24ème dimanche ordinaire

24ème dimanche ordinaire Didier Croonenberghs

24ème dimanche ordinaire (année C) Régler ses comptes, ne pas avoir d’ardoise… Etre quitte et libre de toute dette et de tout devoir. Voilà ce que nous recherchons parfois — consciemment ou non— dans nos rapports humains, en particulier lorsque les choses s’enveniment ou que nous traversons des zones de turbulences dans notre vie. Car, il faut bien le reconnaître, il peut arriver que nos relations deviennent un peu “comptables” ! Lorsque le ressentiment ou la colère s’installent, nous faisons des comptes… Bien entendu, vous me direz que les relations humaines et familiales sont faites de gratuité et de don… mais elles aussi façonnées par le contre-don, par cette envie de faire en sorte que la relation, comme un bilan, est bien à l’équilibre… Et bien plus, dans nos lieux de vie —que ce soit au travail, en couple, en famille,— il y a parfois quelqu’un qui s’improvise comptable (pas celui qui est nommé pour cette tâche) mais celui ou celle qui note, qui retient, qui vient souligner les devoirs et les obligations des autres, ou qui leur rappelle qu’il a ses propres droits. C’est celui qui confronte —lorsque la crise s’installe— chacun à ses engagements, qui rappelle ce qui a été dit, ce qui a été fait, et surtout, ce qui n’a pas été fait. Voilà pourquoi, il y a parfois un sorte de livre de compte à l’intersection de nos relations humaines, et quelqu’un pour nous lier à nos devoirs et obligations… L’extraordinaire parabole des deux frères est une des plus belles scènes des Evangiles. Par les deux fils qu’elle met en scène, elle nous présente deux manières de “désajuster nos relations” en tenant un grand livre de compte. En effet, les deux fils de la parabole inscrivent subrepticement du calcul dans la relation qu’ils entretiennent avec leur Père. Regardons le fils cadet. « Père, donne-moi la part de fortune qui me revient », dit-il. Et le père s'exécute sans discussion, comme s'il n'avait pas le pouvoir de s'opposer à ce fils en quête d’autonomie. La relation filiale n'est ici que de la succession. Et c’est comme si ce fils voulait tuer son père… On a même l’impression que ce premier fils regarde son Père comme déjà mort… Voilà une première manière de se désajuster de l’autre : par désir d’autonomie et de liberté, vouloir être indépendant de l’autre. Regardons maintenant l’aîné. Que dit-il ? « Il y a tant d’années que je suis à ton service ». Ici, la relation filiale n’est qu’obligation, grand livre de comptes. Ce second fils n’a pas tué son Père, mais il ne rend pas vivant pour autant… et, dans sa logique marchande, il ne voit en lui —non des droits comme le premier, mais que des devoirs… Voilà une seconde manière de se désajuster de l’autre : ne voir en lui devoirs. Et par excès de zèle, être dépendant de lui. Voilà deux fils qui, finalement, se trompent de Père, se désajustent de lui, par souci d’indépendance ou excès de zèle ! Le premier ne lui donne aucun pouvoir, le second lui en donne trop… Quant à nous, voilà pourquoi on peut véritablement s'écarter de Dieu en s'en croyant tout proche, et paradoxalement s'en rapprocher en s'en sentant éloigné, perdu, égaré… Finalement, cette parabole pose la question de la bonne et juste distance par rapport aux autres, par rapport à Dieu. Il y a une proxémie, c’est-à-dire une juste distance entre les êtres à découvrir chaque jour. Car, il est plus facile qu’on ne le pense de se mettre hors jeu, de se mettre en dehors de sa vie, lorsque nous entrons dans cette logique marchande, du don et du contre-don, du dû et du contre dû !. Car, où commencent dans notre monde d'aujourd'hui le refus d’aimer, si ce n'est dans un cœur qui compte, dans un cœur qui compare, qui n’accueille pas la distance ? Dans un cœur qui n’accueille pas l’autre comme un frère, mais comme le fils d’une autre ! Quand « ton fils » que voilà dit l’ainé… Mais le Père de la parabole vient rappeler à l’ainé que la vraie relation est horizontale, et que le cadet est avant tout son frère… Oui, c’est bien dans notre propre cœur lorsqu’il se met à comparer, que vient notre refus d’aimer, de pardonner ou d’être pardonner, que vient notre besoin de compter ? Au contraire, seul l’amour vrai, celui qui sait s’émouvoir sans se perdre, celui accepte la distance sans se désintéresser, celui qui accueille sans étouffer, celui qui donne sans comparer c’est cet amour qui emporte dans sa folie la comptabilité des hommes, nos logiques marchandes, pour accueillir la gratuité de Dieu. Voilà vraiment une parabole pour des retrouvailles, celle du père dévoilé, celle du frère retrouvé. Puisse cette quête constante de vérité —de proximité et de distance dans nos relations— nous accompagner tout au long de cette année. Amen.

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