13ème dimanche ordinaire

13ème dimanche ordinaire Didier Croonenberghs

Vous vous souvenez peut-être de “Contact”, une vieille émission télévisée qui donnait des conseils de sécurité routière, avec “Monsieur Sécurité”. Et vous connaissez peut-être également la parodie humoristique de cette émission, qui s’appelait “Faux Contact”, et qui pastichait ce programme en donnant des conseils absurdes pour les usagers de la route. Il y avait notamment le sketch conseillant d’ajouter un rétroviseur arrière, pour faciliter la marche arrière. Et l’humoriste de conclure avec cette phrase absurde :“De même qu’il est utile de voir vers l’arrière à l’aide du rétroviseur avant, il est primordial, en cas de marche-arrière, de voir vers l’avant à l’aide du rétroviseur arrière ”.  Voir vers l’avant à l’aide du rétroviseur arrière… Avouez que derrière cette phrase absurde, il y a comme un clin d’oeil face à notre incapacité, certains jours, de nous projeter en avant! Cela ne vous aura pas échappé, nous vivons dans une culture qui aime regarder en arrière, qui aime mettre des retroviseurs. Que ce soit pour des événements récents ou plus lointains, il y a ce besoin croissant de regarder le passé, de commémorer pour apprendre les leçons de l’histoire! Et bien plus, avec cette forme d’obsession parfois du devoir de mémoire, nous ressassons souvent davantage les événements douloureux que les histoires heureuses. Toutefois, s’il y a un nécessaire et évident besoin de commémoration, il y a aussi cette tendance à se réfugier dans un passé à jamais dépassé, à dire « c’était mieux avant » par peur de vivre l’avenir, par crainte d’affronter les défis d’aujourd’hui. Il peut en effet nous arriver de nous enterrer littéralement dans le passé des morts par peur de nous tourner vers l’avenir des vivants. Et c’est très exactement ce que Jésus pointe dans l’Evangile de ce jour, à trois reprises, par des petites phrases tranchantes qu’il est parfois si difficile à entendre, alors qu’elles nous pressent à vivre plus intensément notre vie. « Le fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête ». « Laisse les morts enterrer les morts », « Quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas fait pour le royaume ».  Trois phrases qui nous rappellent que l’existence ne se vit pleinement qu’en regardant devant. Et si on parle beaucoup aujourd’hui du devoir de mémoire, Jésus nous confronte dans l’Evangile de ce jour à un « devoir d’avenir ». Alors que sa fin est proche —et que dans de tels moments de crise on se tourne souvent vers ce qu’on a été—, Jésus se tourne résolument vers son avenir. Il envoie devant lui des messagers pour préparer sa venue. A ceux qui sont confrontés à leur destinée mais qui regardent l’avenir avec méfiance, les réponses de Jésus sont cinglantes : ne pas s'installer, ne pas se retourner, ne pas se réfugier dans ses sécurités et ses droits acquis. Incompréhensible à première vue. Et pourtant… Ne soyez pas « has been » nous dit Jésus, comme des gens qui « ont été », qui vivent dans leur passé, à ce point aveuglés dans leur présent qu'ils sont incapables de voir un avenir.  L’Evangile de ce jour semble donc bien difficile à vivre. Il ne s’agit en rien de renier ses proches et de se couper de ses racines. Cette forme de « détachement » n’est en rien de l’insensibilité. Il a pour but de nous aider à porter notre regard vers un futur à construire en toute liberté car nous sommes des êtres en devenir, jamais atteints, toujours en évolution, quel que soit notre âge. Bien entendu, il est parfois plus facile et rassurant de conjuguer sa vie au passé, par nostalgie, car nous trouvons ainsi refuge dans les sécurités de nos histoires ou de notre expérience. Nous nous tournons alors vers ce qui est mort en nous, ce qui a déjà vécu. Or si le Christ, nous dit saint Paul, nous a libérés, c'est pour que nous soyons vraiment, réellement libres.  Alors, laissons vraiment les morts enterrer les morts, ne nous enfermons pas dans notre passé. Intégrons-le tout au contraire à nos chemins respectifs et reconnaissons qu'il constitue la richesse de ce que nous sommes devenus, et nous offre un « devoir d’avenir ». Car quand on laisse derrière soi son chez-soi et ses propres sécurités, on découvre, devant soi une terre nouvelle, celle du Royaume. Amen.


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