2e dimanche de l'Avent, année B

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Avent
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Mc 1, 1-8

On disait autrefois que l'Avent était une saison de pénitence ; on dit maintenant que l'Avent est une saison d'attente. C'est presque la même chose. "Toute la Judée, tout Jérusalem, venait à lui", à Jean Baptiste, au désert. Pourquoi ? Les gens de Judée pourquoi ont-ils quitté leurs villages ? Les gens de Jérusalem pourquoi ont-il quitté leur ville, pleine de vie, centre de civilisation, pour aller à ce lieu désert, plein de rien, où il n'y avait que du sable, des rochers, de la poussière, des sauterelles et cet homme étrange, Jean le Baptiste ? Pourquoi ne sont-ils pas restés chez eux, là où ils pouvaient gagner leur vie, se nourrir, se détendre et dormir convenablement ? Pourquoi n'ont-ils pas continué de vivre leur vie quotidienne ? Marc nous dit que c'est parce que Jean proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés. Très bien, mais pourquoi l'a-t-on écouté, quitte à aller au désert ? Pourquoi se sont-ils convertis, et pourquoi ont-ils confessé leurs péchés ? Pourquoi ont-ils fait attention à ce prédicateur et à son message ?

Il n'est finalement pas vrai qu'on écoute toujours les prédicateurs, qu'on confesse ses péchés et qu'on se convertisse. Il y avait dans cet homme et sa prédication, à ce moment-là, quelque chose qui les a réveillés. Ils étaient mûrs, à ce moment-là, pour écouter Jean et son message de conversion. S'ils étaient pécheurs, s'ils vivaient « dans le péché », ils pouvaient à tout moment se convertir, abandonner leur vie de péché, mais ils ne l'ont pas fait. Ils étaient donc dans un certain sens contents de vivre ainsi. Mais d'autre part, ils ont répondu à l'appel de Jean. Même s'ils semblaient contents de vivre ainsi, il y avait une partie d'eux qui n'etait pas contente, qui espérait la possibilité de vivre autrement, de trouver un autre sens dans la vie. Ils n'étaient pas tout à fait immergés dans leur vie de tous les jours. S'ils vivaient dans le péché, ils vivaient aussi dans l'espérance, même s'ils ne le savaient pas. Et l'espérance crée l'attente ; on attend ce qu'on espère. Ceux qui n'espèrent pas n'attendent pas ; si on abandonne l'attente, on abandonne aussi l'espérance. (Exemple banal : Si vous cessez d'attendre le train, c'est parce qu'il ne vaut plus la peine d'attendre, parce que vous n'espérez plus qu'il arrivera, ou parce que vous n'espérez plus arriver à temps à votre destination. Vous désespérez.)

Même si on continue de vivre sa vie quotidienne, on guette ce qu'on attend. Et Jean et sa prédication correspondent aux attentes inconscientes de ces gens et les ont mises au grand jour. L'apparition de Jean leur signifie qu'ils ne se sont pas trompés en espérant, qu'il valait la peine d'attendre. Le mot grec que nous traduisons par le mot de « conversion » ou « pénitence » signifie en réalité penser autrement, comprendre les choses autrement, donc trouver un autre, un meilleur sens dans la vie.

Leur « conversion », leur « pénitence », leur « confession de péchés » n'est donc pas quelque chose de sombre, mais elle fait partie d'une célébration. C'est leur réaction à une découverte, à une nouvelle possibilité de vie, à un nouveau sens de la vie, qu'ils discernent en Jean. Ils voient une possibilité attrayante de changement de vie, et ils le saisissent. Ce n'est pas parce qu'ils se culpabilisent qu'ils confessent leurs péchés ; ils rejettent leur ancien style de vie, leur ancienne façon de comprendre la vie, parce que Jean leur a montré une meilleure possibilité, un sens plus satisfaisant, qui rend plus heureux. Cette conversion ou pénitence, ce rejet d'un mode de vie moins satisfaisant, est une préparation pour vivre une vie plus satisfaisante.

Ils croient voir en Jean l'accomplissement de leur espérance, le but de leur attente. En fait, ils se trompent, mais pas parce que leur espérance est fausse et leur attente vaine. Ils se trompent parce que Jean n'est pas celui qu'il faut attendre. Jean est, lui aussi, dans l'attente, il espère. Celui qui correspondra vraiment à leurs espérances, celui qu'ils attendent en réalité, même s'ils ne le savent pas, c'est Jésus. Le véritable sens de la vie, c'est Jésus. Et Jean le sait. L'Avent est une saison d'attente, et nous l'observons pour marquer que notre vie, comme celle des habitants de la Judée et de Jérusalem, est une vie d'attente, même si nous n'en sommes pas toujours conscients. Nous attendons, comme eux, parce que nous ne sommes pas tout à fait immergés dans la vie de tous les jours. Nous attendons parce que nous espérons ; mais, contrairement aux juifs qui ont répondu à l'appel de Jean, nous savons avec Jean ce que nous attendons et ce que nous espérons. Attendons donc avec confiance.

2e dimanche de Pâques, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

J'ai beau lire et relire ce texte d'évangile dans tous les sens, il manque toujours un clou dans cette histoire, celui des pieds et je ne comprends pas pourquoi. Certains prétendent que c'est parce qu'on les liaient plutôt que les clouaient. Je n'en sais rien et ne je vous ferai pas l'affront de la théologie du clou manquant. Je voudrais m'arrêter quelques instants sur cet étrange de personnage de Thomas.

J'irais même plus loin, je suis heureux qu'il ait existé cet homme et que l'évangile nous en parle, il remet un peu d'humanité, de doute face à cet événement de la résurrection. La résurrection s'est bien produite, nous l'avons célébrée la semaine passée. Grâce à Thomas, nous pouvons nous poser quelques questions sur la réalité de ces faits extraordinaires.

Thomas ne croit rien de cette histoire abracadabrante, ils ont vu le Christ prétendent-ils. Possible mais il veut le voir pour le croire Absence certaine de foi en un événement, cela n'empêche qu'il sera quand le premier à crier au Christ : « mon Seigneur et mon Dieu ». Le cri de Thomas devient l'espérance de la foi. Son doute nous donne la conviction de la foi. Un Thomas surprenant, un Thomas convainquant. L'on raconte sur lui une jolie histoire.

Après la mort de Jésus, les disciples divisèrent le monde entre eux de telle sorte que chacun puisse aller prêcher l'évangile. Thomas reçut l'Inde. D'abord il refusa, arguant du fait qu'il n'était pas assez solide pour faire un tel voyage. Il disait : « Je suis un hébreu, comme puis-je aller au milieu des Indiens pour prêcher la vérité ? » Une nuit Jésus lui apparut et dit : « ne crains pas Thomas, va en Inde et prêche l'évangile, je serai avec toi ». Mais Thomas, têtu comme une mule refusa : « envoie-moi où tu veux mais pas en Inde, je n'irai pas ».

Par un heureux hasard, un marchand se nommant Abbanes vint d'Inde à Jérusalem. Il fut envoyé par le roi Gundaphorus pour trouver un charpentier compétent et de le ramener en Inde or Thomas était charpentier. Jésus vint alors au marché où se trouvait Abbanes et lui demanda : « veux-tu acheter un charpentier ? ». Celui-ci répondit : « oui ». Jésus dit alors : « J'ai un esclave qui est charpentier et je désire le vendre , il est là-bas » et Jésus pointa Thomas. Ils se mirent d'accord sur un prix et conclurent un contrat. Quant l'affaire fut conclue, Jésus conduisit Abbanes à Thomas. Le marchand lui demanda : « est-il ton maître ? » et Thomas répondit : « bien sûr ! ». Alors Abbanes lui dit : « je t'ai acheté ». Thomas ne dit rien mais le lendemain matin, il pria le Seigneur en disant : « j'irai où tu m'enverras Seigneur Dieu, que ta volonté soit faite ». Thomas l'incrédule, le lent à comprendre, le têtu qui met du temps à faire la volonté de l'autre. Par contre, quand il abdique, alors son attitude devient totale tout comme son cri mon Seigneur et mon Dieu.

