5e dimanche de Pâques, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Jn 15, 1-8

" La Vigne "

La culture de la vigne est très répandue dans les pays méditerranéens. Chez nous, nous nous contentons d'en consommer le produit : le vin. Une belle vigne, quelle merveille ! Les feuilles regorgent de sève et les grains sont gonflés de jus ! Les grappes sont prometteuses d'un millésime qu'on savoure à l'avance. Une vigne plantureuse porte fièrement le nom de son propriétaire.

Il n'est pas étonnant que la vigne ait servi d'image familière pour exprimer une réalité bien plus profonde. Ainsi Israël est la vigne de Dieu.

Déjà le prophète Isaïe avait décrit les relations entre Dieu et son peuple : 'Mon ami possédait une vigne sur un coteau plantureux. Il y retourna la terre, enleva les pierres et installa un plant de choix. La Vigne du Seigneur tout puissant, c'est la maison d'Israël et les gens de Juda sont le plant qu'il chérissait" La parabole évoquait la tendresse, la sollicitude du Seigneur pour son bien. Il en attendait de beaux raisins, pourquoi n'en a-t-elle produit que des mauvais ?

Le psaume 79 reprend la même comparaison sous forme de prière nationale pour Israël en difficultés. "Cette vigne que tu as retirée d'Egypte, tu as déblayé le sol devant elle pour qu'elle prenne racine et remplisse le pays. Cette vigne, c'est le cep choisi que Yahvé a entouré de soins prévenants. Mais la clôture a été abattue ! La vigne ravagée, Dieu va-t-il laisser faire ? Interviens pour cette vigne, Seigneur " La "vraie" vigne, en réalité c'est Jésus. Il est le cep et les disciples sont les sarments. Ils participent à la vie du Christ comme les branches participent à la vie du cep auquel ils sont attachés. Il faut demeurer en lui, comme la racine s'accroche à la terre. En effet, le fils éternel du Père, Jésus-Christ seul peut conférer aux entreprises humaines une valeur d'éternité.

'Je suis la vigne et mon Père est le vigneron" Désormais, le plant choisi par le vigneron, n'est plus Israël, mais Jésus, le Bien Aimé. C'est lui le cep planté par Dieu et c'est lui, en même temps, le fruit incomparable. Le nouvel arbre de vie, c'est le peuple qui naît de Jésus et ne fait qu'un avec lui. Mystère de la sève dont le mouvement intérieur et discret a uni le cep aux sarments jusqu'à leur faire porter du fruit. "Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit !"

Immense vigne, le champ où les hommes luttent, peinent, donnent leur vie, sans savoir que le fruit qu'ils portent vient d'une sève cachée qui tait son nom. Le cep est devenu la nourriture des affamés de justice, la ressource subtile des pauvres, la sérénité inébranlable des doux, la grandeur d'âme des miséricordieux, la force des torturés, la fidélité des artisans de paix. "Celui qui demeure en moi, celui-là porte beaucoup de fruit." La vigne des hommes est désormais et pour toujours la vigne de Dieu. Heureux ceux qui savent humblement qu'ils sont eux-mêmes les sarments dont Jésus est le cep et le Père le vigneron ! Heureux ceux qui dans la patience et la ténacité, émondent la terre des hommes pour qu'elle porte son fruit le plus beau : ils sont la vendange de la vigne de Dieu !

5e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Ce passage de l'évangile nous présente un Jésus, annonçant à Capharnaüm la Bonne Nouvelle de l'avènement d'un Royaume des cieux, qui instaure de nouveaux rapports sociaux. Il inaugure ceux-ci en guérissant les malades et en chassant les esprits mauvais.

A la vue des malheurs de tout un peuple, Jésus ne cherche ni à expliquer ni, à plus forte raison, à justifier le mal et la souffrance. Il est pris d'une immense compassion à la vue de l'humanité souffrante et il décide d'emblée de se battre contre les préjugés et contre l'emprise du malheur. Il faut dire qu'en son temps, il n'y avait d'assurance contre la maladie et l'invalidité. On ne s'occupait pas de soigner les malades, les infirmes et tout ceux qui étaient atteints par quelque forme de désordres mentaux. Les pharisiens et les maître de la Loi considéraient volontiers que maladie, handicaps divers, infirmités n'étaient autres qu'un châtiment de Dieu. Tous ces gens ignares, qui en étaient atteint, étaient aussi incapables de connaître et bien sûr d'observer la Loi du Seigneur. C'est pourquoi ils étaient ainsi punis. Il ne fallait pas s'en occuper puisque tous ces misérables n'avaient que ce qu'ils méritent. On ne pouvait s'opposer au châtiment divin. Aussi tous ses malheureux se sentaient exclus, mis à l'écart.

Pris de pitié pour eux, Jésus se met à les guérir, en leur rendant confiance en eux-mêmes, "Ta foi, ta confiance en Dieu et en toi-même, t'a sauvé." Il les remet debout. Ainsi nous voyons aujourd'hui le Christ tendre la main à la belle-mère de Pierre et l'aider à se lever. Le soir venu, on lui amenait tous les malades et il se mit à les guérir. Etonnant Jésus qui le lendemain matin s'enfuit tout seul dans la montagne pour prier ! Ce faisant, il repousse la séduction que peuvent exercer les prouesses d'un guérisseur. Il refuse de se laisser enfermer dans le rôle d'un « messie » accumulant les succès spectaculaires. Sa mission est d'annoncer aussi ailleurs la Bonne Nouvelle du Royaume. En effet, si tous les malades, les boiteux, les aveugles, les lépreux venaient vers lui, c'était un peu comme on va chez le rebouteux quand on a tout essayé, un peu comme on attend un miracle d'un Saint, en désespoir de cause. Et cela jusqu'à ce matin, où les apôtres lui ont dit "Tout le monde te cherche". Alors il s'est rendu compte que le pèlerinage commençait, qu'on allait bientôt le porter en triomphe, faire de lui un dieu. Et il est parti, en les laissant là. Comme s'il voulait relancer la balle. En réalité, en partant ailleurs, c'est qu'il voulait que les malheureux de Capharnaüm se prennent désormais eux-mêmes en charge, que les guéris parmi eux, deviennent des guérisseurs, que les sauvés deviennent à leur tour des sauveurs.

Il est parti. Et sans doute de village en village, il a recommencé la même chose, annonçant un nouvel ordre des choses, de nouveaux rapports sociaux. En guérissant les malades, en remettant debout ceux qui étaient écrasés, en réinstallant dans les communautés humaines ceux qui en étaient exclus, en rendant confiance à chacun. Et puis, lorsque le succès grandissait, il est à nouveau parti ailleurs, forçant ainsi chacun non seulement à devenir autonome, mais les invitant à remettre debout et à rendre confiance à tous ceux qui partageait les même souffrances et les mêmes malheurs.

Il est parti. Et depuis lors, il est l'insaisissable. L'enfermerait-on dans une pierre scellée, qu'il en sortirait vivant. Et aujourd'hui, l'accaparerait-on dans un rite, dans une pratique, dans un acte religieux, qu'il s'en échappe. L'ensevelit-on dans le tombeau de nos oublis, qu'il surgit à nouveau, un jour ou l'autre, à la croisée de nos chemins.

