A la sortie de la messe, la semaine dernière, quelqu’un m’a dit en souriant : " nous devons recommencer la célébration, vous avez oublié de souhaiter la Fête des Pères ". Je tiens à remercier cette personne car je n’étais pas au courant vu qu’aucun enfant, et heureusement pour ma réputation, ne m’avait apporté un cendrier en pâte modelée ou un porte bic construit à partir d’un rouleau de papier WC et décoré de coquillage ou encore un petit cadre avec sa main où il est inscrit " Je t’aime papa ". Heureusement que je suis un homme car je me vois mal porter pendant une journée un collier en nouilles peintes, ce que j’ai fait subir à ma propre mère, il y a un peu plus de trente ans.
Cette remarque m’a alors permis de téléphoner à mon père pour lui dire que les commerçants m’avaient fortement invité à lui souhaiter bonne fête. Etant son fils, il connaît mon humour un peu grinçant mais m’a quand même remercié de lui avoir souhaiter cette fête qu’il considère lui aussi comme commerciale. Même si pour moi, ces fêtes sont un peu kitch, je reconnais qu’elles font plaisir aux personnes concernées qui seraient tristes ou vexées si nous les oublions. Fort de ce constat, je me dis que Dieu doit être heureux qu’en ce jour nous fêtions la Trinité. Alors bonne fête à toi Dieu, Père, Fils et Esprit.
Pour comprendre une telle fête nous devons revenir à la théologie du hulla-hop. Vous savez ce cerceau que l’on fait tourner autour du ventre. Le hulla-hop nous rappelle qu’il n’a de sens que s’il est en mouvement. Et il en va de même avec la Trinité. Oui, Dieu est un Dieu en mouvement mais il ne se satisfait pas de ce dernier. Il nous convie à entrer dans son mouvement divin. Comment ? Tout simplement par notre baptême. Dieu nous a donné l’Esprit Saint, celui-ci nous pousse à partir à la rencontre du Christ qui nous ramène toujours au Père et la boucle est ainsi bouclée. Nous sommes donc partie prenante du mouvement de Dieu Trinité. Ce qui est essentiel ici, c’est la notion de mouvement.
Avec Dieu, nous sommes en marche sur le chemin de la vie. Nous ne pouvons pas rester dans un état statique. Nous devons nous mettre en route en nous laissant conduire par Dieu l’Esprit puisque nous sommes, depuis la Pentecôte, dans ce temps-là de Dieu. Et se laisser guider par l’Esprit, c’est accepter de ne plus tout maîtriser, de lâcher prise c’est-à-dire, écrit R. Poletti, c’est vouloir le bien de l’autre en renonçant à prouver quoi que ce soit, c’est accepter que l’autre et que moi-même, je suis ce que je suis et non pas qui j’ai rêvé d’être. Lâcher prise, c’est faire confiance, c’est signer un chèque en blanc sur l’avenir, sur cette vie et sur ce qui lui fait suite car je sais que Dieu l’Esprit m’accompagne sur ce chemin.
C’est également cesser de faire le procès de cette vie qui ne nous donne pas toujours ce que nous en attendions. En d’autres termes, lâcher prise, c’est commencer à être vraiment heureux car, le bonheur, c’est comme un sillage, il suit fidèlement celui qui ne le poursuit pas. Si l’on s’arrête pour le contempler, pour le saisir, il s’évanouit aussitôt. A partir du moment où l’on peut lâcher prise, où l’on ne désire plus être heureux à tout prix, on découvre que le bonheur, c’est cette capacité de garder les mains ouvertes plutôt qu’agrippées à ce que nous croyons nous être indispensable. Cette dynamique divine n’est pas évidente à vivre tellement nous aimons la sécurité et recevoir des garanties de toutes sortes.
Mais Dieu n’est pas ainsi. Il nous invite à la confiance même vis-à-vis de tout ce qui nous semble incompréhensible, mystérieux. Parce que la richesse de la vie se reconnaît dans sa part de mystère. Sans cela, nous n’avancerions plus, nous ferions du sur-place ce qui est contraire à la dynamique divine du mouvement. Mais cette part de mystère dans la vie nous déroute parfois lorsque nous sommes confrontés au départ brutal de toutes ces vies éteintes avant d’éclore. Elles avaient commencé un bout de chemin avec nous puis s’en sont allées soit d’elles-mêmes, soit par décision des parents. Où sont-elles ? Personne ne peut y répondre, si ce n’est que dans la foi, nous sommes conviés à espérer qu’elles sont aujourd’hui en Dieu et qu’elles poursuivent leur mouvement de vie dans l’au-delà. Et accepter cela, c’est également lâcher prise, c’est-à-dire vivre en Dieu.
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