L'histoire nous dit alors, que le roi Gundaphorus commanda un palais à Thomas. Le roi lui donna beaucoup d'argent pour acheter le matériel, louer le personnel, mais Thomas donna tout aux pauvres. Et il racontait que le palais avançait rapidement. Le roi se posa quelques questions et demanda à Thomas s'il avait bâti le palais. Thomas répondit que oui et le roi proposa d'aller le voir ensemble. Mais l'apôtre lui dit alors avec beaucoup de tendresse et de conviction : tu ne le verras pas maintenant, tu dois d'abord quitter cette vie pour le voir. Le roi fut d'abord très fâché puis touché par l'histoire de Jésus et il se convertit.

Pour Thomas, la foi n'était pas quelque chose de facile, l'obéissance n'allait pas de soi. Il était l'homme qui avait besoin d'être sûr, d'évaluer les coûts. Mais une foi qu'il était sûr, qu'il avait bien évalué les coups, alors l'apôtre devenait l'homme capable d'aller jusqu'aux limites de la foi et de l'obéissance. Tout ceci pour vous dire, que l'évangile de ce soir nous invite à oser douter, à nous poser les vraies questions par rapport à Dieu, car le Christ sait que c'est dans nos doutes que nous trouverons la force de le suivre, de nous donner tout entier à son projet. Grâce à Thomas, par delà nos doutes et nos questions, nous osons nous laissez envahir par la première larme du bonheur que ce soir encore nous appelons : Seigneur.

Amen.

2e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

"Tu m'as appelé, me voici !"

Le petit Samuel entre dans une dynamique : à l'appel de Dieu, il se met debout ! Mais, seul, il ne peut découvrir son interlocuteur. Un autre doit entrer dans cette relation et doit lui prendre la main pour nommer l'auteur de l'appel. Ainsi, Eli n'intervient pas entre Dieu et l'enfant. Il n'interprète pas les paroles du Seigneur, mais il met l'enfant dans les conditions idéales pour connaître celui qui l'appelle.

L'initiative de la relation vient de Dieu. Cet appel divin met l'homme debout, même si celui-ci ne sait pas encore déterminer qui est à l'origine du message. "Samuel ne connaissait pas encore le Seigneur, et sa Parole ne lui avait @ encore été révélée. " Mais la réponse de Samuel est logique : il se présente à celui qu'il connaît et en qui il a confiance. A l'appel supposé d'Eli, il se lève et se déplace. C'est vraiment la démarche d'un enfant, d'un pèlerin, d'un croyant..... quelque chose ou quelqu'un l'interpelle et il fait ce qui lui semble juste. A travers Eli, nous découvrons une caractéristique du prophète : comme le parent, comme l'éducateur, il s'efface pour montrer l'Autre. Dans l'évangile, Jean, le Baptiste, s'efface également. Devant deux de ses disciples, il désigna Jésus comme l'Agneau de Dieu, pour permettre à ceux-ci de le suivre.

La première parole de Jésus, rapportée dans l'évangile de Jean, n'est pas un enseignement, mais une question : "Que cherchez-vous ? " Jésus commence par interroger les deux amis qui le suivent. Il s'intéresse à leur démarche. Il se met à leur écoute. Quelle est votre recherche ? Sans doute un peu embarrassés par cette question inattendue, comme pour se donner contenance, ils répondent :'Maître, où demeures-tu ? "

La réponse de Jésus aux deux disciples est une invitation à découvrir en Lui, ce qu'ils cherchent, et sans doute ce que tous les hommes cherchent "Venez.- et vous verrez" . Ils allèrent chez lui, y passèrent la journée. Mais ils ne savaient pas dans quelle aventure ils s'étaient engagés. Car la foi et la confiance ne sont jamais évidence et clarté. C'est un chemin qu'on prend en marchant à sa suite. Et tantôt, on avance, et tantôt on recule. On marche avec ses doutes et ses hésitations, avec amour aussi. On ne trouve peut-être pas tout de suite ce que l'on cherche. Mais l'important est de chercher. Toute leur vie durant et pas seulement ce jour-là, ils pourront découvrir dans l'humanité de cet homme, dans sa bonté, dans sa tendresse, dans son accueil, le secret du bonheur qu'il apportait, le visage de ce Dieu d'amour que confusément sans doute ils cherchaient.

"Que cherchez-vous ? "Cette question nous est aussi adressée. Savons-nous seulement ce que nous cherchons ? Pour répondre sans biaiser, nous dirions que nous sommes à la recherche de notre bonheur et celui des nôtres, que nous désirons la réussite de notre vie, que nous souhaitons la plénitude d'amour dans notre couple et l'épanouissement de nos enfants, que nous espérons des amitiés vraies et solides qui ne se dérobent pas aux heures difficiles. Dire notre recherche, c'est également en avouer les limites et prendre conscience que nous cherchons plus que ces objectifs, au fond très limités. Car, l'homme est cet être de désir qui ne cesse de se projeter au delà du présent. Il est le sujet d'un quête continuelle. Il est bien plus qu'un être de besoins à satisfaire. Au fond du coeur de chacun, il y a ce désir profond d'un bonheur qui nous dépasse, cette aspiration à la plénitude à rencontrer ce quelque chose ou mieux ce Quelqu'un qui pourrait nous combler parfaitement et nous satisfaire pleinement. N'est-ce pas le désir du bien, de l'éternel, du définitif, du parfait. Au fond, peut-être le désir de Dieu.

"Venez et vous verrez" nous dit encore le Maître. Oui, regarder, dans le coeur de Jésus, l'amour que cherchent les hommes, voir dans sa manière d'accueillir tout être humain, riche ou pauvre, malade ou étranger, pécheur, la tolérance que nous souhaiterions sans y parvenir, découvrir dans ces gestes de guérisons le respect des droits humains fondamentaux auxquels tout être aspire, comprendre dans les larmes du Christ pleurant -son ami Lazare le sens de nos déchirements devant la mort, voir dans la liberté de Jésus la vraie liberté à laquelle tous sont appelés. Regarder dans l'évangile, Jésus vivre, mourir et ressusciter nous invite à découvrir à travers lui qui est Dieu, son Père et notre Père. Mais il faut aller plus loin.

Aujourd'hui, Jésus nous appelle-t-il encore à le suivre ?. Comme Eli avait amené Samuel à rencontrer le Seigneur, comme Jean-Baptiste a conduit les deux disciples vers Jésus, de même nous n'ignorons pas quels intermédiaires inattendus nous conduiront à Jésus et par Lui à Dieu. Si, au delà de l'Ecriture, nous reconnaissons dans la vie courante la présence du Christ dans celui qui crie, celui qui appelle, celui qui a faim, ou soif, qui est malade ou prisonnier, alors notre vie ne peut plus être statique. Il nous faut répondre "Me voici".

