Dieu porte à tous les hommes sans exception, au nom de l'amour préférentiel que son Père a en faveur des exclus de la société. Ainsi, quand dans la communauté Matthéenne, la question s'est posée de savoir si l'on pouvait annoncer l'évangile aux païens, si l'on pouvait manger à la même table et partager l'eucharistie avec des incirconsis et des non-juifs convertis, la réponse a été oui.

Cela demeure vrai pour l'église aujourd'hui. Nul ne peut être exclu de la Bonne Nouvelle, ni à cause de la couleur de sa peau, ni à cause de sa race, de son manque de culture, de sa pauvreté, ni de sa misère spirituelle. Personne ne peut être écarté de l'Eucharistie parce qu'il en serait soi-disant indigne : Dieu seul peut juger ce qui se passe à l'intérieur des conscience. Aujourd'hui, nous ne pouvons dire de personne : il n'y a rien à attendre de lui ! Il n'en vaut pas la peine ! Tout est perdu d'avance !

23e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Il faut avoir un fameux sens de l'humour, me semble-t-il pour oser demander à une personne sourde et muette qui recouvre deux de ses sens, ainsi qu'aux personnes qui ont assisté à cette guérison, de ne rien dire. Qui d'entre nous lorsqu'il ou elle vient de vivre un moment important de son histoire personnelle, un temps inoubliable et inexprimable n'a pas envie de le partager, le chanter, le crier à tous ceux et celles qui l'entourent. Etonnant alors que le Christ leur demande de se taire. Ou alors, Jésus avait peut-être compris que ce miracle, cette guérison n'était qu'un moment particulier, singulier de l'histoire de notre humanité. Et que pour qu'un tel événement puisse être vraiment fêter, célébrer, le Christ espère la guérison de toutes les surdités et de toutes les formes d'attitudes muettes.

Il y aurait sans doute un danger à croire que cet évangile ne s'adresse qu'aux personnes atteintes de ces types de vulnérabilités, de fragilités dans leur chair. Nous ne pouvons nous leurrer, cet extrait concerne également le fait d'être muet et les surdités qui coexistent en nos coeurs. Combien d'entre nous n'ont pas fait l'expérience, lorsqu'ils souhaitaient partager un incident, un événement important de leur histoire, se voir soudainement couper par leur interlocuteur qui ramenait alors tout à lui ou à elle. Dans de nombreuses discussions n'avons nous pas la tendance à ne pas écouter l'autre jusqu'au bout pour lui faire connaître d'abord nos convictions, nos idées. Nous ne vivons plus une discussion, un débat mais plutôt une joute oratoire où tout le monde sort perdant puisque nous sommes passés à côté d'une véritable rencontre humaine, en croyant que communiquer c'est tout simplement devoir donner son avis plutôt que d'essayer ensemble d'avancer sur une question, une problématique. Si tout ceci est tellement vrai, comment alors espérons-nous être capable d'entendre les signes vivants de Dieu parmi nous, si nous ne sommes pas à même de nous écouter les uns les autres. Or le Seigneur continue à s'adresser à nous par divers signes. Ce serait également une erreur de croire que notre surdité n'existe que vis-à-vis de l'autre qu'il soit parent, enfant, ami ou simple connaissance, ou encore vis-à-vis de Dieu qu'il soit Père, Fils ou Esprit. Non, nous devons nous rendre à l'évidence que cette surdité se vit également par rapport à nous-mêmes. Combien de fois, n'écoutons-nous pas les signes alarmants de nos corps. Ce qui conduit parfois certains et certaines d'entre nous à des catastrophes irréversibles. Pire encore, est cette surdité intérieure en lien avec notre coeur. Puissions-nous entendre cette phrase de Jésus, « ouvre-toi ». Oui, mais pour pleinement t'ouvrir aux autres, ouvre-toi d'abord à toi-même. Ecoute ton coeur, écoute ce que tu ressens au plus profond de toi, refuse de te fuir. Alors seulement, fortifié par ce temps d'écoute offert à ton coeur, tu peux commencer à parler, à quitter ce monde intérieur de silence dans lequel tu t'étais cloisonné.

S'ouvrir à soi, c'est donc être capable de se donner à nouveau la parole pour dépasser ses peurs ainsi que certaines convenances qui n'ont plus de raison d'être aujourd'hui. C'est vouloir réinstaurer un type de communication fondé sur la vérité de ce que l'on ressent, pour qu'une véritable rencontre puisse se vivre et s'épanouir. Retrouver la parole, renouer avec le langage du coeur, c'est prendre la responsabilité de laisser se répandre sa sensibilité, ses sentiments. Finalement, les seules choses qui véritablement importe au cours de cette vie sur cette terre. C'est donc entendre une rumeur en soi, dans le pli d'un silence. Refuser d'être muet, c'est oser se dépouiller d'une partie de son âme, se réjouir de ce rapt tout intérieur. Voilà de quoi nous souffrons sans doute le plus lorsque nous sommes muets avec nous-mêmes, c'est de ne pas assez voler dans notre coeur, de piller dans nos sentiments pour nous laisser véritablement déposséder. Vivons de ce rapt, seulement alors la parole coulera à nouveau par nos lèvres, de notre coeur, comme une source d'eau claire et limpide. Trop souvent nous restons sourd et muet, et si le miracle de Jésus était aussi pour nous aujourd'hui.