C'est pourquoi, dans notre monde d'aujourd'hui, impitoyable et dur, le moindre geste désintéressé, le plus petit acte d'amour, devient miracle. A nous qui avons été guéris par Lui, de devenir à notre tour des guérisseurs.

6e dimanche de Pâques, année B

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Jésus dit à ses disciples « Si vous êtes fidèles à mes commandements, vous demeurerez dans mon amour ; comme moi, j'ai gardé fidèlement les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour. » Il dit aussi : « Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande ». C'est seulement en gardant les commandements de Jésus que nous demeurons dans son amour, que nous sommes ses amis.

Mais pourquoi cela nous intéresse, d'être les amis de Jésus, de demeurer dans son amour ? Dans la vie nous apprenons que l'amour est important ; nous ne sommes pas faits pour être seuls dans la vie. C'est le message de la Genèse 2, où Dieu crée d'abord l'homme et puis remarque que ce n'est pas bon l'homme soit seul, et il crée la femme pour être le compagnon de l'homme. Il est bon de trouver quelqu'un dans la vie, un ami, quelqu'un à aimer et quelqu'un qui nous aime, quelqu'un à qui nous pouvons rester fidèles et qui peut également nous rester fidèle. La vie peut être difficile si on ne trouve pas cette personne, et plus difficile encore si on la perd. L'amour d'un autre nous donne un point de repère dans le monde, cela donne un sens à notre vie. Etre sans amour, c'est être perdu.

Ce n'est pas une loi universelle de la vie ; il y a peut être certains qui peuvent vivre seuls sans éprouver le manque d'un ami, qui peuvent vivre tout seuls tout en restant humains, sans se flétrir. Mais ces personnes sont rares ; pour la plupart d'entre nous l'amour et l'amitié sont essentiels. Mais si l'amitié nous est nécessaire, c'est l'amitié d'un de nos contemporains. Est-ce que nous avons vraiment besoin de demeurer dans l'amour de Jésus, d'être ses amis ? Et qu'est-ce que cela veut dire d'être ami de Jésus ? Nous ne partageons finalement pas notre vie avec Jésus comme nous la partageons avec nos partenaires et avec nos amis. Nous ne vivons pas avec lui tous les jours comme nous pouvons vivre avec un époux ou avec une épouse ou avec un ami.

C'est vrai. Je crois que, quand Jésus nous dit de demeurer dans son amour, cela doit être en partie métaphorique. Mais c'est une métaphore extrêmement importante. Pour Jean, qui nous transmet ces paroles du Seigneur, Jésus n'est pas simplement quelqu'un avec lequel on puisse vivre, un partenaire potentiel. Jésus est le Verbe, la Parole de Dieu par laquelle tout est crée, y compris nous-mêmes. C'est lui, le sens de la création, le sens du monde dans lequel nous nous trouvons.

Si c'est normalement l'amour, l'amitié, la fidélité de et à un autre qui nous donne un point de repère, qui donne un sens à notre vie, cet amour peut être un amour désespéré, un amour qui nous sauve d'un monde qui paraît insensé, qui nous permet de survivre malgré le monde. Mais pour Jean, et pour nous les chrétiens, le monde n'est pas insensé, il a déjà un sens, il y a déjà un point de repère. Ce que nous donne l'amour humain est déjà présent dans le monde. C'est pourquoi on peut dire qu'il y a un amour ou une amitié qui s'y exprime. Cet amour y est présent parce que le monde est créé par le Verbe de Dieu, Jésus. C'est cet amour-là qui est véritablement essentiel à notre existence. Si nos amours humaines donnent un sens à notre vie, c'est parce qu'elles nous permettent de voir et de vivre un amour plus fondamental. C'est cet amour-là que Jésus nous offre et dans lequel il nous dit de rester. Si nous aimons humainement, notre amour ne nous défend pas contre un monde sans amour et sans sens ; ce n'est pas une solitude à deux. Il nous permet plutôt de voir qu'il y a un amour dans le monde, de voir et de vivre le sens du monde. C'est pourquoi l'amour de Dieu, l'amour de Jésus, n'est pas une alternative à l'amour d'un autre. C'est l'amour d'un autre qui nous ouvre à l'amour de Dieu. Et c'est pourquoi dans l'évangile d'aujourd'hui Jésus, en disant à ses disciples de demeurer dans son amour, leur dit : « Aimez-vous les uns les autres ». Si nous ne savons pas nous aimer les uns les autres, nous ne comprendrons jamais l'amour de Dieu, et notre monde restera toujours un monde sans sens.

7e dimanche de Pâques, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Je ne te demande pas de les retirer du monde, mais de les garder du mauvais.

C'est la prière de Jésus pour ses disciples. Il traite de la "Difficulté d'être chrétien" Jésus dit en effet que nous sommes dans le monde, sans être du monde. L'intention est claire : il s'agit d'être un homme à part entière, immergés dans les luttes, les espérances et les combats du monde, et garder cependant une distance. Il ne s'agit pas du repli superbe de celui qui se tiendrais sur la berge du fleuve et contemplerait son agitation, mais d'une distance qui serait fraternelle. Il s'agit de ne pas se confondre avec le monde sous peine de n'avoir plus rien à dire, plus rien à lui apporter et donc faillir à sa mission.

Mais si l'intention est claire, il s'agit en réalité d'un chemin de crête, car il faut tenir à la fois deux choses. Il serait facile de n'en affirmer qu'une, de choisir. Etre dans le monde. Comme Jésus doit aimer ceux qui se portent avec un grand élan fraternel vers le monde, qui explorent des voles nouvelles, aux marches de l'Eglise, ceux qui prennent des risques, même s'ils commettent des erreurs.

Ne pas être du monde. Savoir lui dire non : c'est encore une façon d'aimer. Non au culte de l'argent et à l'avarice, non à l'injustice et à l'exploitation de l'homme par l'homme, non à l'oppression, non à la violence et au racisme. Même si tout le monde court après l'argent, même si tout le monde triche, même si tout le monde commet l'injustice. La vérité n'a rien à voir avec le nombre des gens qu'elle persuade. L'Eglise dont je rêve... Alors mon Eglise, celle dont je rêve, celle que j'appelle de mes voeux, n'est pas seulement une, sainte, catholique et apostolique. Elle a d'autres caractéristiques : C'est d'abord une Eglise fraternelle, ai trop pyramidale, ni trop hiérarchique, mais faite de frères et de soeurs. Tout le monde s'y sent à l'aise et ose s'exprimer parce que personne n'y a peur de personne. C'est une Eglise de gauche puisque les frères de gauche sont mes frères et une Eglise de droite puisque les chrétiens de droite le sont aussi. Elle est aussi peu Bonapartiste et Gaulliste que possible En elle, il n'y a pas de personnage messianique, ni de gourous pour dire ce que je dois faire Elles est faites d'hommes libres qui s'écoutent mutuellement, ou plutôt qui écoutent ce que l'esprit leur dit par la bouche de leurs frères.