33e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Le passage de l'évangile de Marc que nous venons de lire, se situe au terme du ministère public de Jésus, avant les récits de la passion et de la résurrection. Dans un langage apocalyptique, en usage en son temps, Jésus donne à ses apôtres les signes avant coureurs de l'événement pascal, moment décisif où le monde change. En effet, le monde de la première alliance, celui de la loi mosaïque va disparaître pour faire place à l'avènement du salut définitif, manifesté en Christ, mort et ressuscité. Par sa mort et sa résurrection, Jésus fait entrer tous les humains dans une nouvelle Alliance avec Dieu, dans un nouveau mode de relations de l'humanité avec son Père. C'est la fin des temps, qui commence au Calvaire et ne s'achèvera qu'à la fin du monde. La glorification du Fils de l'homme va bientôt débuter par sa mort sur la croix. Cette glorification ne sera pleinement achevée qu'au moment, ignoré de tous mais connu de Dieu seul, moment où le Christ remettra son oeuvre accomplie dans les mains du Père. C'est dans cette perspective qu'il nous faut lire dans les évangiles, les discours eschatologiques, qui parlent de la fin des temps.

Dans les années 70 de notre ère, au moment où Marc écrit son évangile, la ville de Jérusalem et le Temple viennent d'être détruits par le romain Titus. Le discours de Jésus rapporté par l'évangéliste, répond d'abord à la question posée par les disciples : "Quand cela arrivera-t-il ?" alors que le Maître vient de se lamenter sur le sort de Jérusalem. Marc semble associer les deux : l'ultime bouleversement cosmique précédant la manifestation du Fils de l'homme à la fin du monde et la ruine de cité sainte. Comment alors interpréter aujourd'hui l'évangile de ce jour ?

Jésus avait dit : "Après une terrible détresse, le soleil et la lune perdront de leur éclat et les étoiles tomberont" Et je me suis demandé s'il ne rejoignait pas ces devins et ces extralucides qui pullulent aujourd'hui et qui prétendent avoir des relations spéciales avec l'au-delà- ces prophètes de malheur qui s'amusent à faire peur. Je me suis demandé s'il ne rejoignait pas ces membres des sectes qui viennent à nos portes pour nous annoncer la fin du monde et tenter de nous convertir. Et quoi de plus tentant que de confier son sort à toutes sortes de gourous, quand on tremble tellement en pensant à l'avenir incertain, à la montée de la violence, aux menaces toujours croissantes sur l'environnement.

Peut-être conviendrait-il aussi de tempérer un peu notre fascination pour l'an 2000 ! Certes à toute époque, l'homme s'est fixé des repères dans le temps. Nous aimons les dates-clés. Sur la tour Eiffel à Paris l'on peut voir le décompte des jours jusqu'à l'an 2000. Bien sûr, il y a le jubilé. Mais les scientifiques nous disent que Jésus n'est pas né en l'an 0, mais probablement en l'an-4. Alors faut-il tomber dans cette manie qui focalisent l'attention sur des dates, des échéances et des ultimatums ? Comme dit le psaume : "Pour Dieu, nulle ans sont comme un jour et un jour vaut nulle ans".

Il avait ajouté : "Alors on verra les Fils de l'homme venir sur les nuées avec grande puissance". Et je me suis demandé s'il allait, lui aussi, chercher à nous faire peur en brandissant le jugement dernier comme une sorte de menace. Suivant le principe que la crainte du Seigneur est le commencement de la Sagesse. Dans un monde difficile, il suffirait d'attendre, sans faire trop de bêtises et d'être toujours prêts, afin de garder l'espoir d'être de ceux qui seront admis dans le ciel.

Heureusement, il avait ajouté : "Que la comparaison du figuier vous instruise. Quand les branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, c'est que l'été est proche". Voilà bien un message positif Et j'ai observé alors les signes d'aujourd'hui, ceux qui me font découvrir qu'il est là, présent, tout proche de moi, ceux qui me permettent de voir son règne grandir et progresser ! Et j'ai expérimenté dans la réflexion de foi, dans la prière et le recueillement qu'Il était toujours là à mes côtés, pour partager mes joies, mais aussi pour m'aider dans les peines et les difficultés et m'entraîner sur des chemins de dépassements. Et j'ai vu autour de moi ceux qui luttent pour que les petits deviennent grands et les grands tout petits, ceux qui cherchent à donner les places d'honneur aux pauvres et aux exclus. Et je me suis dis que le Fils de l'homme était proche, à notre porte. Aurions-nous peur d'un monde nouveau qui naît ?

34e dimanche ordinaire, année B (Christ Roi)

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Au Royaume de Dieu, il n'y a pas de place pour les valeurs boursières. Au Royaume des Cieux, la valeur qui prédomine, d'après notre évangile de ce jour, est celle de la vérité. Etre vrai, voilà le programme de vie que le Christ nous propose. D'abord être vrai avec soi, puis avec l'autre et enfin avec Dieu.

Tout part d'un mouvement au coeur de nous-mêmes, là où nous sommes sans fard ni déguisement, pour nous comprendre en nos balbutiements, parfaire nos ébauches et pouvoir enfin se trouver. Etre vrai est sans doute une des choses les plus difficiles à réaliser, d'abord parce que nos « vérités » sont liées, enfermées, voire même emprisonnées dans nos histoires personnelles. Elles se sont façonnées tout au coeur de nos vies par les diverses rencontres faites, les influences subies... Nos vérités personnelles ne font pas que vivre en nous, elles se sont confondues avec ce que nous sommes devenus. Et c'est sans doute la raison pour laquelle, il est si difficile d'oser être vrai. Cela demande tout un travail intérieur d'accepter de prendre un peu de recul par rapport à soi, de se dissocier de ce qui nous a façonné et qui nous équilibre aujourd'hui. C'est sans doute oser reconnaître que la personne dont on a le plus peur au monde, c'est soi-même. En effet, il n'est pas aisé d'aller à la rencontre de ses propres noeuds, de ses contradictions. Pire encore, nous pouvons être pris d'un étourdissement, d'un vertige lorsque nous décidons d'aller nous promener du côté de nos nocturnités intérieures, au royaume de notre ombre où nous restons insaisissables par rapport à nous-mêmes. Ce serait, me semble-t-il, un leurre de croire que, seul, un tel chemin d'intériorité est possible : l'être humain a une trop grande capacité à se mentir à lui-même. Cette recherche se vit accompagné, toujours en vérité et si possible dans l'amour et l'amitié. Toutefois, pourquoi cette nécessité d'être vrai, pouvons-nous nous demander ? Est-il nécessaire de se fatiguer ? Je crois que oui parce que nous ne sommes pas sur terre pour vivoter mais pour vivre. Et Jésus nous le rappelle avec force dans un autre passage de l'évangile de Jean, la vérité fera de vous des êtres libres. Libre par rapport à soi, libre par rapport à l'autre, libre par rapport à Dieu.

Fort de ce désir d'être vrai vis-à-vis de soi-même, un désir à toujours réinventer d'ailleurs, nous pouvons alors partir à la recherche de vérité par rapport à l'autre. C'est vrai, tout n'est pas toujours bon à dire, cependant il y a la façon de le dire et là, tout peut tout changer. Refuser de le faire, c'est hélas souvent utiliser une excuse un peu paternaliste pour se protéger soi-même. Il n'est pas évident de parler de choses difficiles. Mais paradoxe étonnant, il en va de même pour les choses belles, agréables. Combien d'entre nous n'ont pas vécu l'expérience d'un vouloir dire quelque chose de beau qui brûlait en nous, nous l'avions au bout de la langue, prêt à sortir mais aucun son ne venait. Pudeur ? peur de soi ? crainte d'être mal reçu ? trop tôt au risque d'être trop tard... Or nous dit le Christ : je suis venu pour rendre témoignage à la vérité. Et cela vaut pour la vérité de ce que l'on ressent, la vérité de ses émotions. Si nous sommes vrai et que cela vient vraiment du fond du coeur, nous ne pouvons pas mal faire. Un simple mot, un petit geste montre que nous nous intéressons à l'autre, qu'il est important pour moi, que je tiens à toi. Un mot, une caresse, des signes d'amour et d'amitié sont à vivre et à offrir. Arrêtons d'attendre, il n'y aura jamais, jamais, jamais de moment idéal. La tendresse trouve sa place à n'importe quel moment, dans tous lieux, à nous de la recevoir ou de la donner sans s'inquiéter du regard des autres.