Amen.

25e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Mc 9, 30-37

Il y a dans ce petit extrait de l'évangile deux scènes qui n'ont peut-être rien à voir l'une avec l'autre : Sur la route, Jésus parle aux disciples de sa passion et de sa résurrection ; puis, à la maison, il leur dit comment devenir le premier. Ces deux scènes peuvent être tout à fait indépendantes l'une de l'autre, mais il y a un lien entre les deux qui me frappe. Dans la première scène, en parlant de sa passion, Jésus dit qu'il sera livré aux mains des hommes. C'est-à-dire, il sera comme un impuissant, quelqu'un qu'on peut donner aux autres, quelqu'un qu'on peut prendre et traiter comme on veut. Dans la seconde scène Jésus prend lui-même quelqu'un d'autre, et il le traite comme il veut. Dans les deux cas il s'agit d'une sorte d'accueil, mais la qualité de l'accueil est très différente. A Jérusalem, les autorités politiques et religieuses vont prendre Jésus, le maltraiter et le tuer, évidemment sans lui demander la permission. A Capharnaüm, Jésus prend un enfant, apparemment sans lui demander la permission (on ne demande pas la permission aux enfants), et il l'embrasse. A Jérusalem, c'est l'accueil de la haine, l'accueil qui tue. Jésus n'y survivra pas. Certes, il vivra après, mais il faudra le miracle des miracles, la résurrection, pour vivre après cet accueil. Par contre, Jésus accueille avec un geste d'amitié, même d'amour. L'enfant n'a pas besoin d'un miracle pour y survivre. L'accueil de Jésus ne menace pas sa vie ; au contraire, il favorise la vie et l'épanouissement, c'est un accueil vraiment humain.

Quand Jésus prend cet enfant, c'est dans le contexte d'un enseignement sur la grandeur, enseignement qu'il donne parce les disciples discutent entre eux pour savoir qui est le plus grand. Les disciples savent déjà qu'il ne leur est pas bienséant, d'avoir une telle discussion. C'est pourquoi ils ne répondent pas quand leur demandent de quoi ils parlent. Quand leur maître vient de dire qu'il va être maltraité et tué, il ne leur convient pas de se préoccuper d'eux-mêmes et de leur statut. Jésus leur dit que si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le dernier. Alors, on s'attend à ce qu'il prenne l'enfant et leur dise que pour être grand il faut devenir comme ce petit enfant, comme quelqu'un qui n'a aucune autorité et qui est soumis à l'autorité de tout les autres. On s'attend à ce que cet enfant enfant devienne le modèle du disciple. Mais Jésus agit autrement. Il leur dit simplement qu'il faut accueillir en son nom, comme ses disciples, les enfants, les impuissants. Cela n'a rien à voir avec la discussion sur l'importance relative des disciples. Le geste d'accueil que fait Jésus dépasse cette discussion, la détourne. Quand ils discutent pour savoir qui est le plus grand, les disciples pensent à eux-mêmes. Jêsus réagit à cette discussion de deux façons différentes. La première réponse de Jésus est de renverser les valeurs : Vous voulez être grands ? Soyez petits ! Il leur propose effectivement une façon paradoxale de devenir grand, ou une échelle de grandeur renversée : Si vous vous croyez grands, croyez-vous petits. Mais il finit par les détourner de cette question. Il leur dit : Accueillez les petits, les faibles, favorisez leur vie, et vous accueillez Dieu. Ne pensez pas à vous-mêmes et à votre statut, mais aux autres. La question de statut, de savoir qui est plus grand ou moins important que les autres, n'existe finalement pas pour les disciples de Jésus. Peut-être que dans le monde politique, et dans l'Église considérée comme une structure humaine, le pape est une figure centrale. Mais, pour les disciples du Christ, un pape n'est ni important ni peu important, il n'est ni plus important ni moins important que nous. Si on est disciple de Jésus, on pense autrement ; pour le pape, comme pour nous, l'important est d'accueillir, de ne pas maltraiter les autres, mais de les traiter humainement, de se soucier de leur vie et de ne pas les tuer, comme les autorités de Jérusalem, les hommes dits grands et importants, tueront Jésus

25e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Qui donc est le plus grand ?

Les disciples de Jésus n'étaient pas très fiers, car, en chemin, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus important.

A priori, nous aurions nous aussi peut-être tendance à les blâmer, parce qu'ils se disputent pour les premières places. A y regarder de plus près, il faut bien admettre que la compétition a quelque chose de positif Avancer, grandir, chercher à devenir meilleur, à acquérir plus de connaissances, à être plus compétent, réussir, gagner, tout cela est important . Cela fait partie de notre vouloir vivre, de la mise en valeur de nos capacités. Cela donne du dynamisme et de l'enthousiasme. Et aujourd'hui, dans notre monde de battants, c'est même nécessaire pour se faire une place au soleil.