Mon Eglise est ensuite une Eglise en recherche. Elle n'a pas de réponse à tout. Elle est le grand rassemblement de tous ceux qui voudraient percer le secret de Dieu. Elle est humble. Souvent elle a plus de questions que de réponses. On la voit aux côtés de tous ceux qui cherchent en vérité.

Mon Eglise est enfin engagée. Elle a compris qu'il ne suffit pas de pratiquer la charité d'une manière artisanale, mais qu'il faut s'attaquer aux causes de la pauvreté. Ou plus exactement qu'il importe souvent de faire l'un et l'autre. C'est pourquoi mon Eglise est entrée en politique comme on disait jadis d'une personne qui est entrée en religion. Ou rassurez-vous, si elle pousse à l'engagement politique, elle ne vous dira plus pour qui il faut voter ? Car rien n'est plus détestable qu'une Eglise appelant à voter à gauche à cause des exigences de la justice qu'une Eglise appelant à voter à droite pour la défense des valeurs traditionnelles. Telle est mon Eglise. Elle existe déjà. Voulez-vous bien que nous travaillons ensemble à la faire naître davantage. Ce serait un fruit de la Pentecôte. Ce serait l'accomplissement de la prière du Christ.

Ascension

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : A, B, C
Année: 1996-1997

Un confrère dominicain prêchait l'année passée à l'occasion de cette fête de l'Ascension en disant que le Père du Ciel n'avait plus le choix. Il ne pouvait que reprendre son « gamin » auprès de Lui, car le fait qu'il soit ressuscité posait déjà assez de questions comme cela. Retourner auprès du Père était le cours normal des choses. Un peu facile comme explication me semble-t-il. S'il est vrai que la résurrection est avant tout un acte de foi, je crois pouvoir dire qu'il en va de même pour l'Ascension. Nous sommes en droit de nous questionner sur le sens d'un tel événement. La prédication de mon confrère religieux ne m'ayant pas tout à fait convaincu, je confesse que, sur les conseils de Lucie Struyf, membre de l'Equipe pastorale, je suis allé voir du côté de nos concurrents : les jésuites. Et je dois bien admettre, à regret il va sans dire, que le père François Varillon, membre de la Société de Jésus peut sans doute nous éclairer dans la compréhension de ce mystère.

Jésus se devait de monter au « ciel », écrit-il, non pas le « ciel » au-dessus des nuages, mais ce ciel qui est la rencontre intime de Dieu et de l'homme, le contact de l'être de l'homme avec l'être de Dieu. Ou pour être plus précis encore, le ciel, vécu comme avenir de l'homme, avenir de l'humanité. Et l'Ascension en est le signe visible. Elle est la fête qui inaugure cet instant, qui fait exister ce Ciel. Et ce, à partir d'un départ. Or bien souvent les départs, surtout quand on aime, sont douloureux. C'est ce que les apôtres ont du vivre. Pourtant, constate un des auteurs favoris de mon adolescence, « lorsque vous vous séparez de votre ami, vous ne vous affligez pas ; car ce que vous aimez le plus en lui peut être clair en son absence, de même que pour l'ascensionniste la montagne est plus nette vue de la plaine ».

Le départ de Jésus vers les cieux ne signifie pas la fin d'une histoire mais plutôt le début de l'éternité, de notre éternité. Si Jésus n'était pas « monté » au ciel, il serait encore parmi nous, au milieu de nous, pire, extérieur à nous, comme je vous suis extérieur et comme vous m'êtes extérieurs. Son départ symbolise dès lors un nouveau mode de présence, non plus une présence proche, visible et à nos côtés mais plutôt une présence à la fois tout intérieure, universelle, hors frontière et hors du temps. Une vraie présence, vécue sur le mode de l'absence, un peu comme lorsque nous vivons un deuil, ce temps nécessaire pour que l'être disparu vive à jamais en nous.

Dieu, Père, avait sans doute compris que s'il laissait son Fils sur terre, nous autres, humains, nous nous serions sans doute infantiliser, nous aurions régresser puisqu'à chaque décision à prendre nous aurions pu l'interroger pour qu'il nous dise la bonne voie à prendre. Il n'aurait pas pu se tromper puisqu'il est Dieu... Notre vie sur terre serait plus facile à vivre mais à l'inverse, nous n'aurions plus été responsables de nos destinées. J'espère que Dieu refusera toujours d'écrire lui-même notre histoire. Je ne crois pas que Dieu ait véritablement un projet sur l'homme, par contre je suis convaincu que l'homme est le projet de Dieu. Voilà toute la différence. Dieu nous veut hommes et femmes, adultes responsables, construisant nous-mêmes notre histoire. Nous sommes des êtres reçus et en devenir. Le départ du Christ, son Ascension, est donc essentiellement de sa part le respect de notre liberté. Une liberté qui nous permet de construire notre avenir. Jésus nous a laissé un message, une tâche à accomplir. Nous avons un coeur et une intelligence, à nous de les utiliser dorénavant au service de notre humanité. C'est à nous qu'il appartient, en pleine responsabilité, de prendre les décisions qui conviennent pour l'avènement d'un monde plus humain, plus juste. Nous n'avons pas d'inquiétude à avoir, le Christ reste bien présent dans chacune de ces décisions humanisantes pour leur donner une dimension divine. En d'autres termes, nous pouvons dire, avec Varillon, que le Christ divinise ce que nous humanisons. Nous sommes liés à lui de la sorte dans cette intimité de Dieu que nous appelons Ciel.

Par son Ascension, le Christ s'en est allé et pourtant, c'est ainsi qu'il nous est le plus profondément présent. Comme le dit si bien Claudel, « il faut que je vous soustraie mon visage, pour que vous ayez mon âme ». Dorénavant nous vivons dans cette intimité divine, réconforté par la présence de l'Homme-Dieu. Que cet acte de foi, nous permette de vivre et d'agir en conséquence pour que la terre que nous laisserons aux générations futures soit plus humaine.

Amen.

Assomption de la Vierge Marie 

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A, B, C
Année: 1996-1997

Lc 1, 39-56

C'est une fête un peu curieuse. Pourquoi dire que Marie est déjà, corps et âme, auprès de Dieu au ciel ? Le ciel n'est finalement pas un lieu spatial, comme Rixensart, où des corps puissent s'installer. Mais c'est quand même une célébration très importante et significative. C'est une fête mariale, bien sûr, mais c'est aussi d'une certaine manière la fête de notre humanité, de notre humanité corporelle. Aujourd'hui nous célébrons le fait que Marie ait un corps.