Vient alors ce désir de vérité vis-à-vis de Dieu. Etre vrai avec Lui, c'est prendre le temps de redécouvrir un Père de miséricorde, un Père de tendresse. Dieu nous ne pouvons que le rencontrer dans la vérité puisqu'il se laisse découvrir dans son propre vestiaire, lorsque nous l'avons déshabillé de tous les mots dont nous aimons l'affubler, pour reprendre l'expression de Maître Eckhart. Et nous, osons-nous faire de même à son égard ? N'est-ce pas cela écouter sa voix et appartenir à la vérité ?

Ce matin (ce soir), à nouveau, Dieu se donne à nous en vérité et vient nous rejoindre au plus profond de nous-mêmes, au coeur de notre royaume intérieur, où coule une source d'eau claire et pure : notre moi le plus profond, se donnant à toi, pour que se révèle celui qui se définit tout simplement par l'Amour.

Amen

3e dimanche de Carême, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps du Carême
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

L'histoire se passe au paradis. Le curé d'un petit village de campagne meurt en même temps que le garagiste du même village. En plus de son garage, l'homme tenait une petite société de transports. Il avait un grand car pour les excursions des gens des environs. Et voici que notre curé et notre garagiste arrivent au ciel en même temps et se retrouvent devant cette grande porte en fer forgé. Bien grand leur fasse, ils sont accueillis par saint Pierre en personne. Il va sans dire que leur émotion est grande. Et voilà que saint Pierre invîte le garagiste à entrer le premier au Paradis. Cela ne fait nullement plaisir au curé. Ce dernier interpelle saint Pierre en lui rappelant qu'il devrait avoir plus de respect à son égard : il était quand même le curé du village tandis que l'autre n'était qu'un petit commerçant. C'est vrai rétorqua saint Pierre mais toi, sur terre, ton église se vidait tandis que le garagiste, lorsqu'il conduisait son car, à chaque tournant tous ses voyageurs priaient.

Histoire étonnante. Et si elle était vraie. O me rétorqueront certains mais il n'y a aucune logique là-dedans. Cela va tout à fait au delà de ce que nous pouvons imaginer. Il y a comme de la folie dans l'air au Paradis. Nous sommes dépassés. Nous imaginons comment ce sera et voilà que cela semble être tout le contraire. C'est fou. Mais qu'est-ce que cette folie de Dieu dont nous parle saint Paul ? Je n'en sais trop rien et au risque d'en décevoir certains, comment voulez que je le sache, je ne suis pas Dieu. Je crois cependant que Dieu n'est pas fou mais qu'il y a de la folie dans le projet de Dieu. Les dix commandements de la première lecture en sont un exemple saisissant. Si nous les envisagions comme un tiercé, où nous nous engagons à en respecter seulement trois, les commandements deviennent possibles à vivre. Mais tous les dix en même temps, 24 heures sur 24, bonne chance. Et voilà que cette folie de Dieu se poursuit dans l'histoire de notre évangile.

Ce n'est pas de cette façon que nous nous imaginons le Christ. Jésus est tout sauf violent. Nous ne sommes pas habitués à cette image d'un Jésus qui n'arrive plus à se contrôler et qui se met dans une telle colère. Jésus, Fils de Dieu et Dieu lui-même, ayant un comportement à ce point humain. Si ça, ce n'est pas aussi un peu de la folie de Dieu. L'acte du Christ au Temple, étonne, surprend. Et comme homme, je pourrais même dire que je ne l'approuve pas. Si l'un d'entre vous faisait la même chose dans cette Eglise, je n'apprécierais vraiment pas. Un coup de colère est peut-être humain mais pour vivre en société il faut pouvoir se contenir. Je condamnerai sans doute le geste mais non la personne. Voici que se dessine peut-être une autre folie de Dieu, radicalité de l'évangile. L'acte est sans doute répréhensible, mérite une sanction. Mais la personne n'est jamais condamnée aux yeux de Dieu. Dans le projet du Père, tout acte qui porte atteinte à sa propre intégrité ainsi qu'à celle de l'autre est à condamner. Tout acte qui nous empêche de nous réaliser dans notre humanité est désapprouvé dans le plan du créateur. Alors si cela vaut pour l'homme, autant pour Dieu surtout lorsque Dieu est homme.

Pourtant la colère du Christ a sa raison d'être. Elle est une invitation pour nous-mêmes en ce temps de carême. Il est venu le temps du nettoyage intérieur, de vider nos greniers au fond de nos coeurs, de nous débarasser de ce qui n'est pas essentiel, voire existentiel pour redécouvrir tout simplement un peu de temps pour Dieu, un peu de temps pour l'autre. Le Temple de l'Evangile, la Maison de Dieu, c'est d'abord et avant tout notre coeur. C'est dans ce lieu où vivent nos sentiments que Dieu aime venir résider. Chasser les vendeurs du Temple, c'est oser chasser en nous tout ce qui nous empêche de pleinement exister pour rencontrer Dieu. Cette logique, folie de Dieu à nouveau nous pousse encore plus loin : si Dieu se repose en chacun de nous, si la Maison de Dieu est vraiment dans le coeur de mon voisin, comment faisons-nous Eglise ensemble, quelle place faisons-nous ne fut-ce que dans notre assemblée à l'étranger, comment accueillons-nous les nouveaux venus ? L'histoire du Temple c'est enfin dans notre Eglise, l'invîtation à partir à la rencontre de celles et ceux qui viennent d'arriver et de les accueillir pour que parmi nous puissse vivre la véritable fraternité. Si notre communauté devient un club fermé, alors il n'y aura plus de place pour la folie de Dieu.

Amen.

3e dimanche de Carême, année B

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps du Carême
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Jésus trouva installés dans le Temple les marchands de boeufs, de brebis et de colombes, et les changeurs. Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple ainsi que leurs brebis et leurs boeufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs [et] renversa leurs comptoirs. C'est une des scènes les plus difficiles de l'évangile . Il y a des scènes choquantes dans l'évangile, notamment les scènes de la Passion, où nous sommes confrontés à une violence et à une cruauté indicibles. Mais nous sommes malheureusement habitués à la violence humaine. Nous savons bien que nous, les être humains, sommes capables de violence et de cruauté. Mais la violence de Jésus, c'est autre chose. Jésus n'est pas censé être comme nous, mais meilleur que nous. Il nous enseigne l'importance capitale de l'amour, de la patience, du pardon, de ne pas se rebiffer contre les injustes et les violents. Il nous dit : « Venez à moi... Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de coeur » (Mt 11:28-29). Et c'est pourquoi cette scène de la purification du Temple est choquante. Qu'est devenue la douceur de Jésus ? Jean nous dit que les disciples, en voyant ce que faisait Jésus, se sont rappelés le verset du psaume 68 : « L'amour de ta maison fera mon tourment ». Mais même si Jésus a fait ce qu'il a fait par amour de la maison de Dieu, est-ce que cela justifie sa violence ? Comment Jésus peut-il agir violemment tout en nous disant de renoncer à la violence ? Il y a une contradiction, semble-t-il. Peut-il rester notre modèle ?

