29ème dimanche ordinaire

29ème dimanche ordinaire Philippe Henne

            Notre Seigneur Jésus-Christ l’a un peu facile.  Prier, nous dit-il, répétez sans cesse votre demande et vous serez exaucé.  Tel n’st pas notre expérience quotidienne.  Combien de fois n’entendons-nous des femmes er des enfants, et même des hommes, constater le silence du ciel face à leurs demandes.  Evidemment, on pourra toujours dire que c’était et que ce sont des demandes intéressées, la fin d’une maladie, la réconciliation dans un couple, l’engagement dans un nouveau travail.  Mais rien n’y fait : la question reste : à quoi ça sert de prier ?

            Et voilà que se pose une nouvelle question : faut-il tout juger par rapport à quoi ça sert.  A quoi ça sert d’être ici dans une église ? à quoi ça sert de célébrer une messe ? à quoi ça sert de parler ? A rien, sauf à exister.  Oui, la plus belle chose dans la vie ne mesure pas à son efficacité, ni à sa rentabilité, mais au plaisir d’être ensemble.

            C’est vrai que e être marié avoir des enfants, c’est une perte de temps et d’argent.  Et pourtant c’est indispensable.  Passer une soirée avec des amis, rencontrer ses enfants ou ses parents, c’est important.

            Et c’est un peu la même chose avec la prière.  Ça sert à quoi de prier ? A rien, si ce n’est au plaisir de rencontrer quelqu’un, quelqu’un de sympathique et de gentil, et même quelqu’un qui nous veut du bien. 

            Vous me direz alors : à quoi ça sert de répéter les mêmes choses ? Entièrement d’accord, à quoi ça sert de dire bonjour à quelqu’un dans sa famille, dans son boulot, dans sa rue ? A rien, sauf à lui donner la possibilité de nous dire quelque chose de merveilleux.  Un jour, on croise quelqu’un qu’on connaît, on lui dit bonjour et on lui demande comment ça va et soudain il nous raconte plein de choses sur sa vie présente, ses ennuis, ses joies.  Prier, c’est comme dire bonjour à quelqu’un, c’est donner à Dieu l’occasion de nous dire quelque chose. 

            Et puis, prier, est-ce que c’est nécessairement dire beaucoup de choses ? N’est-ce pas simplement le plaisir d’être ensemble ? Et de se rappeler l’une des plus belles choses que Dieu nous offre, la vie, le bonheur de connaître son amour, et de partager avec lui simplement quelques instants d’intimité.

            C’est pourquoi j’aime beaucoup la prière du matin.  Se lever et dire merci au Seigneur d’être là avec lui, et puis prier avec l’Eglise tout entière suivant les prières du bréviaire.  Je ne suis pas seul à prier, avec moi, aujourd’hui, ce matin il y a tellement d’hommes et de femmes qui se lèvent et qui prient avec moi.  Et les mots que j’utilise, et les mots qu’ils utilisent, ce sont les mêmes paroles.  Nous sommes tous ensemble pour prier.  Oui, je ne suis pas seul pour prier.  Le peuple de Dieu est avec moi et autour de moi. 

            Alors regardons deux, trois personnes qui ont prié.  Il y a Maximilian Kolbe, ce franciscain polonais qui a donné sa vie pour un autre prisonnier au camp d’extermination d’Auschwitz.  Il a prié pour aimer.  Et dans le bunker de la mort, il a continué à chanter les psaumes.  Il y a la Vierge Marie qui est restée avec les apôtres dans le Cénacle après l’ascension de Notre Seigneur Jésus-Christ et avant la descente de l’Esprit saint lors de la Pentecôte.  Elle a médité tous les événements de sa vie, non pas avec rancune et regret (car elle a tout perdu, son fils, sa famille, son village), mais avec confiance en son Dieu.  Qui sait ce que tout cela, toutes ces souffrances, tous ces échecs, toutes ces rencontres, peuvent donner ? Dieu seul le sait.

            Tout n’est qu’erreur.  Tout n’est que réussite quand on remet tout à Dieu.  Jésus lui-même n’a-t-il pas hurlé, plein de crainte, sur le mont des Oliviers, le soir même de sa trahison : « Père, si c’est possible, éloigne de moi cette coupe ».  Mais n’ajoute-t-il pas aussitôt : « mais non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. »  Jésus fait confiance à son père comme un enfant fait confiance à sa mère lorsqu’elle le conduit chez le dentiste.  L’enfant fait confiance à sa mère lorsqu’il est conduit, seul, sans elle, vers la salle d’opération.  Tout semble perdu, mais tout est nouveau.  Retrouvons la douceur de la présence de Jésus dans notre prière et surtout disons-lui avec confiance : « que ta volonté soit faite ».


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