Il y avait dans le christianisme, et il y a toujours, un certain mépris du corps. Bien sûr, on doit le nourrir, lui donner du repos, le soigner, mais à part cela le corps ne doit avoir aucune importance dans la vie spirituelle. On pouvait même, et on peut encore, considérer le corps comme un ennemi dans la vie spirituelle. On citait St Paul, qui dit que la chair s'oppose à l'esprit. Le corps est plein de dangers et de pièges ; il nous incline vers le mal. La paresse, la gourmandise, l'ivresse, la sexualité, trop souvent mal gérée et presque de nature ingérable, proviennent de notre corps, de notre chair. On serait plus serein, plus pur, plus spirituel, sans le corps. On tendrait beaucoup moins vers le péché, on serait beaucoup plus proche de Dieu, on serait plus sain et plus saint, si on était simplement une âme, si on n'avait pas à supporter le poids et les tendances charnelles du corps. Il n'est pas bête de penser comme cela. Il y a beaucoup de gens qui ont éprouvé leur corps comme un poids, et qui l'ont considéré comme une source de tentation et de péché, comme quelque chose qui les éloigne de Dieu, du spirituel. Il y a eu beaucoup de chrétiens qui pensaient et qui pensent ainsi, et on trouve cette veine de spiritualité dans plusieurs religions. Mais ce point de vue n'est finalement pas très chrétien. Et, qui est peut-être plus pertinent, il ne correspond pas à la réalité. Après tout, nous sommes notre corps. Si nous souffrons d'une maladie, c'est nous qui souffrons, pas simplement notre corps. Si on lutte contre son corps, on lutte contre soi-même. On pourrait dire que c'est une des spécificités et un des buts du christianisme - correctement conçu - qu'il nous libère de cette méfiance de nous-mêmes et de cette lutte contre nous-mêmes.

Si le corps était en vérité si non-spirituel, il serait étonnant que Dieu nous ait créés corporels ; et fait, en créant l'homme, Dieu n'a pas créé une âme qui, plus tard, s'est malheureusement attachée à la chair ; l'homme auquel Dieu a voulu donner l'existence était dès le début un corps animé. Si le corps était si non-spirituel, il serait plus étonnant encore que Dieu nous sauve, nous libère du péché, pas en nous libérant de la chair ou de notre nature corporelle, mais en la partageant. Il a pris notre chair en devenant homme et, tout particulièrement, il a pris la chair de Marie. Et c'était plus qu'une mesure provisoire. Il ne s'est pas débarrassé de son corps au moment de sa mort sur la croix ; sa résurrection était la résurrection d'un corps vivant, et son ascension au ciel était l'ascension d'un corps vivant. Dieu est l'ami de notre corps. Le corps n'est pas opposé au spirituel ; c'est dans le corps, qui est maintenant un corps de chair, que nous vivons notre spiritualité. Tous les sacrements en lesquels Dieu se donne à nous sont des gestes corporels, physiques. Nous nous approchons de Dieu en nous aimant les uns les autres, et cela implique que nous nous comportions physiquement d'une manière charitable. Il faut, par exemple, donner à manger à ceux ont faim. Si nous avons l'impression parfois que notre corps nous éloigne de Dieu, c'est aussi par le corps que nous sommes proches de Dieu. Dieu, qui est notre ami, est ami avec notre corps. C'est pourquoi il a pris chair de Marie. C'est aussi pourquoi nous voulons dire que, quand il a pris Marie à lui, il ne lui a pas enlevé son corps. Nous n'osons pas dire concernant les autres saints qu'ils vivent dans leur intégrité avec Dieu. Comme nous, ils doivent attendre la résurrection du corps. Mais nous osons dire que Marie était si proche de Dieu, et Dieu d'elle, qu'elle vit déjà en pleine amitié avec Dieu, et en pleine humanité, âme et corps.

Dimanche de Pâques

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : A, B, C
Année: 1996-1997

Jn 20, 1-9

 

Et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur, conclut l'évangéliste Marc. Mais si elles n'ont rien dit, comment le savons-nous aujourd'hui. Voilà encore un secret bien gardé. De vraies commères de village. Sauf si nous acceptons qu'un secret est quelque chose que l'on ne raconte qu'à une seule personne à la fois. Concept tout à fait immoral, il va sans dire. Pourtant, elles ne dirent rien prétend Marc. Mission impossible. Qui d'entre nous serait véritablement capable de tenir sa langue face à un tel événement. Celui qui, depuis vendredi porte le nom de Crucifié, dorénavant peut se nommer, se proclamer Ressuscité. La résurrection, un événement qui a de quoi secouer l'ensemble de la planète.

Une chose est sans doute certaine, c'est que si Jésus, le Christ, n'était pas ressuscité, il y a peu de chance que nous en parlerions encore aujourd'hui. Nous ne serions sans doute pas ici ce soir ou encore chaque dimanche à la célébrer, à le remercier. Cet événement s'est-il réellement produit peuvent se demander certains ? La meilleure preuve que nous ayons est notre présence, signe d'une Eglise qui de par le monde entier vit depuis des années.

Avec la résurrection, nous touchons le coeur même de notre foi et de notre espérance en une vie éternelle. La résurrection est d'abord le signe de la mort de la mort. Cette dernière n'est plus une fin en elle-même, le terminus obligé de toute vie terrestre. Grâce à cet événement, nous croyons que nous avons commencé un chemin d'humanité qui durera de toute éternité. Que la mort, n'est qu'un passage obligé qui nous ouvrira vers le bonheur sans fin, telle peut être notre conviction de foi en ce ressuscité. Attardons nous quelques instants devant cet homme-Dieu, incarné, crucifié et ce soir ressuscité.

L'histoire du tombeau vide nous rappelle que Jésus n'est pas de l'ordre du souvenir, d'une parcelle de vie à garder dans notre mémoire. Il est d'abord et toujours cette présence. Comme le rappelait, il y a 15 jours Stéphane, les souvenirs font partie du passé. Ils risquent de nous enfermer dans une certaine nostalgie d'un temps à jamais révolu alors que la présence de Jésus, sa résurrection sont pour nous signes d'un projet d'avenir, d'un futur toujours possible à construire. Nous n'aurons sans doute pas assez de notre vie terrestre pour accomplir notre chemin d'humanité. Alors la résurrection nous invite à ne pas nous inquiéter, et à croire que nous avons toute l'éternité pour nous réaliser. Pas besoin de plusieurs vies pour y arriver, une seule nous suffit, celle qui nous a été donnée, celle qui continuera en présence visible du ressuscité.

Pâques que nous fêtons nous rappelle alors avant tout que Jésus n'est pas un personnage d'un livre, d'une bande dessinée ou d'un film mais est une présence vivante au coeur de chacune et chacun d'entre nous. Contrairement à ce que certains romanciers estiment, ce n'est pas suffisant d'étudier, de tenter de saisir l'histoire de Jésus comme n'importe quel autre personnage historique. Découvrir et étudier le Jésus historique est la première étape de notre démarche de foi mais elle n'aura de sens que si elle aboutit à une véritable rencontre. Le Christ devient ainsi le lieu même de la rencontre de Dieu. L'évangile nous invite à ne pas nous enfermer dans une connaissance de Jésus mais de véritablement partir à sa rencontre. C'est là toute la nuance entre connaître quelqu'un et le rencontrer. Toutes et tous nous connaissons tel personnage connu, le président des Etats-Unis mais très peu d'entre nous les ont vraiment rencontrés. La connaissance peut être de l'ordre du livresque, du théorique alors que la rencontre véritable est quelque chose de dynamique, de vivant. Si nous partons à la recherche d'un savoir sur le Christ sans désirer le rencontrer, nous passons alors tout simplement à côté de l'événement de la résurrection, de cette foi qui susurre au plus profond de nous-mêmes qu'il est vivant à jamais et qu'il nous offre les portes d'un paradis éternel.