Si ceci est notre question, ce n'était pas la question la plus évidente pour les gens de l'époque. Nous trouvons cette scène dans tous les quatres évangiles. Il ne semble donc pas qu'elle soit gênante pour l'église primitive. Et les Juifs qui étaient là n'ont pas réagi en déplorant la violence de Jésus ou en lui rapprochant la contradiction entre son enseignement et sa conduite. Ils lui disent : « Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là ? » Pour eux, ce qui justifierait ce geste de Jésus n'est pas une explication, mais un signe. Le signe qu'il faut est un miracle, ou quelque chose qui montre que Jésus a une autorité divine. Cela montrerait que sa violence vient, elle aussi, de Dieu. C'est-à-dire que pour eux l'intérêt de ce geste de Jésus est la possibilité que par son biais Dieu leur parle. Pour eux, le geste de Jésus est peut-être un geste, une parole, un signe de Dieu. Et Jésus leur parle du signe de la résurrection. « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai » ; et le temple dont il parlait, nous dit Jean, était son corps. Quand Jésus ressuscitera, ils comprendront ce que signifie son action, et ils sauront que Dieu est dedans.

Jésus, en mettant dehors tous les marchands, voulait en fait accomplir une prophétie du prophète Zacharie, dans le tout- dernier verset du livre de Zacharie, où le prophète parle du jour de la grande bataille où Dieu lui-même va apparaître. En ce jour-là, le temple et tout ce qu'il y a dedans sera saint, consacré à Dieu ; et en ce jour-là, dit-il, « il n'y aura plus de marchand dans la maison du Seigneur le tout-puissant » (Za 14:21). En purifiant le temple, Jésus dit que cette prophétie s'accomplit, que c'est la fin, que Dieu lui-même est là. Et c'est la résurrection, quand le temple son corps sera relevé, qui montrera que Dieu est présent en lui, et que c'est son corps qui est le vrai temple, la véritable demeure de l'esprit de Dieu.

Si la violence de son geste reste quand-même choquante pour nous, il faut dire que la violence est parfois nécessaire quand il s'agit d'un signe spirituel, un signe qui concerne ce qui est fondamental dans la vie humaine. Le but d'un signe est d'ouvrir nos yeux à quelque chose que nous ne voyons pas. Parfois, nous ne voyons pas parce que, pour le moment, nous faisons attention à quelque chose d'autre, et il suffit de nous rappeler doucement l'essentiel. Mais, parfois, nous ne voyons pas parce que nous sommes endormis, ou parce que nous sommes totalement pris par inessentiel et immergés dedans. Dans le temple, ç'aurait été une rencontre inutile si Jésus avait dit doucement aux marchands : « Messieurs, auriez-vous peut-être la gentillesse de mettre vos brebis ailleurs ? » Il fallait un geste dramatique, même violent et choquant, qui arrache leur attention et celle des autres Juifs, qui la retire de leur commerce bien-aimé, pour leur rappeler que Dieu est plus important que le commerce. De même, dans notre vie, un rappel doux n'est pas toujours suffisant ; souvent, une lecture biblique, une homélie, ne nous impressionne pas, nous le savons tous. Il faut que Dieu nous parle parfois par le biais d'un choc qui nous rende attentifs à l'essentiel. Si nous nous endormons, il nous faut être secoués pour être éveillés. C'est pourquoi, quelquefois et avec un peu de recul, nous pouvons voir la main de Dieu même dans un événement de notre vie qui nous choque ou qui nous fait mal.

3e dimanche de l'Avent, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Avent
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Jn 1, 6-28

En guise de méditation je voudrais m'inspirer du dernier livre de Jeanne Bourin , Le sourire de l'ange. Cet auteur résume bien me semble-t-il le sens premier de cette valeur. L'humilité ne consiste pas à se sous-estimer, à s'écraser, voire même se nier comme certains auraient tendance à le croire. Elle exige au contraire une très haute opinion de soi. Et voilà la raison pour laquelle même un dominicain peut en parler à l'aise. Cette valeur implique de reconnaître que tous les hommes et toutes les femmes sont semblables devant Dieu. Respecter les autres, c'est en premier, poursuit notre auteur, se respecter soi-même. Comment espérer faire une place à l'autre, si au départ, je n'ai pas un minimum d'estime pour moi-même. L'humilité ne consiste donc pas à s'abaisser par une sorte de masochisme pervers, mais, au contraire à faire humblement et scrupuleusement ce que Dieu attend de nous, sans en tirer ni orgueil, ni profit. Il n'y a aucune honte à oser se dire que j'ai reçu tel don. Jean-Baptiste ne disait-il pas : « Moi je baptise dans l'eau ». Il baptise, il le sait, le reconnait et le remet à sa juste place. Ce serait un péché contre le Ciel que de laisser en jachère les dons que le Créateur nous a généreusement octroyés, non pour les étouffer, mais, au contraire, pour les faire fructifier et pour Lui rendre gloire en les utilisant pour Le remercier. L'humilité nous invîte donc à ne pas se prendre au sérieux, à vivre la vie simplement, telle qu'elle nous est donnée.

Cette qualité est essentielle parce qu'elle nous demande un travail tout intérieur de reconnaissance personnelle, d'acceptation de ses propres faiblesses et forces, de mise en oeuvre des dons reçus. Par ce chemin personnel, je fais ainsi la découverte que je trouve d'abord en moi les ressources, l'essence de mon existence. Je suis la source même de ma Vie, même si j'ai besoin d'aller m'abreuver à d'autres, quelle soient humaines ou divine. Fort de cette intime conviction je peux alors aller à la rencontre du prochain, vous savez celui qui croise mon chemin, lui donner sa propre place et parfois même l'aider à découvrir sa propre valeur. De la sorte je lui permets tout simplement d'exister, de vivre sa propre vie en dehors de toute projection à son égard. Que cela nous permette de ne jamais porter un regard hautain, voire méprisant vis-à-vis de celles et ceux dont nous avons décidé qu'ils n'étaient pas aussi bien que nous.

Amen.

3e dimanche de l'Avent, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Avent
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Le désert, c'est un endroit inculte, brûlé par le soleil, où rien ne pousse, où il n'y a aucune vie. Sans doute connaissons-nous le désert du Sahara, cette immense étendue de sable pratiquement inhabitée ? Mais en Palestine aussi il y a des contrées pratiquement désertiques, lieux de silence et de calme absolu. Et aujourd'hui, dans l'évangile, nous recevons le témoignage d'un homme du désert. On ne trouve pas tous les jours des hommes du désert. Et quand on en rencontre un, on est souvent bouleversé, à la fois par son message et par la façon dont il vit. Ainsi, Jean-Baptiste apparaît dans le désert et voici que les foules sont attirées par lui et vont le voir et l'écouter. Mais l'homme du désert peut être dangereux pour ceux qui sont bien installés. Il peut tout déstabiliser ! Alors, les grosses têtes de Jérusalem envoient des prêtres et des lévites auprès de Jean-Baptiste pour s'enquérir et pour vérifier sa carte d'identité. En effet, cet homme du désert ne porte pas les marques habituelles du prophétisme ni du messianisme. Il ne répond pas aux critères reçus. Alors, qui est-il ? La réponse arrive nette et précise. Il n'est pas le messie. Il n'est pas non plus Elie. On croyait en ce temps là qu'Elie n'était pas mort, mais qu'il avait été enlevé de cette terre sur un char de feu, pour y revenir à la fin des temps préparer la venue du messie. Jean déclare qu'il n'est pas Elie, qu'il n'est pas le Grand prophète, mais il vient seulement crier dans le désert que les chemins sont à aplanir. En cela, il réalise ce que le prophète Isaïe avait annoncé.

