Noël, année B

Noël, année B Michel Van Aerde

Qui est donc ce bébé dans la crèche que les bergers viennent adorer cette nuit ? Qui est ce jeune enfant qui met en route les chercheurs, les scientifiques du monde entier ? Qui est celui dont les mages suivent l'étoile jusqu'à la grotte de Bethléem ? Qui est ce bébé devant qui se prosternent ces princes en offrant ce qu’ils ont de meilleur ? Qui est-il donc, ce petit bonhomme qui reçoit l’or, l’encens et la myrrhe, arrivant du Sud, du Nord, de l’Orient et de l’Occident ?
Il est le fils de Dieu, il est l’Emmanuel, le roi de l’univers, Dieu-avec-nous.

Mais encore ? Ici, l’Evangile de Jean, dans une audace inouïe, dans une intuition spirituelle indépassable, dans un acte de contemplation qui atteint le sublime, nous présente ce bébé comme le Verbe qui prend chair, oui, en latin Verbum, le Verbe, en grec Logos, en français la Parole.

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Il est la Parole créatrice, le Logos, la vérité de toute chose, le Verbe en qui Dieu se dit et par lequel il crée le cosmos. Cet enfant, c’est le Souffle de Dieu qui l’engendre dans le sein de Marie, c’est dans l’Esprit de Dieu qu’il est conçu. Et il résume, il incarne le secret de l’univers. Il est la pensée de Dieu sur lui-même et sur la création.

Logos, il est la science véritable, la connaissance de tout ce qui peut être dit, de tout ce qui a été fait, car tout a été fait par lui. Le nom des sciences se dit en mettant le mot « logos » à la fin de ce qui les concerne : il y a la « géologie » qui est la science de la terre, la science de l’évolution de la croute terrestre. Il y a l’ « astrologie » qui est la science des étoiles et de toute la mécanique céleste. Il y a la « biologie », la science de la vie et de l’évolution des êtres vivants. Il y a l’archéologie qui est la science du passé, ou la futurologie, celle de l’avenir. Il y a la « psychologie » qui est la science de l’esprit humain, la « théologie » qui est la science des choses de Dieu… « Logie », Logos, Logique. Ce bébé est le Verbe, la Parole, la vérité intime, l’intelligence fondamentale, principielle, originelle, originale, de tout ce qui est.

Oui, le « moi » de ce bébé, le « je » de cet enfant, c’est le même « je » que la vérité de toute chose, que cette parole créatrice qui fait qu’il y a quelque chose plutôt que rien. Quand il dira « Je suis », il dira le nom de Dieu, révélé à Moïse dans le buisson ardent. Quand les soldats viendront arrêter Jésus de Nazareth et qu’il dira « c’est moi ! » Ils tomberont à terre devant l’affirmation de Dieu. Pour le moment il ne parle pas, il ne sait pas encore parler ! Il devient, il prend chair, il entre dans l’histoire, il se rend présent, Dieu-avec-nous, comme un humain pleinement humain.

Il est dès le commencement, en archè, entendez « dans le principe » in principio, car il a toujours existé, les juifs disent bereschit, en tête ! Ce commencement, il est aussi bien en arrière, qu’en avant ou qu’au fondement. Il « récapitule » tout. Il est le Premier, l’archétype, le modèle. En lui réside la logique de tout ce qui tient debout, de tout ce qui subsiste, de tout ce qui a du sens et de la cohérence. Sans lui rien de tient le coup, rien ne peut exister vraiment, sans lui tout s’effondrerait immédiatement. Il est la Parole de Dieu qui soutient tout dans l’existence, dans la cohérence, parce que, de tout ce qui est, il est la logique, la forme, l’idée, la pensée, l’intention, le projet de Dieu. Oui, nous dit l’apôtre saint Jean, ce bébé-là est le Verbe, le Logos, la Parole au principe de tout.

Il incarne tout cela et il va le révéler. Il va révéler la Vie, il va révéler l’homme, « voici l’homme » dit Pilate sans se rendre compte combien il a raison ! Cet enfant, mis en croix déploie toute l’envergure humaine et, ce faisant, révèle les abimes de Dieu. Car « Dieu personne ne l’a jamais vu, mais lui, il nous l’a fait connaître ». « Aimez vous les uns les autres, comme je vous ai aimés ». Jusque là, on n’avait jamais aimé comme il nous a aimés. Jusque là on n’avait jamais bien compris ce que le mot « aimer » pouvait signifier, ni ce que le mot « Dieu » pouvait désigner.

Voici donc qu’il prend corps, sarx egeneto en grec, verbum caro factum est, en latin, « le Verbe se fait chair ». Il devient sensible, accessible, vulnérable, dans un monde qui le refuse et lui tourne le dos. « Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu ». « Il est venu dans le monde, lui par qui le monde a été fait et le monde ne l’a pas reconnu. » Il vient le conquérir par sa faiblesse. Il vient le désarmer de ses mains nues.

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La reconnaissance, c’est l’amour et, être reconnu, c’est exister dans le paradis.
Alors ceux qui le reçoivent, « ceux qui croient en son nom », deviennent, par lui, à leur tour « enfants de Dieu ». Eux aussi, ils naissent à la vie, comme lui, dans le Souffle de l’Esprit, fils de Dieu.

Fêter Noël c’est aussi fêter notre naissance à la foi car cet enfant ne garde rien pour lui. Il est le Principe, il est le commencement, il est le don de se donner. Tout ce qu’il a, il nous l’offre, il nous le communique, il nous le donne à profusion. « Nous avons part à sa plénitude, nous recevons grâce après grâce », cadeau après cadeau.

C’est Noël !


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