Pâques devient pour nous ce soir l'histoire de cette rencontre sensationnelle, de ce projet que les mots ne peuvent préciser davantage. Pâques est la fête de la vie qui renaît au delà de toute incompréhension. Puisions-nous ce soir encore et chaque jour, nous laisser saisir par toutes ces nouvelles merveilles qui s'offrent à nous. Elles sont là, omniprésentes. A nous de nous arrêter pour les découvrir, les saisir et en vivre à jamais. Bonne fête de Pâques.

Amen.

 

Epiphanie

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Noël
Année liturgique : A, B, C
Année: 1996-1997

Mt 2, 1-12

En cette fête de l' épiphanie, permettez-moi de vous offrir ce que certains appellent communément « une tranche de vie ». C'était il y a un peu plus de deux ans et nous venions de terminer une longue recherche sur l'éducation. L'autre était un homme que je considère comme ami et grand humaniste, certains d'entre vous le connaissent et l'apprécient. Il s'agit du Professeur Philippe de Woot de l'université de Louvain. Après avoir présenté les fruits de notre étude, nous nous sommes retrouvés dans un musée des beaux-arts et nous nous sommes arrêtés devant un tableau : Jésus au jardin des Oliviers peint par le Greco. Une oeuvre superbe. Et pendant plus d'une demi-heure, nous avons contemplé et commenté ce que nous voyions. Tranche de vie banale et sans intérêt pourront penser certains. Pourtant, je voudrais repartir de cette expérience toute simple pour comprendre ce que nous célébrons ce soir de l'épiphanie. Pour ce faire, je voudrais avec vous imaginer la Crèche comme un tableau, devant lesquels ceux que nous appelons les rois mages viennent s'agenouiller pour contempler, pour admirer.

Ici, cependant, il ne s'agit plus simplement de l'oeuvre d'un peintre, mais bien de l'oeuvre de Dieu. Or, à juste titre, constate Jean-François Bouthors, dans son livre Délivrez-nous du mal, dès l'instant où l'oeuvre est livrée, délivrée, dès qu'elle court sa propre existence, elle est aussitôt et totalement pour celui qui la reçoit. L'artiste en est dépossédé. Dieu en l'occurence. Il lui est interdit d'imposer une lecture, une interprétation, puisqu'il tendrait alors à s'approprier le regard de l'autre. En s'offrant à la Crèche, Dieu se dépossède donc de lui-même pour s'offrir pleinement à l'humanité toute entière, quelle que soit notre couleur de peau, notre richesse, notre intelligence. Une seule chose importe dorénavant, comme le rappelle si bien le conte que nous avons entendu : les sentiments du coeur.

Un peu comme lorsque nous écoutons une pièce de musique, une chanson que nous apprécions. Revenons alors à nos mages. Ils ont vu l'oeuvre de Dieu. Dieu s'est dévoilé à la Crèche. Mais ce dévoilement n'est pas suffisant et ne servirait à rien s'il ne parvenait pas à toucher le coeur de ceux qui viennent admirer. Voilà alors le deuxième mouvement de cette rencontre entre l'oeuvre et les mages : leurs regards doivent aussi engager tout leur être, faute de quoi la vibration de l'oeuvre ne trouverait pas en eux l'espace nécessaire à son existence. Recevoir un tableau, une oeuvre et pourquoi pas tout simplement la Crèche exige donc que nous nous démasquions, que nous sortions de nos retranchements, que nous mettions à bas les défenses dont nous nous sommes entourés, que nous acceptions le risque d'être nous-mêmes, que nous encourions celui de nous découvrir, dans tous les sens du verbe. Devant la Crèche, ce soir encore, nous sommes invités à nous dépouiller de nos faux semblants. Laissons venir au jour, ne fut-ce que quelques instants, nos sensations, nos pulsions, nos émotions. De la sorte s'établit une relation entre l'oeuvre et nous tous par laquelle l'oeuvre s'achève.

Comme le rappelle l'histoire des rois mages, devant l'oeuvre de la Crèche personne n'est exclu, mais chacune et chacun a le droit de s'exclure. Et l'exclusion est avant tout une affaire de coeur. L'Enfant-Dieu n'a que faire de nos présents si notre coeur est encombré de sentiments négatifs, condescendants, voire méprisants. Dieu attend en sa demeure des être humains au coeur léger, qui peuvent encore s'émerveiller de sa beauté. Dostoïevski, à juste titre, peut alors s'écrier par la voix de l'Idiot : « la beauté sauvera le monde ». L'oeuvre culmine lorsqu'elle assume le destin dramatique de l'homme et de la femme aujourd'hui, même si elle a été créée et offerte il y a bientôt deux mille ans. Elle entrouvre la possibilité pour celles et ceux qui osent encore s'émerveiller la possibilité d'un retour à l'harmonie véritable par le don de soi. La Crèche est ainsi posée comme acte d'espérance. Puissions- nous ce soir, donner un peu de nous-mêmes devant cette Crèche et comme les rois mages, offrir à Dieu tout simplement ce que nous sommes.

Amen.

Fête de la Dédicace

Auteur: Berten Ignace
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A, B, C
Année: 1996-1997

« Vous êtes la maison que Dieu construit »

Frères et s½urs, « vous êtes la maison que Dieu construit », nous dit saint Paul en ce jour où la liturgie célèbre la dédicace de la basilique du Latran. Sans doute beaucoup d'entre vous se demandent : mais qu'avons-nous donc à faire avec cette basilique romaine ? Et n'y a-t-il pas quelque chose d'un peu incongru de nous faire entendre cette parole forte de saint Paul : nous sommes la maison que Dieu construit, et le texte de l'Évangile de Jean, dans lequel Jésus annonce que le Temple sera détruit et que le vrai temple c'est son corps, en nous invitant à commémorer le jour où, il y a environ 1650 ans, a été inaugurée une basilique à Rome ?

Cette apparente contradiction nous invite sans doute à penser que cette fête de la basilique du Latran est celle d'un symbole. Mais alors que nous suggère ce symbole ? Le Latran nous invite à un décentrement. Cette basilique est la cathédrale de l'évêque de Rome, celui qui est appelé à présider à la charité de toutes les Églises, selon une expression de saint Irénée au 2e s. Cette basilique n'est pas la basilique Saint-Pierre, ce puissant édifice, centre très visible de l'Église catholique romaine. C'est une basilique du 4e s., bien plus ancienne donc que celle de Saint-Pierre, à une époque antérieure aux grandes ruptures de l'Église, quand le siège de Rome était modestement signe de communion et d'unité.