Des pharisiens se sont glissés dans la délégation. Il sont venus eux pour aller au fond des choses : "Pourquoi baptises-tu ?" La réponse les renvoie à eux-mêmes : 'Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas.. " Il eût été facile de donner une réponse toute prête. Il eût été facile de faire comme pour un catéchisme. Mais la foi n'est pas à réciter par coeur. Jésus n'est pas au bout d'un raisonnement. Il est né d'un coup de coeur : Jean-Baptiste leur répond : "Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas : cherchez-le."

Ce message de Jean-Baptiste est-il encore actuel ? Il est grand le désert d'aujourd'hui. Non pas une vaste étendue de sable sans vie humaine. Au contraire. C'est un endroit très peuplé comme dans nos grandes villes, mais les gens y circulent sans se voir ni s'entendre, ils s'y croisent sans jamais se rencontrer ! Tout le monde court. Chacun est pressé par le temps. Tous essaient d'aller le plus vite possible, l'un à son travail, l'autre à ses occupations, à ses loisirs, ou simplement à rentrer chez lui. Personne ne s'occupe des autres, de ceux qu'il croise en chemin ! D'autres se construisent des petites cellules familiales, des petits ghetto d'amis, à l'abri des regards extérieurs. Combien de citadins n'achètent-ils pas un petit bungalow ou une villa à la campagne, et l'entourent d'un jardin avec beaucoup d'arbres, pour ne plus devoir s'occuper des voisins ? Pour toute fenêtre vers l'extérieur, il y a le petit écran de TV. Chacun regarde celui-ci, mais il n'y a plus de communication entre les spectateurs ! Pour toute écoute, c'est le walkman, où le jeune court dans la rue sans entendre aucun bruit, ni aucun appel, tout entier plongé dans sa musique. Pour toute écriture des initiales, ainsi par exemple : le centre public d'aide social devient le C.P.A.S., les "sans domicile fixe" deviennent S.D.F., ça fait plus propre et moins dérangeant. Combien de gens âgés ou malades ne vivent-ils pas isolés, surtout pendant la période des vacances, quand tous les autres sont partis ? surtout pendant le moment des fêtes, où l'on se sent davantage mis à l'écart puisqu'on ne peut plus y participer ? Chacun est donc replié sur soi-même pour vivre ou pour survivre et le principe devient "chacun pour soi et Dieu pour tous" Oui vraiment la vie d'aujourd'hui peut prendre l'aspect d'un véritable désert, par l'absence de communications ! Mais, dans ce désert d'isolement, des voix se sont levées. Ce sont quelques personnes non résignées à se laisser broyer par l'anonymat ou les injustices de la société moderne. Là, c'est un groupe de jeunes chômeurs qui n'ont pas accepté leur état et qui se sont réunis pour accomplir des travaux de dépannage ou de restauration de bâtiments, des besognes de jardinage de nettoyage ou d'autres services qui leur permettent d'être utiles et de faire face à leurs besoins financiers. Là, c'est un groupe de foyers en difficultés de crédit, qui se mettent ensemble afin de réfléchir aux conséquences de leur surendettement. et de trouver des solutions de solidarité pour faire face à leurs obligations. La se sont des personnes aux revenus modestes qui se mettent ensemble pour accomplir des achats groupés et obtenir ainsi des denrées à meilleurs prix. Là se sont des organisations non gouvernementales qui s'efforcent de venir en aide à des populations malheureuses par des récoltes de vivre ou de médicaments. Là encore se sont campagnes d'aide comme celle de VIVRE ENSEMBLE qui attirent l'attention cette année sur les logements défectueux et les remèdes à y apporter. Il y a aussi des jeunes qui veulent vivre autrement, des couples qui n'acceptent plus d'être rejetés en raison de leurs origines étrangères ou de la couleur de leur peau. Il y a aussi des gens que l'on expulse, ceux à qui on coupe l'électricité en ne leur laissant que 5 ampères, ceux pour qui l'hiver est un enfer. Il y a près de nous des gens qui meurent lentement du Sida et d'autres qui le propagent. Il y a parmi vous......

Mais toutes ces voix dérangent souvent. On préfèrent ne pas les entendre. Alors, autrefois de Jérusalem, de la ville sainte, sont venus les officiels, dûment mandatés. Ils arrivaient avec leurs lois, leurs livres saints, leurs traditions, pour demander au Baptiseur de justifier son action. Aujourd'hui, c'est peut-être de Rome que nous viennent les autorités religieuses, avec leur catéchisme universel, avec leurs déclarations et leurs certitudes. Ils croient détenir le monopole de la vérité et avoir réponses à tout. Eux seuls pensent connaître vraiment les chemins du Seigneur ! Mais le Seigneur vient souvent vers nous par des routes où l'on ne s'attend pas à le rencontrer. Aussi, résonne encore aujourd'hui en nos coeurs la voix du prophète : 'L'Esprit du Seigneur est sur moi. Il m'a consacré par l'onction et m'a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le coeur brisé, annoncer aux prisonniers la délivrance. Aplanissez donc le chemin du Seigneur. Il y a parmi vous quelqu'un que vous ne connaissez pas.

C'est l'esprit de Jésus, la mentalité de son évangile qui invite tous les gens simples à ne pas se laisser abattre mais à se lever, à se remettre debout, à créer tant de gestes de solidarité. Le Seigneur est donc présent parmi eux et c'est là qu'il nous faut le reconnaître.

Pour beaucoup d'entre nous, la fête de Noël risque de n'être qu'une fête familiale où l'on aime se retrouver entre soi, avec ses proches ou quelques amis. On se sent alors bien au chaud, à l'abris. C'est sans doute important mais ce n'est certes pas suffisant. Il faudrait, de quelques manières, - et elles peuvent être très diverses, - faire une place à celui qui vient d'ailleurs, à l'étranger, à celui qui n'a plus de toit pour s'abriter, qui est donc différent de nous, pour que Noël soit célébré davantage comme la fête de l'ouverture universelle : "Paix à tous les hommes que Dieu aime" chantaient les anges dans les campagnes de Bethléem. Que ce soit vrai aussi chez nous.

3e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle

Jésus arrive en Galilée et prêche. Marc ne nous explique pas les détails de cette première prédication, mais il nous en donne l'essentiel : « Le royaume de Dieu est proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle ». Quelque chose se passe, quelque chose arrive : le royaume de Dieu s'approche. Pour répondre à cette approche il faut que les gens aussi fassent quelque chose pour se préparer : « Convertissez et croyez à la Bonne Nouvelle ». Il est comprehensible qu'on doive se convertir. Vivre avec le Dieu qui s'approche n'est possible que si on s'oriente vers lui. Il y aura un changement radical dans les circonstances de la vie, et pour vivre dedans il faut aussi un changement radical de son façon de vivre. Mais pourquoi « croyez à la Bonne Nouvelle » ? A première vue, il semble un peu curieux de demander à quelqu'un de croire à une nouvelle. Normalement, on l'annonce simplement. Ceux qui annoncent les nouvelles tous les jours à la télévision et à la radio ne disent pas : « Tel événement vient d'arriver ou va arriver. Croyez-y ». Une différence dans l'évangile, c'est que la foi est très liée à la conversion. Selon Jésus, il faut se convertir, il faut agir. Et on agit normalement selon ce qu'on croit. Si on ne croit pas qu'il va pleuvoir, on ne prends pas son parapluie avec. Quand Jonas va à Ninive, ce n'est pas pour proclamer de bonne nouvelle, même pas de menace ; c'est plutôt une condamnation absolue : dans quarante jours, Ninive sera détruite. Jonas vient de l'extérieur, un étranger inconnu, mais les habitants croient quand-même à son message. Et c'est parce qu'ils croient qu'ils agissent, qu'ils changent radicalement leur style de vie et se mettent à la prière. De même, si on ne croit pas que le royaume de Dieu est proche, on ne change pas sa manière de vivre. La croyance, la foi, ce qu'on croit, est fondamental dans la vie. Mais cet impératif « croyez ! » est quand-même fort. Jésus insiste, ici, et partout dans l'évangile, sur la croyance, la foi. Normalement, on insiste pour dire aux gens de faire quelque chose s'ils ont tendance à ne pas le faire. Jésus à besoin de nous dire « Aimez vos ennemis » précisément parce que nous avons tendance à ne pas les aimer. S'il dit « croyez » c'est donc peut-être parce que nous avons tendance à ne pas croire.

