Le mystère pascal - mort et résurrection - est bien le cœur de notre foi et la fête de Pâques est le centre et le sommet de notre année liturgique. Encore faut-il que ces beaux mots deviennent réalités en nous, qu’ils ne restent pas dogmes impénétrables, formules radotées, croyances vagues. C’est pourquoi Pâques appelle la venue de la Pentecôte ; le Christ extérieur devient Esprit intérieur ; la Parole exige le Souffle pour devenir audible et percutante.
La liturgie nous rapporte aujourd’hui deux scènes différentes du don de l’Esprit. N’y voyons pas une contradiction mais au contraire deux manières d’exprimer un événement qui, de toutes façons, sera toujours au-delà de nos expressions.
1. LA PENTECÔTE DE SAINT LUC ( 1ère lecture )
En ouvrant son second livre, les Actes des Apôtres, Luc a reporté le don de l’Esprit au 50ème jour après Pâques, jour de la Pentecôte juive. En ce jour en effet, Jérusalem célébrait dans la liesse le don de la Loi reçue par les ancêtres hébreux au Sinaï (Exode 19). Mais cette Loi tant vénérée, personne ne parvenait à la vivre et l’histoire d’Israël n’était que le triste récit des infidélités perpétuelles.
Saint Luc jubile : en ce même jour, dit-il, nous avons reçu, comme des prophètes l’avaient annoncé, l’Esprit de Dieu c’est-à-dire la force d’accomplir ce que la Loi exigeait. Au Sinaï ouragan, tremblement de terre, éclairs plongeaient les hommes dans un climat de peur et de terreur : ici, dans une maison de Jérusalem le Souffle de Dieu annonce sa tendresse et le feu est celui qui brûle les cœurs et fait danser les mots.
La Pentecôte est devenue le jour de LA LOI NOUVELLE qui n’est plus un code de préceptes mais la grâce de l’Esprit qui, enfin, transforme le croyant pour lui permettre de pratiquer la volonté de son Dieu.
Quel est son effet immédiat ? La première communauté jaillit du cénacle où la peur l’enfermait et, en pleine rue, emportée par une joie folle, elle chante les merveilles de Dieu. Et les passants d’être surpris, décontenancés car "chacun les entendait parler dans sa propre langue" !
Le vieux mythe de la Tour de Babel racontait l’utopie dévastatrice des dictateurs voulant imposer à la terre entière leur langue et leur culture à partir d’une métropole et d’une tour qui répandraient leurs diktats impérialistes. Tentative folle qui ne pouvait qu’aboutir à l’éclatement des peuples.
Les hommes ne sont pas des robots, les cultures ont leurs richesses propres, les mœurs ne peuvent être aplanies dans l’uniformité, alignées sur un modèle unique. C’est l’Esprit, dit Luc, qui commence à réaliser l’unité du monde : chaque humain sera respecté tel qu’il est et il pourra exprimer dans sa propre langue les louanges de Dieu. Car l’amour respecte l’autre dans son identité.
"Les Actes des Apôtres", dit-on, sont comme "l’Evangile de l’Esprit" : d’un bout à l’autre, on voit comment le Souffle de Dieu est une force irrépressible qui emporte les chrétiens dans une mission qui rebondira jusqu’aux extrémités du monde. Pour vaincre peur et timidité, pour avoir l’audace d’annoncer la Bonne Nouvelle en dépit des menaces, pour affronter les persécuteurs, pour réunir la communauté dans la prière, pour mourir comme Jésus en s’offrant pour leurs bourreaux, les disciples de Jésus sans cesse appellent l’Esprit.
Transformés par lui, communiant dans son amour, sans violence, ils rayonnent d’un feu qui peu à peu va se répandre. L’Esprit est force missionnaire irrépressible, joie inextinguible, communion des cœurs.