Cette messe festive s'est ouverte par un choeur de l'Église orthodoxe qui nous a introduit à la prière. Il nous dit aussi que nous sommes appelés ensemble à construire l'unité de l'Europe, aujourd'hui, après tant de siècles de divisions, de violences et de guerre et en cette fin du vingtième siècle au cours duquel la barbarie collective n'a jamais été aussi loin dans sa folie. Ce ch½ur vient nous rappeler surtout, dans cette liturgie, que faire l'union des Églises, ou plutôt établir une communion véritable dans la foi entre les Églises, est une tâche pour nous aujourd'hui, une tâche urgente.

L'image du temple qui est présente dans les trois lectures évoque une triple réalité, ou plutôt trois dimensions du projet de Dieu, tel qu'il se révèle en Jésus-Christ.

D'abord, pour nous tous chrétiens, le lieu premier de la rencontre de Dieu, c'est le Christ : il est notre véritable temple. Dans l'Évangile de Jean, Jésus chasse les vendeurs et les changeurs du Temple de Jérusalem, en les accusant d'avoir transformé la maison de Dieu, son Père, en une maison de trafic. Ce Temple est appelé à être une maison de prière pour toutes les nations, selon le texte parallèle de l'Évangile de Marc. Dans le passage que nous venons de lire, Jésus ajoute que le véritable temple, c'est son corps. Le Temple, - et à sa suite toute basilique, toute cathédrale, toute église ou chapelle, - est donc appelé à être une maison ouverte où toutes les nations, c'est-à-dire tous indistinctement, puissent librement venir à la rencontre de Dieu. Maisons de prière et d'accueil, signe de communion fraternelle au c½ur ce l'humanité. Modestement, ces messes festives peuvent être un signe de cette vocation de nos églises. Mais quel chemin il y a encore à accomplir pour le christianisme dispersé et divisé. Qu'on pense simplement à Jérusalem, où aujourd'hui encore les différentes confessions chrétiennes se disputent les églises jusqu'à en venir parfois aux mains, au point où il arrive que la police israélienne doivent intervenir pour rétablir le calme ! Mais nos cathédrales, tout comme nos églises de villes ou de villages, ne peuvent être que des signes, signes matériels nécessaires de rassemblement et de foi, mais signes relatifs. Car l'essentiel est ailleurs. Quand la Samaritaine vient interroger Jésus et lui demande où il faut adorer Dieu, dans le Temple de Jérusalem ou dans le temple concurrent construit sur le mont Garizim, Jésus lui répond que ce n'est dans aucun de ces deux bâtiments, signes de la division, mais bien en esprit et en vérité. Jésus est venu faire sauter toutes les barrières de la haine. Son corps a été cloué sur la croix par la haine et l'incompréhension. Ressuscité, vivant spirituellement au milieu de nous, il nous invite tous, au-delà de toutes nos différences et des histoires douloureuses qui ont pu nous opposer, à rencontre Dieu par lui, à reconnaître ensemble que Dieu est notre Père, et que donc tous nous sommes frères et s½urs. Les divisions existent entre confessions chrétiennes, entre religions, entre ceux qui adhèrent à une religion et ceux qui n'y adhèrent pas, entre ceux qui croient en Dieu et ceux qui n'y croient pas, mais nous sommes une seule et même humanité, appelée par Dieu à vivre dans la paix.

Le temple, c'est ensuite et aussi l'image de l'Église. Le corps vivant du Christ aujourd'hui, c'est l'Église : non pas l'Église catholique romaine, mais la grande Église, dont les diverses Églises chrétiennes sont les fragments dispersés. Le temple évoqué par le prophète Ézéchiel est l'image de cette Église. Du temple coule une source qui devient torrent, puis fleuve, et descend vers la Mer Morte, cette mer qui porte ce nom parce que ses eaux sont tellement salées que rien ne peut pousser sur ses bords. Et voici que ce lieu devient verdoyant, plein de vie. Les Églises sont appelées par Dieu à être dans le monde porteuses de vie. La liturgie d'aujourd'hui nous invite à nous arrêter sur une dimension de ce service de vie. L'un des défis du présent est celui de construire la maison commune pour tous les Européens, selon une expression d'un humaniste communiste artisan de paix, Mikhaïl Gorbatchov, afin que plus jamais entre nous il ne puisse y avoir de guerre et afin que tous connaissent des conditions de vie dans la dignité. Les Églises assument une responsabilité importante dans ce projet de paix, responsabilité partagée avec les autres traditions religieuses et humanistes, mais aussi responsabilité propre et spécifique. Notre Europe est divisée. Pendant un demi-siècle, nous avons cru que la division majeure était celle du Mur de fer ; nous avions cru, après 1989 et la chute du Mur de Berlin, que tout deviendrait facile. Nous découvrons aujourd'hui qu'il y a une fracture beaucoup plus ancienne marquée par la séparation entre l'Europe latine, l'Europe catholique, protestante et laïque, et l'Europe gréco-byzantine. Ces deux traditions spirituelles et culturelles ont aujourd'hui beaucoup de difficulté à se parler et à se comprendre, et ce dialogue est d'autant plus difficile que les Églises d'Europe centrale et orientale portent en elles toutes les blessures infligées par des décennies de communisme totalitaire. Pour les Églises d'Europe centrale, de tradition catholique ou protestante, la chose est moins difficile, parce qu'elles peuvent plus facilement s'appuyer sur les Églises occidentales. Les Églises orthodoxes, elles, sont en position de faiblesse, et se sentent facilement menacées par notre puissance et parfois notre arrogance. Comment pouvons-nous, comme chrétiens, témoigner de la paix et de la recherche d'unité, si humblement nous ne sommes pas capables de chercher à nous comprendre vraiment dans la confiance, en nous enrichissant de nos différences. Il nous faut apprendre à adorer ensemble, en esprit et en vérité, comme nous le demande Jésus.

Enfin, il y a cette troisième dimension que nous rappelle saint Paul : « Vous êtes le temple de Dieu... le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c'est vous. » Vous êtes le temple de Dieu, dit-il, parce que l'Esprit de Dieu habite en vous. Par son Esprit, Dieu est à l'½uvre parmi nous et en nous. Depuis le Concile de Vatican II, nous savons que Dieu agit librement dans l'Église et au-delà des frontières des Églises : l'humanité est la maison que, peu à peu, Dieu se construit par son Esprit, cette maison dont nous sommes des pierres vivantes. Et en ce sens, nous dit saint Paul, nous sommes tous et chacun temple de Dieu, et le temple de Dieu est sacré. Et Paul est tranchant dans son expression : « Si quelqu'un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira. » Tout être humain est sacré. Comme disciples du Christ, comme membres de l'Église, nous sommes appelés à être témoins de cette dignité de toute personne humaine. Le sabbat est fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat : toutes les institutions sont faites pour l'homme, y compris l'économie. Il nous faut être porteurs de cette préoccupation permanente : comment humaniser nos institutions, l'école et l'hôpital, l'administration et l'entreprise, et le système financier ? Nécessaire préoccupation politique, mais aussi humble pratique quotidienne à notre niveau propre de responsabilité, afin de commencer à faire de notre humanité, ici et maintenant, une demeure pour Dieu.