Les premiers disciples, qui répondent à l'appel de Jésus, répondent sans doute aussi à sa prédication, à sa demande de conversion et de foi. L'évangile d'aujourd'hui n'est pas que le récit de l'appel des disciples, un récit qui nous montre la force de l'appel de Jésus. C'est aussi un récit de conversion, d'un changement radical dans la vie de ces pêcheurs. Et il peuvent se convertir parce qu'ils croient au message de Jésus. C'est parce qu'ils croient que ces disciples deviendront à leur tour les messagers de la Bonne Nouvelle, demandront aux autres de croire.

Si ces premiers disciples arrivent à croire au message de Jésus, il n'est pas évident de pouvoir croire. Le première difficulté est peut-être Jésus dit que son message est une bonne nouvelle. Si les habitants de Ninive croient à la mauvaise nouvelle qu'annonce Jonas, il y beaucoup de gens qui trouvent difficile de croire à la bonne nouvelle qu'annonce Jésus. C'est peut-être quelque chose de pessimiste ou sceptique dans la nature humaine, mais on est souvent plus prêt à croire à une mauvaise nouvelle qu'à une bonne. Et ils y a ceux qui sont tellement impressionnés et accablés par les problèmes de la vie, de la pauvreté, de la faim, de l'oppression, de l'injustice, qu'ils croient que c'est impossible que les choses changent radicalement. Leur réponse à Jésus est : Non, ce n'est pas vrai, je refuse de le croire, c'est un rêve.

Il y a aussi ceux répondent en disant : Très bien, mais j'ai trop à faire. Si André, Simon, Jean et Jacques suivent Jésus, Marc ne nous dit pas combien de pêcheurs et de paysans refusent parce qu'ils ont leur boulot à faire, combien de personnes n'écoutent même pas parce qu'ils sont trop immergés, pas dans la souffrance mais dans le travail et les affaires du monde. Ce sont des gens qui refusent de croire parce qu'ils refusent de se convertir, de changer de mentalité et de vie.

Et il y ceux qui croient qu'il y a peut-être une bonne nouvelle à proclamer, mais que ce n'est pas pour eux, c'est pour les autres. Ce sont ceux qui se sentent exclus, peut-être parce qu'ils sont vraiment exclus, méprisés par les bonnes gens, comme les publicains et les prostituées dont parlent les évangiles, ou bien ceux qui, tout en étant des membres respectés de leur société, ne se respectent pas eux-mêmes, ceux qui se détestent, qui ne parviennent pas à se pardonner. Il est donc impensable que Jésus, que Dieu s'adresse à eux.

Mais Jésus s'adresse quand-même à toutes ces gens. Il dit : qui que vous êtes, si vous êtes immergés dans la souffrance ou dans les affaires du monde, si vous êtes exclus de la société ou que vous vous excluez vous-mêmes, il y a vraiment une bonne nouvelle, et c'est vraiment pour vous. Croyez. Un disciple est quelqu'un peut répondre positivement à cette parole. Croyons donc à la bonne nouvelle.

4e dimanche de Carême, année B

Auteur: Braun Stéphane
Temps liturgique: Temps du Carême
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Ce que je vais exprimer ce soir n'est peut-être pas très théologique et fera peut-être bondir Philippe. Mais tant pis, c'est ce que je ressens et je vais le livrer tel quel. Chacun de nous a déjà connu des moments de vrai bonheur. Des moments où on se sent vraiment bien avec soi-même, où on chante tout seul, très fort, au volant de sa voiture, dans sa chambre ou devant un beau paysage. Je crois que ce bonheur qui nous habite à ces moments-là ne vient pas de nous-mêmes et ne vient pas tout seul. Sa source n'est pas biologique. Je crois que l'origine de ce bonheur est chaque fois dans une relation privilégiée, que ce soit avec quelqu'un qu'on aime, avec soi-même ou avec Dieu. Je crois en cette relation privilégiée au cours de laquelle l'autre devient tellement important pour moi, qu'il prend de la place en moi, qu'il m'habite.

J'ai envie de dire que ce bonheur, cette énergie-là, non seulement vient de Dieu, mais est déjà un peu Dieu en nous. Je crois vraiment que nous avons Dieu en nous mais que nous restons libres et que c'est notre responsabilité de Le faire vivre au coeur de nos relations. Un peu comme si nous avions en nous un merveilleux moteur mais que notre liberté reste de choisir son carburant et d'employer l'accélérateur.

Je crois que Jésus c'est un peu cela aussi. C'est un homme comme nous mais tellement rempli, envahi par Dieu qu'il est Dieu lui-même.

J'oserais presque dire que pour moi, l'homme Jésus c'est un peu l'emballage ou l'habillage de Dieu, que cet homme nous a été envoyé pour que Dieu soit visible, compréhensible, sensible, je dirais même palpable.

Et si cette passion et mort de Jésus que nous allons célébrer bientôt n'était que la déchirure de cet emballage, de cette enveloppe pour libérer et nous laisser cette extraordinaire énergie, cette force d'aimer avec pour liberté et mission de l'employer ?

Je crois que Pâques ou la Résurrection c'est aussi cela. Je vous dis tout cela parce que depuis tout juste un an, je me pose beaucoup de questions sur la mort, la séparation, sur la vie après la vie, sur ce qui reste du disparu. J'ai lu et entendu de beaux textes : " qu'il est là en face, sur l'autre rive...que sa voile est là-bas, tout près dans la brume...qu'il est tout près de nous, juste dans la pièce d'à côté...etc.. " Ces textes sont beaux mais ne rencontrent pas vraiment ce que j'ai vécu et vis maintenant.

Dans une vie de couple, beaucoup de temps se passe à la gestion du quotidien, au train-train journalier. J'ai eu parfois l'impression de manquer d'air, et je sais que c'était dans les deux sens. Plus d'une fois, lors de moments de relation plus difficile, j'ai rêvé de tout ce que je pourrais faire si j'étais seul et indépendant. Et maintenant que je suis seul, je ne suis pas indépendant, je ne me sens pas du tout libéré d'une attache ou de contraintes mais je me sens enrichi d'autre chose. Je sens vraiment en moi autre chose, une énergie nouvelle. l'approche de la semaine Sainte et de Pâques m'éclaire et me donne l'occasion d'y réfléchir.

Je crois vraiment que l'homme comme Jésus est créé à l'image de Dieu. Et comme pour Jésus après la mort d'un être cher on ne vit pas de son souvenir mais de ce qu'il nous laisse. Les souvenirs sont ancrés dans notre mémoire, ils font partie de notre histoire mais ils se réfèrent à notre passé. C'est notre album de photos ou notre montage vidéo. Les souvenirs nous font rire ou pleurer mais ils ne nous font pas vraiment vivre.

Après la mort de Marie-Noëlle, ce qui continue à me faire vivre, et même plus fort qu'avant, c'est toute cette énergie, cette force d'aimer qui l'habitait et que la mort de son corps a libérée. Cette force d'aimer n'est pas partie avec elle, bien au contraire. C'est un merveilleux cadeau qu'elle nous a laissé et transmis en héritage. Je crois que c'est déjà un peu sa résurrection ou sa vie qui continue en moi. c'est aussi sa participation à la résurrection de Jésus.

