2ème dimanche du temps ordinaire

2ème dimanche du temps ordinaire Philippe Cochinaux

Cela fait déjà plusieurs semaines qu’il était absolument insupportable. C’était la crise d’adolescence, paraît-il. Sa maman n’en pouvait plus. Un soir, exaspérée par l’attitude de son fils, elle lui fit savoir que dorénavant, elle ne lui adresserait plus la parole si ce n’est, en bonne chrétienne, par des citations bibliques. Le lendemain matin, comme à son habitude, le fils n’était toujours pas levé et risquait une fois encore d’arriver en retard à l ’école. Elle cria plusieurs fois son prénom de la cage d’escalier mais rien n’y fit. Il n’y avait aucun signe de vie dans la chambre du fils. Enervée, la mère monta, ouvrit la porte de la chambre et voyant son fils encore couché lui dit : « Luc 8, 54 : ‘Lève-toi et marche’ ». L’enfant la regarda médusé, laissa retomber sa tête sur l’oreiller puis, tout en remontant la couette, dit à sa mère : « Jean 2, 4 : ‘Femme, que me veux-tu ? mon heure n’est pas encore venue’ ». Mon heure n’était pas encore venue, dit Jésus dans l’évangile que nous venons d’entendre et pourtant elle venait de sonner à l’instant puisqu’aussitôt il se mit au travail. Il manifesta de la sorte sa gloire et ses disciples crurent en lui. Nous avons chacun notre heure. Et elle a sans doute déjà sonné pour la majorité d’entre nous ce soir. Comment le savoir ? Peut-être en acceptant tout simplement que Dieu continue de se manifester à nous pour que nous croyons en lui. Lorsque nous vivons de telles manifestations, nous pouvons être habités par au moins deux attitudes. La première est de l’ordre de la quête de la compréhension, la seconde est de l’ordre de l’émerveillement de l’instant présent. Avec la première attitude, nous sommes éblouis par ce qui se passe devant nos yeux et nous ne comprenons pas. Frustrés de ne pas comprendre ce qui nous arrive, nous nous mettons à chercher, à vouloir briser le mystère, à expliquer ce qui nous semble inexplicable. Toutefois, dans la vie, il y a parfois des manifestations qui ne s’expliquent pas, qui ne se comprennent pas. Elles sont tout bonnement enveloppées d’un mystère. Tel fut le cas à Cana. Et il en va ainsi de toutes nos relations d’amour et d’amitié. Elles sont chacune teintées d’un mystère. L’amour et l’amitié ne sont pas des équations mathématiques que nous pouvons résoudre. Nous ne pouvons entrer dans un tel mystère qu’en nous laissant vivre au son de cette tendresse offerte. Et heureux, sommes-nous car il en va de même avec la foi. Un jour nous avons été touché, voire ébloui, par quelque chose de plus grand que nous. Nous avons reconnu Dieu qui se manifestait à nous par le biais de nos contemporains. Depuis ce jour, Il ne nous lâche pas et nous attend toujours lorsque nous empruntons des routes escarpées. La foi ne s’explique pas. Elle se vit ou mieux encore, elle nous émerveille et nous fait entrer dans le merveilleux don de l’abondance divine. Telle est la deuxième attitude possible face au mystère. A Cana, nous n’avons pas à chercher à comprendre la transformation de l’eau en vin. Non, nous sommes plutôt invités à nous émerveiller d’un tel don, à nous réjouir de cette manifestation divine d’abondance et d’en faire une véritable fête de la rencontre. Vivons pleinement cet instant présent. Lors des fêtes de l’Epiphanie, du Baptême de Jésus ou encore des noces de Cana, nous célébrons quelques manifestations du Père révélé par le Fils dans l’Esprit. Et ce qui est merveilleux dans l’expérience d’une foi vivante, c’est d’être encore capables deux mille ans plus tard de nous réjouir de toutes les manières dont notre Dieu continue de se manifester à nous. En effet, souligne le prophète Isaïe : « Comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie de ton Dieu ». C’est donc par notre joie que Dieu se manifeste aujourd’hui encore. Ne craignons pas de nous enivrer de la foi divine. Dans l’abondance du don de Cana, le Fils vient souligner l’abondance du don divin. Vivons l’instant présent de cette ivresse divine. Par notre joie, nous sommes devenus les dons de l’Esprit de Dieu au cœur de notre humanité. Mais avons-nous vraiment des airs joyeux de sauvés ? Regardons-nous dans un miroir. Il y va de notre responsabilité. Notre heure est venue. Amen


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