Être le temple de Dieu, c'est aussi la vie de tous les jours, la délicatesse dans l'attention à l'autre, quel qu'il soit, proche parent ou ami, voisin, collègue de travail. Quand Jésus rencontrait un malade, un homme ou une femme écrasé par la culpabilité, un pauvre, un riche centré sur lui-même, le c½ur était touché et s'ouvrait, et Dieu se faisait tout proche comme un rayon de soleil éclairant l'existence. Le Christ nous fait don de son Esprit : chacun d'entre nous, s'il s'ouvre à cet Esprit, peut être un peu ce temple où l'autre peut venir s'arrêter, être accueilli en se sentant chez lui, maison ouverte pour la rencontre et pour la prière.

Ainsi pourrons-nous être des pierres vivantes de cette demeure à construire, en cherchant à vivre ensemble heureux dans les différences et dans le respect des cultures, et nous construirons peu à peu la maison commune européenne, tout en retissant les liens de communion entre nos Églises séparées.

Jeudi Saint

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Triduum pascal
Année liturgique : A, B, C
Année: 1996-1997

Le repas de ce soir, la mort demain et le matin de la résurrection sont les phases d'un même mystère : c'est l'heure de Jésus. Dans sa conscience, tout se résume dans cette réalité : "il passe de ce monde à son Père " un passage à la fois douloureux et heureux. La seule explication de cet aspect douloureux est l'amour. Un amour qui va jusqu'au bout : 'Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'au bout".

Dans certaines cultures, en plus de son utilité biologique et sociale, le repas remplit divers fonctions symboliques. Les deux premières lectures de ce soir rendent compte de la signification religieuse que juifs et chrétiens reconnaissent à certains de leur repas.

Ainsi, l'Exode nous décrit le repas rituel de la Pâque juive, célébré chaque année en souvenir de la sortie d'Egypte. Le texte invite les convives à prendre ce repas de fête "en toute hâte, la ceinture aux reins, les sandales aux pieds et le bâton à la main. Pourquoi cette précipitation ? Si non parce que l'on fête le "passage" du Seigneur, lequel entraîne son peuple vers le pays de la liberté.

Evoquant le repas comme mémorial de la mort du Seigneur Jésus, Paul s'indigne des dérives qui méprisent le Ressuscité dans la personnes des affamés de la famille chrétienne de Corinthe.

Jean, de son côté, afin de sauvegarder la pureté du souvenir de Jésus et par conséquent l'authenticité des rites chrétiens, substituera au récit de l'institution du repas un geste-testament : le lavement des pieds. Or, en ce temps-là, ce service était réservé aux esclaves. L'auteur précise que Jésus qui s'apprêtait à accomplir ce geste servile "savait qu'il était venu de Dieu et qu'il retournait à Dieu " ' Il place ainsi le Verbe éternel fait chair en situation d'esclaves au pieds de ses amis. L'incident de Pierre essayant de refuser ce service met en évidence cette signification. La réponse de Jésus "Si je ne te lave pas, tu n'auras point de part avec moi", montre que le refus de ce geste déconcertant équivaudrait à un rejet de l'envoyé de Dieu lui-même, dont toute la vie terrestre fut un service...

"C'est un exemple que je vous ai donné, dit Jésus, afin que vous fassiez, vous aussi, comme j'ai fait pour vous. " Voilà donc ce que devrait être l'attitude des convives du repas du Seigneur. Le sens profond de l'eucharistie est de rassembler des hommes animés de l'esprit de service. Le sacrement ne peut être réduit ni à un rite magique ni à un repas sacré. Il devrait être signe d'unité et construction d'une communauté d'amour ou chacun se met au service de tous les autres, à commencer par les plus pauvres.

Dans le Nouveau Testament, d'autres récits nous rapportent des conflits, des oppositions qui auraient pu être mortelles pour les jeunes communautés. Ce qui ramènera l'unité, c'est toujours le souvenir de Jésus, de ses paroles et de ses choix. Paul, dans l'épître aux Galates nous garde ainsi le souvenir d'une décision "oecuménique" à l'issue d'un débat violent qui pouvait ruiner l'élan missionnaire des jeunes églises. Les adversaires ont surmontés leurs divergences en reconnaissant que c'est l'homme, vulnérable, blessé, le pauvre, qui sans discussions doit réunir les chrétiens, les églises, pour le service et le partage. 'Jacques, Cephas et Jean nous donnèrent la main en signe de communion, afin que nous allions vers les païens, eux vers les circoncis. Simplement nous aurions à nous souvenir des pauvres, ce que j'ai eu bien soin de faire.

La Croix Glorieuse

Auteur: Braun Stéphane
Temps liturgique: Fêtes du Seigneur et Solemnités durant l'année
Année liturgique : A, B, C
Année: 1996-1997

C'est une curieuse histoire que celle de ce serpent de bronze auquel fait allusion Saint Jean dans son Evangile. En fait, les Israëlites, emmenés par Moïse après leur fuite d'Egypte, sont encore loin de la terre promise. Ils sont dans le désert. La route est difficile. Les rouspétances et la zizanie commencent à s'installer parmi eux. Leur confiance en Moïse, et donc en Dieu, s'affaiblit. Le livre des Nombres nous raconte alors que Dieu, après avoir envoyé des serpents pour mordre les Israëlites et les punir de leur manque de confiance, a demandé à Moïse de fabriquer un serpent en bronze et de le placer au dessus d'un mat pour que tout le monde le voie et se rappelle que c'est Dieu leur vrai guide.

Le serpent de bronze est donc un signe envoyé par Dieu à son peuple pour lui rappeler qu'il doit lui faire confiance et que cette confiance peut guérir des morsures. Dans l'Evangile, Saint Jean fait le rapprochement en disant qu'il faut aussi que le Christ soit élevé ( comme le serpent sur le mat ) pour que l'on croie en Lui. Saint Jean nous dit par là qu'il faut que le Christ, après avoir vécu parmi nous, soit élevé sur la croix et, par la même, vers son père.

Mais pour nous, quel est vraiment le signe de cette croix ? Quand, sur le quai d'une gare, ou à l'aéroport, je fais des grands gestes d'adieu à un ami ou à un être cher, il se passe entre nous deux des tas de choses qu'on ne peut exprimer : c'est peut-être la tristesse d'une séparation, c'est peut-être l'inquiétude d'un départ vers l'imprévu, c'est peut-être la confiance ou l'espoir d'un départ vers un nouveau projet ou que sais-je encore ?

Tant que mes gestes sont vus du passager, il y a connivence, communication entre nous, même sans nous parler. Le geste d'adieu que je fais vers mon ami est un signe que je lui envoie, car entre nous il se passe quelque chose. Après le premier tournant, nous ne nous voyons plus. Mes gestes perdent leur sens.

Ils ne sont plus reçus et, donc, ne sont plus un signe. Saint Jean nous dit que Jésus sur sa croix est pour nous le signe envoyé par Dieu à condition que nous le recevions et que donc, une connivence s'établisse entre Jésus et nous. Sinon, sa mort n'a pas de sens.