Pâques n'est pas la célébration d'un souvenir. c'est aussi nous rappeler que nous avons en nous un héritage et en sommes responsables et que mourir peut être transmettre la vie, la vraie Vie.

C'est la fin de l'hiver, les brouillards s'estompent. Déjà sortent les jonquilles et fleurissent les forsythias. C'est bientôt Pâques. Pourquoi ne pas y croire ?

4e dimanche de Carême, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps du Carême
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Jn 3, 14-21

Aujourd'hui, il semble que rien ne va plus... C'est la crise. La mondialisation de l'économie a comme conséquence la fermeture de grandes usines. C'est le chômage, les grèves, la vie chère. C'est la pollution, la violence... Des moments viennent où nous sommes prêts à nous prendre à tout, où nous cherchons des responsables et des coupables. Il est bon alors de nous souvenir que, dans son regard sur notre monde, Dieu nous indique souvent une direction inverse à celle que nous suivons facilement. L'évangile de Jean nous dit aujourd'hui : "Dieu n'a pas envoyé son fils dans le monde pour le juger, mais pour que par lui, le monde soit sauvé. "

Ainsi les textes de la liturgie de ce jour nous présente l'amour que l'Eternel a pour toute l'humanité. Déjà, toute l'histoire d'Israël apparaît comme un dialogue incessant recherché par Dieu, avec les hommes. Il les a créés à son image. Ils sont un peu comme le reflet de ce qu'Il est en Lui-même, et Dieu est comme séduit par le chef d'oeuvre de sa création.

Dans le prendre Testament, la relation avec l'Eternel nous est présentée en termes d'épousailles. Dieu se fiance l'humanité qu'il a créé. Il fait alliance avec son peuple. Et puisqu'Il aime, Il suppose la réciprocité. Il attend en retour un amour de la part des humains. C'est là le sens profond de la Loi. Régulièrement, Il envoie les prophètes pour rappeler cette alliance. Car Il ne s'arrête pas aux échecs. Sans cesse Il repropose son amour.

C'est tout le message du livre des chroniques, dont nous avons lu un extrait dans la première lecture. Rédigé après l'exil, à l'époque d'Esdras, au moment où ce dernier essaye de restaurer le culte de Yaveh à Jérusalem, l'auteur relit toute l'histoire comme un mouvement de Dieu qui sans cesse est à la recherche d'une réponse d'amour de la part de son peuple. Il envoie ses prophètes, Jérémie et même le païen Cyrus rappeler sa cause. Finalement, comme le dit encore l'évangéliste Jean, il nous envoie son propre fils : "Dieu a tant aimé le monde, qu'il a envoyé son propre fils pour le sauver ".

Si Dieu fit l'homme à son image, très souvent les hommes ont imaginé Dieu selon leur propre image, selon leurs aspirations et leurs désirs. Comme les humains rêvent de puissance, comme ils rêvent de tout savoir et de tout connaître, comme ils souhaitent dominer la terre et leurs frères et soeurs, ils se sont fabriqué une image de Dieu qui leur conviennent. Dieu est soi-disant comme eux tout-puissant, omniscient, vengeur et vindicatif Il est donc nécessaire d'obtenir ses bonnes grâces et sa bienveillance ou encore d'apaiser son courroux...

Par ses paroles, par ses comportements et par sa vie offerte et sa mort cruelle, Jésus nous dit tout autre chose de Dieu. Il nous révèle un Dieu amoureux de l'homme et de tous les hommes, mais en même temps vulnérable et donc à la merci des humains -C'est donc un Dieu qui a un projet admirable de bonheur pour tous et qui en même temps dépend totalement de nous pour réaliser son rêve Dieu veut la vie pour l'homme et pour tous les hommes. Il ne veut pas la mort de quelqu'un, en tous cas pas celle du pécheur et donc pas celle de son fils, Jésus. Un père souhaitant la mort de son fils nous paraît comme un sentiment abominable

La mort de Jésus n'a pas été voulue par Dieu, demandée et exigée par lui. Si Jésus est mort c'est parce que des hommes l'ont tué. Il a été victime de la méchanceté humaine, comme aujourd'hui meurent encore dans notre mort un tas d'innocents souvent même dans l'indifférence générale.

Il nous faut donc changer de regard et considérer que Dieu n'exigeait pas pour pardonner nos péchés le paiement de notre dette par la mort de son Fils. Jésus n'avait pas à payer à notre place pour apaiser la colère divine. C'est tout le drame de l'opposition des juifs a Jésus. Refusant d'être mis en cause et ayant peur pour leur propre pouvoir, ils l'ont supprimé.

"Quand la lumière est venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs oeuvres étaient mauvaises. Tout homme qui fait le mal déteste la lumière. Il ne vient pas à elle, de peur que ses oeuvres lui soient reprochées.

Il est vrai que l'homme religieux, présent dans le coeur des chefs des prêtres et des pharisiens, mais aussi toujours renaissant en nous, veut s'assurer contre Dieu. "Puisque j'observe ta loi, tu dois me récompenser" ou encore "Vois mes sacrifices et mes mérites, tu dois exaucer ma prière." ou bien négativement "qu'est-ce que j'ai fait au Bon Dieu pour qu'il m'abandonne ainsi ?" C'est la religion du troc ! A cela, il nous faut affirmer : "ON N'ACHETE PAS DIEU" Dieu n'est pas à vendre, mais il est à rencontrer dans une relation d'amour. A une économie de marché, qui est de l'ordre de la religion, Jésus substitue une économie de grâce et de don, en surabondance. Jésus n'a pas calculé. Il a aimé. Vulnérable, il s'est laissé prendre, il s'est laissé trahir par Judas, il s'est livré aux juifs pour épargner les siens.

Ainsi Jésus présente une image de Dieu toute différente : un Dieu se donnant à l'homme avec un amour fou. Il a préféré abandonner sa propre vie plutôt que de changer quoique ce soit au message d'amour et de compassion qu'Il venait apporter de la part de Dieu. Il est allé jusqu'au bout du don, manifestant ainsi l'amour sans limite que Dieu a pour les hommes. "Par sa bonté pour nous, dans le Xt Jésus, il voulait montrer la richesse infinie de sa grâce. " nous dit l'apôtre Paul.

Au moment de sa mort, le voile du temple se déchire. C'est le signe de la fin d'une alliance pour en fonder une nouvelle. Car la seule gloire de Dieu, désormais n'est plus le saint des saints, mais le crucifié.

"De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, épargnant ainsi ceux qui avaient été mordu par les serpents, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle. " Il est bon de rappeler ici la parole de l'apôtre "Nous prêchons un Jésus crucifié, scandale pour les juifs et folie pour les païens"...

Le crucifié, c'est l'image d'un Dieu qui meurt par amour. Telle est notre foi. Jésus n'est pas seulement un prophète que l'on tue. Il est Dieu lui-même donnant sa vie par amour Il nous faudrait nous en souvenir, au moment où dans quelques jours nous allons faire mémoire de la passion et de la résurrection de Jésus. Nos croix qui ornent nos maisons, que nous dressons aux carrefours des chemins ou dans nos chapelles, mêmes celles que nous portons comme bijoux ou pendentifs sur nos poitrines, sont bien autre chose qu'un talisman. Elles sont le témoignage d'un amour fou de Dieu. Souhaitons qu'à cette lumière "nos oeuvres soient reconnues comme les oeuvres de Dieu".

Dix Paroles pour la vie : découvrir le décalogue avec André Wénin