Nous avons commencé le temps pascal par les cendres, nous le concluons avec la Pentecôte et le feu de Dieu. C’est un chemin « enthousiasmant », au sens étymologique du terme : être saisis par la force, le dynamisme, la vie, le « pneuma », l’Esprit même de Dieu. Depuis nos vieux cendriers, nous sommes conduits au foyer vivant d’amour et de créativité, qui est à l’origine du monde et le conduit à son accomplissement ! La Pentecôte n’est pas seulement la célébration d’un évènement passé. Il s’agit d’un processus qui se poursuit, qui s’intériorise et qui s’étend, qui s’amplifie toujours plus loin et plus profond.
Il y a tout d’abord la Pentecôte de Jérusalem, en milieu juif , des juifs de différentes régions mais des juifs quand même (Ac. 2, 1-41) Nous avons entendu ce récit. Plus tard, se produit une « pentecôte » en pays Samaritain (Ac 8, 5-25) « L’Esprit n’était encore tombé sur aucun d’eux, ils avaient seulement reçu le baptême au nom du Seigneur Jésus. Pierre et Jean se mirent donc à leur imposer les mains et les Samaritains recevaient l’Esprit Saint ». survient ensuite une troisième « pentecôte », en contexte païen ( Ac 10, 1-11,18). Ici l’Esprit Saint bouscule les habitudes et ne respecte pas l’ordre prévu, ces païens reçoivent l’Esprit et Pierre doit le constater. C’est le grand pas en dehors de la culture juive. Bien qu’ils ne soient pas circoncis, Pierre va baptiser ces païens et il s’explique, comme s’il devait s’excuser, comme s’il avait commis une faute : « Quelqu’un pourrait-il empêcher de baptiser par l’eau ces gens qui, tout comme nous, ont reçu l’Esprit Saint » ? Finalement, cette communication progressive de l’Esprit Saint nous atteint à Bruxelles et aujourd’hui, nous aussi. Qu’en est-il, et comment cela se manifeste-t-il ?
Revenons à notre événement en soulignant deux critères de l’Esprit : le dépassement de la peur et une étonnante capacité de communication. Le dépassement de la peur, nous en faisons l’expérience comme européens de différentes générations. D’autres peurs sont apparues, par exemple entre religions ou bien avec la crise économique. Tout ce qui permet de les dépasser participe de l’Esprit Saint.
En ce qui concerne la communication, je suis sensible à l’aspect surnaturel. La Pentecôte, c’est :
➢ La révélation de Dieu, manifestation de l’absolu, comme Amour vainqueur et Pardon inconditionnel. Là réside l’authentique toute-puissance du Dieu chrétien.
➢ Mais c’est, du même coup la révélation de Dieu comme relation, comme Père, Fils et Saint Esprit, comme foyer d’une unité si forte qu’elle respecte la diversité.
➢ C’est le don de l’Esprit, la communication d’un Esprit nouveau, au sens d’une logique nouvelle, « folie pour les hommes », dira saint Paul, mais « sagesse de Dieu », où la puissance se manifeste par sa capacité de vulnérabilité, où la vie n’a pas peur de la mort, car elle l’assume et va au-delà, où l’avenir s’ouvre au plein cœur de l’impossible, parce que rien n’est plus jamais impossible ; et où ce qui paraissait définitivement perdu se trouve retrouvé, renouvelé, recréé, ressuscité.
La Pentecôte, c’est un processus de communication exceptionnel où bien sûr la barrière des langues se trouve dépassée. A Bruxelles, avec les 23 langues officielles du futur Parlement Européen, avec son armée d’interprètes et de traducteurs, sans insister sur le pays lui-même, nous savons ce qu’il en est des différences linguistiques...
On nous dit que chacun entend l’autre dans sa langue maternelle, que cette langue n’est pas effacée au profit d’un globish rétréci. Chaque langue apporte sa richesse culturelle, mais la différence n’est pas une barrière et tous se comprennent. Cela fait rêver comme les programmes publicitaires : l’anglais sans peine, le néerlandais sans peine, en 18 leçons... Il est tellement passionnant de découvrir des mondes culturels différents, des manières de s’exprimer qui puisse nous surprendre et nous stimuler à penser...
Mais peut-on y croire et que faut-il croire ? Qu’il y a un programme de traduction automatique enfin fiable et parfait ? N’y a-t-il pas dans une certaine façon de percevoir la Pentecôte, quelque chose d’un peu trop merveilleux et magique ? L’Esprit Saint nous montre le chemin. Il le fera pas à notre place. « Les soldats batailleront et Dieu remportera la victoire » disait Jeanne d’Arc. Il ne sert à rien d’invoquer l’Esprit Saint si l’étudiant n’a pas voulu étudier...
La Pentecôte est un processus. Dimanche dernier le récit des Actes des Apôtres nous présentait la procédure suivie pour remplacer Judas : le tirage au sort. C’est un peu primitif comme moyen de choisir les leaders. Imaginez que l’on choisisse le prochain cardinal par tirage au sort, ou les prochains députés européens.
L’Esprit Saint nous a appris progressivement à trouver une meilleure manière de nous organiser.
L’Esprit Saint nous apprend à ne plus avoir peur les uns des autres.
L’Esprit Saint nous apprend à respecter les diversités culturelles et à former l’unité dans un dialogue et non pas dans une réduction à l’uniformité.
Il ne le fait pas à notre place, il s’efface pour nous personnaliser, pour nous responsabiliser.
C’est ce que Thomas d’Aquin disait dans un adage que l’on cite souvent mais dont il faudrait comprendre les conséquences : « gratia non tollit naturam, sed perficit. La grâce ne remplace pas la nature mais la conduit à sa perfection (2 SN, d.9,q.1, obj.8 ; ST1, q.1 ;a.8,resp.2). Autrement dit, il ne suffira pas d’ordonner diacre un bègue pour qu’il lise correctement l’évangile, il faudra qu’il travaille sa diction.
Ainsi donc il n’y a jamais la nature d’un côté et l’Esprit Saint de l’autre. Il n’y a jamais la nature d’un côté et la surnature de l’autre. Il n’y a pas le profane et le spirituel. Tout est naturel et tout est spirituel.
La Pentecôte est un processus par lequel l’Esprit de Dieu conduit l’humanité à participer pleinement à la vie de Dieu. Il ne s’agit pas que nous soyons moins humains pour être plus divins ; tout au contraire, l’Esprit Saint conduit notre humanité à sa perfection
1. la perfection dans la relation, qui suppose déjà de ne plus avoir peur,
2. la perfection dans la communication dans un nouveau regard sur la différence entre les langues, les cultures, les générations
3. La perfection dans l’organisation, pour que nous apprenions les règles d’une vraie fraternité, d’une vraie solidarité.
Le Pape Jean XXIII en lançant le Concile priait pour une Pentecôte sur l’Eglise. Que vienne une Pentecôte sur l’Eglise d’aujourd’hui, sur l’Europe d’aujourd’hui, sur le monde que nous vivons. Et que l’Esprit fasse de nous des filles et des fils de Dieu, pleinement humains et accomplis, enthousiastes et rayonnant de joie.
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