Je peux comprendre et accepter ce que dit Saint Jean, comme je peux comprendre, si on me l'explique, que la terre tourne autour du soleil. Mon acceptation est intellectuelle mais ne change pas nécessairement ma vie. Mais alors, cet homme Jésus sur une croix, qu'est-ce que cela m'a fait vraiment ? Quel est ce signe que je reçois ? Qu'est ce qui se passe entre lui, Jésus, et moi ? Comme avec mon ami sur le quai ? Et c'est là que cela commence à devenir extraordinaire ! Car je crois que l'homme a en lui quelque chose d'extraordinaire ! Il est capable d'aimer, de parvenir à faire en lui au fond de lui-même, de la place pour quelqu'un d'autre. Une vraie place qui parfois nous encombre, nous fait mal, nous ronge de l'intérieur jusqu'à nous rendre physiquement malade. Mais aussi qui peut nous stimuler, nous enthousiasmer, nous faire reculer nos limites.

Je crois profondément que cette capacité d'aimer que nous avons tous en nous c'est quelque chose de Dieu en nous. Quelque chose que nous avons le pouvoir de faire vivre. Quelque chose qui parfois nous envahit, nous rapproche de Dieu en ressemblant à cet homme Jésus. Ce Jésus, homme comme vous et moi, dans lequel, à l'intérieur duquel, aimer ou Dieu ( c'est la même chose ) a pris tellement de place, qu'on dit qu'il est fils de Dieu !

Cet homme, appelé Jésus, nous propose un choix de vie pour être, avec lui, nous aussi, des fils de Dieu. Et je crois que communier à son corps et à son sang c'est partager avec lui ce corps capable de recevoir Dieu et lui laisser de plus en plus de place. J'ai envie de dire que cet homme Jésus a tellement aimé, a été tellement envahi par Dieu, qu'à un moment donné, son corps n'avait plus d'importance. Il avait laissé Dieu, en lui, prendre toute la place. Sur la croix, il ne reste que Dieu. En langage humain on dit que sur la croix le Christ a rejoint la gloire de son Père. Je crois que c'est cela le message de connivence avec Jésus dont nous parle Saint Jean, que c'est cela le signe de la croix.

Noël

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Noël
Année liturgique : A, B, C
Année: 1996-1997

Il avait pris sa plus belle plume d'ange et dans un ciel étoilé, il inscrivit avec des lettres de lumière : Voici que je viens annoncer une bonne nouvelle : aujourd'hui vous est né un Sauveur. Laissons résonner en nous cette musique comme si nous l'entendions pour la première fois. Une bonne nouvelle raconte les astres lumineux. Mais une nouvelle, c'est quelque chose qui vient changer la vie. Une bonne nouvelle, c'est du bonheur prêt à germer. Aujourd'hui, ce qui rend le coeur léger c'est l'annonce d'une naissance : Jésus, Dieu s'est fait homme né d'une femme. Dieu habite dorénavant parmi nous. Il réside en nous. Depuis des millénaires, des générations d'hommes et de femmes ont cherché Dieu à tâtons. Ils ont rêvé, espéré, imaginé un certain type de Dieu. Celui qui évidemment risquait de ne pas trop les remettre en cause, Celui qui leur dirait ô combien ils avaient bien agi jusqu'ici. On attendait un Dieu tout-puissant, un Dieu inconnu, un Dieu de splendeur et de majesté, un Dieu bien éloigné. Un Dieu qui laissait peu de place pour l'imprévu.

Et Marie met au monde un bébé, un petit bout d'homme, fragile comme tous les nouveaux-nés. Cela n'a rien d'extraordinaire : sur notre terre, il y a à chaque seconde une femme qui accouche. Et une naissance change tout. C'est la nouvelle la plus extraordinaire qui soit, c'est la plus belle histoire qui commence puisque c'est celle de la Vie, de notre vie. Cela ressemble même un peu à un conte de Noël ! Mais... nous est-il permis de nous laisser bercer par un conte lorsqu'on songe à l'étrange situation dans laquelle nous nous trouvons ?
-  aux « affaires » qui secouent notre pays depuis des mois ;
-  aux familles déchirées dans leur amour par un départ, une perte ;
-  aux foules abandonnées sur les routes de l'exil dans la région des Grands lacs ;
-  aux réfugiés à nos portes ici à Rixensart ;
-  à toutes celles et tous ceux que la violence, le chômage, le surendettement plongent dans le désespoir.

Il n'y a donc plus d'avenir pour notre humanité. Noël devient soudainement bien sombre. Pourtant, pourtant tout comme il y a deux mille ans, Jésus vient habiter nos vies et notre monde d'aujourd'hui dans toute leur épaisseur humaine. Alors, dites, dites et si c'était vrai... comme le chantait Jacques Brel. Dites, si c'était vrai que nos fragilités, nos vulnérabilités, nos ténèbres étaient encore et toujours le lieu même où brille l'Etoile de Noël, si c'était vrai que nous devenions la terre où germera celui que nous appelons Sauveur. Comme si, en ce jour, l'Enfant Dieu sommeille en nous et nous entraîne vers l'incroyable, l'inouï.

Noël, un mystère bien compliqué pourrions-nous penser, pourtant il a été révélé à de simples bergers. Et eux, ils ont tout de suite compris le sens de cette Etoile qui a brillé plus fortement que les autres. Quelle drôle d'idée pour Dieu de se faire bébé. Etonnant, surprenant, mais ô combien merveilleux : Dieu aujourd'hui, dans toute sa fragilité de nouveau né, se laisse prendre dans nos bras. Il nous invîte à nous émerveiller. Dieu si petit, si tendre. Dieu qu'on a peur de laisser tomber. Dieu qui nous fait fondre et qui nous laisse vivre nos sensibilités les plus profondes. Dieu qui nous fait vibrer aux cordes de nos paternités et maternités. En cette fête de Noël, Dieu s'offre à nous tout en sentiment. Dieu s'est fait homme et l'homme devient ainsi Dieu. Un Dieu de bonheur fascinant qui nous rappelle que la vie ne s'écrit pas, ne se raconte pas d'abord mais se vit. La vie, ma vie, c'est à moi de la créer. Et Dieu en se faisant homme nous offre une telle possibilité. Je suis l'auteur et le conteur de la plus belle histoire du monde, celle que je ne me lasserai jamais de composer puisqu'elle dit tout simplement un peu de moi et un peu de Dieu. Je n'ai plus besoin de rêver, de jouer à ces super héros adulés. Je peux créer mon histoire avec mon héritage fait de forces et de fragilités. Et pourquoi m'en ferais-je puisque je suis appelé à être Dieu, même dans mon humanité.

Au risque de nous répéter mais Noël est bien ce conte merveilleux. Avec une petite différence : notre histoire, elle s'est vraiment produite, il y a bientôt deux mille ans. Pour nous rejoindre, Dieu a choisi la nuit, la fragilité, l'insécurité. En ce moment de Noël, la toute-puissance de Dieu prend le visage, le corps d'un Enfant tout petit, désarmé, vulnérable... Ces chemins ne seraient-ils pas l'Etoile qui illumine notre aujourd'hui nous qui sommes poussières d'étoiles...

Amen.

Bruxelles, une minute...