2. LE DON DE L’ESPRIT CHEZ SAINT JEAN. ( Evangile )
L’Eglise, dans sa liturgie, a accepté la chronologie de Luc en séparant les trois fêtes de Pâques, Ascension, Pentecôte. Jean, lui, situe le don de l’Esprit au soir même du jour de Pâques.
C’était après la mort de Jésus, le soir du 1er jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillé les portes car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, il était là au milieu d’eux : " La Paix avec vous". Il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. " La Paix avec vous. De même que le Père m’a envoyé, je vous envoie". Il souffla sur eux : " Recevez l’Esprit-Saint : tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis"
Jean souligne fortement que l’Esprit est un don de Jésus mort (ses plaies) et ressuscité (vivant). Le danger est grand en effet de séparer Jésus et Esprit, de transformer celui-ci en spiritualité vague et généreuse, en intelligence subtile, en allégresse humaine. Trop facile, dit Jean, de gazouiller sans fin des alléluias dans une assemblée transportée par l’illusion communionnelle !
Nous devons toujours contempler la source de l’Esprit : les plaies de Jésus ! La vraie paix vient de la croix et ne s’en détache jamais.
" Jésus souffla sur eux" : saint Jean reprend le verbe de la Genèse lorsque Dieu créa l’homme en envoyant son souffle sur la glaise. Ainsi le don de l’Esprit est "re-création" et non amélioration, "renaissance " et non réparation. Au vieux Nicodème qui basait sa spiritualité pharisienne sur un amas de règlements, Jésus répliqua : " Amen, amen, à moins de renaître d’en haut, personne ne peut voir le Royaume de Dieu" ( Jn 3, 3).
L’homme est incapable de fignoler son être à coup de volonté, d’héroïsme, de sacrifices ; Dieu n’est pas au bout de nos efforts. Il peut même survenir au moment de l’échec désespérant.
En effet, en ce jour de Pâques, les apôtres venaient de commettre le plus gros péché de leur vie : toutes leurs belles promesses ( "Je donnerai ma vie pour toi", etc......) s’étaient effondrées. Parce qu’ils étaient des "pauvres types", parce qu’ils constataient, enfin, qu’ils étaient impuissants à construire le Royaume de Dieu, Jésus pouvait les rejoindre dans leur enfermement, leur remords, la conscience épouvantable de leur lâcheté congénitale.
" Paix à vous". Non parce que vous m’avez bien défendu, mais parce que je vous aime. Seul mon pardon peut vous changer et vous faire autres.
Tel est le miracle : ne le gardez pas pour vous ; allez le dire, transmettez-le à tout homme qui, dans sa boue, comme Adam, acceptera de se laisser renaître par l’Esprit.
A Pâques, Jésus a tout accompli : le Vie triomphe !
Encore faut-il que Pâques nous rejoigne, que la Vie nous soit transmise : c’est l’œuvre de Pentecôte. Les deux lectures nous ont détaillé quelques-unes de ses richesses : à nous de bien les percevoir. Méditons ces textes tous ces jours-ci non pour les connaître mais pour "co-naître" avec eux.
VIENS, ESPRIT DE SAINTETE ! VIENS ! VIENS !...
SAINT LUC :
- L’Esprit est la Loi nouvelle. Nous ne sommes plus sous la loi, dira Paul, nous sommes libres. Joie énorme !
- L’Esprit ne nivelle pas les personnalités ou les peuples : il les fait communier dans une charité qui respecte toute particularité. Il opère la véritable "mondialisation".
L’Esprit est force missionnaire, il presse à une activité incessante.
SAINT JEAN :
L’Esprit est don du Christ crucifié et vivant ; la paix vient des plaies.
L’Esprit re-crée ; il est perpétuelle genèse de l’Eglise. Joie profonde.
L’Esprit est pardon, réconciliation, destruction du péché.
R. Devillers , dominicain
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« Le vrai but de la vie chrétienne
consiste dans la réception de l’Esprit Saint de Dieu.
Le jeûne, la prière, toute bonne action
n’en sont que des moyens.
Saint SERAPHIN DE SAROV »
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