Seulement, voilà, il arrive parfois que cette lutte nécessaire, s'accomplit au détriment des autres, au prix de l'écrasement de celles et ceux qui nous entourent . E y a là souvent un aspect mortifère, à la compétitivité. Pour gagner, pour être le premier et le plus grand, le plus fort, il faut absolument anéantir les autres concurrents. Cela ne s'accorde pas très bien avec l'esprit de Jésus qui nous déclare "Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le serviteur de tous !"

Il arrivent que des personnes, parfois célèbres, accomplissent des oeuvres de bonté et de solidarité, Tout en réussissant leurs croisades du coeur, elles mettent en évidence et en lumière les grandes carences de l'organisation de nos sociétés, et l'incapacité des gouvernements d'enrayer les ravages de la grande pauvreté et de la misère. Comme pour se défendre, ou pour justifier une situation, on colportera volontiers les critiques vis à vis de ces actions humanitaires et l'on mettra en lumière les limites de leur efficacité. A l'occasion du décès de Mère Thérésa, les médias nous ont beaucoup parlé de son oeuvre, de la façon dont elle a permis à tant de malheureux de Calcutta de mourir, non pas dans la rue, mais d'une manière plus humaine et plus digne. Mais en même temps, d'autres ont essayé de dénigrer son action, lui reprochant d'agir uniquement sur les conséquences de la pauvreté en Inde, et de ne jamais remettre en question les causes de cette immense misère. D'autres lui ont reproché même de glorifier la souffrance de ces pauvres, comme si celle-ci avait en soi une valeur importante et rédemptrice. Et nous-mêmes, ne nous arrive-t-il pas de nous irriter lorsqu'à côté de nous d'autres réussissent. Nous éprouvons du dépit devant les initiatives d'autrui. Nous sommes irrités quand quelqu'un s'oppose à nous, n'a pas la même pratique ou les mêmes opinions. Nous avons un inconscient plaisir à humilier les autres, surtout s'ils réussissent. Il nous est facile d'accuser et d'écraser l'autre quand nous sommes soi-disant supérieurs.

C'était déjà pareil au temps de Jésus. E avait jusqu'ici accomplit une oeuvre admirable, en guérissant de nombreux malades, en chassant les mauvais esprits et en accueillant les pécheurs. E s'était donc taillé un grand succès. Par ces nombreuses guérisons, ils s'opposaient aux autorités religieuses de son temps, qui prétendaient que la maladie ou l'infirmité était une punition de Dieu. Si quelqu'un était boiteux ou aveugle, c'est parce qu'il avait péché. Il ne fallait donc pas le soulager ni le guérir pour ne pas s'opposer à la vengeance de Dieu. C'est pourquoi les prêtres, les scribes et les pharisiens se voyaient remis en question par le succès du Nazaréen. Ils le critiquaient volontiers. "C'est par le prince des démons qu'il chasse les démons" disaient-ils. Ce prophète ne pouvait pas venir de Dieu puisqu'il accueillait les pécheurs. Jésus n'est pas dupe de ces pensées mortifères des juifs pieux de son temps. Il annonce clairement l'intention de ses adversaires de le faire disparaître. 'Le Fils de l'homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront, mais trois jours après il ressuscitera" En cela il réalise ce que l'auteur de la Sagesse disait du Juste : 'Attirons le juste dans un piège, car il nous contrarie et s'oppose à notre conduite. Condamnons-le à une mort infâme puisque quelqu'un, dit-il, veillera sur lui. " Jésus qui croit en la force du bien, annonce le relèvement, la puissance de la vie plus forte que toutes ces critiques. Il prédit la résurrection.

Pour fortifier ses disciples, Jésus fait un geste symbolique. Dans la maison,, il appelle un enfant, le place au milieu d'eux et l'embrasse. Appeler un enfant, c'est peut-être un geste émouvant, touchant voire même merveilleux. Pour les apôtres, c'est un rude coup de point sur la table. Ils ont discuté pour savoir qui était le plus fort et Jésus leur donne en leçon un petit enfant. Car Dieu ne se retrouve pas chez ceux qui veulent être grands au mépris des autres. C'est dans le petit qu'il se reconnaît.

L'attitude de Jésus apparaît comme radicalement neuve. S'il voit dans l'enfant celui qui est sans défense, il voit surtout un être disponible et ouvert à l'avenir. C'est vers lui que s'adresse la tendresse du Maître. Il l'embrasse. Il s'identifie à ce tout petit puisqu'il affirme que celui qui "accueille un enfant comme celui-la, c'est lui-même qu'il accueille et donc le Père qui l'a envoyé.

Aujourd'hui, Jésus ne va pas renouveler ce geste au milieu de nous, mais sa parole nous invite à accueillir l'enfant qui est en nous, qui demeure en nous. C'est une invitation à retrouver ce petit être qui sommeille en chacun de nos coeurs, cet enfant que nous avons été qui était ouvert à l'avenir, au progrès, à l'émerveillement devant la nature et le monde, dans le coeur duquel il n'y avait aucune violence, aucune agressivité, mais un désir d'aimer et de se donner tout entier dans la tendresse envers ceux qui l'entourent.

Bruxelles, une minute...