4ème dimanche de Carême

4ème dimanche de Carême Laurent Mathelot

4ème Dimanche de Carême, de Lætare

Jos 5, 9a.10-12 – Ps 33 (34), 2-3, 4-5, 6-7 – 2 Co 5, 17-21 – Lc 15, 1-3.11-32

 

Nous sommes à la mi-carême, réjouissez-vous.

 

C'est en effet aujourd'hui le dimanche de Lætare, et c'est ce que signifie ce terme : réjouissez-vous.

 

Lætare est le mot qui ouvre l'introït du propre de la messe de ce matin, le premier mot de la version latine d'un verset du Livre d'Isaïe : « Réjouis-toi, Jérusalem ! Exultez en elle, vous tous qui l’aimez ! Avec elle, soyez pleins d’allégresse, vous tous qui la pleuriez ! Alors, vous serez nourris de son lait, rassasiés de ses consolations ; alors, vous goûterez avec délices à l’abondance de sa gloire. » [Isaïe 66, 10-11]

 

Notre exercice spirituel – notre carême – consiste à nous rendre volontairement au désert ; à organiser en nous la faim ; à vouloir nous pencher sur notre manque et la vivacité de notre désir ; pour mieux savourer ensuite le don de Dieu ; la joie dont rayonne Jérusalem ; le salut d'une Terre promise ; et pour nous – ici et maintenant – la paix du Christ en nos cœurs.

 

Nous sommes à mi-chemin. Il reste moins à parcourir que ce que nous avons déjà parcouru. Réjouissez-vous, la délivrance est plus proche de nous ; que les déserts que nous sommes en train de quitter. La mi-carême symbolise cette frontière, où l'on passe des larmes, de la soif et de la récrimination – proprement de la souffrance du désert – à la première vision d'une Terre promise, au soulagement que Dieu promet, à la joie de se sentir enfin tournés vers la Paix.

 

Les versets que nous venons de lire du livre de Josué symbolisent à merveille ce moment, ce passage de la considération du désert – de la faim et du manque – à celle d'une terre d'abondance d'où émanent délivrance et Salut, une terre où coule le lait et le miel. Les fils d'Israël sortent du désert comme nous entamons aujourd'hui notre sortie de carême : nous avons déjà accompli le plus gros de l'effort, la délivrance est proche. Imaginez, nous sommes à ce moment précis où la vigie crie après la traversée d'un océan : « Terre, terre ! ». Nous sommes là, à ce moment d'exultation et de joie. Oui, réjouissez-vous ! votre délivrance est effectivement en vue.

 

Comment ne pas faire de rapprochement entre le cri de la vigie qui voit enfin la terre tant espérée et les paroles du psaume que nous venons de chanter : « Magnifiez avec moi le Seigneur, exaltons tous ensemble son nom. Je cherche le Seigneur, il me répond : de toutes mes frayeurs, il me délivre » ?

 

Le désert que nous quittons, c'est évidement le manque de la présence de Dieu dans notre vie ; la faim que cherchons à éprouver pendant ce carême, c'est celle de la miséricorde de Dieu, de ses dons pour nous. Et pour nous Chrétiens, c'est la faim de l'amour du Christ qui nous anime. Comme le dit S. Paul, notre Terre promise par le Christ, c'est la réconciliation avec Dieu. Réjouissez-vous : « Dieu n’a pas tenu compte des fautes ».

 

La mi-carême c'est précisément ce moment où le fils prodigue accablé par la famine décide de se lever et de retourner vers son père et, pour le père, c'est exactement cet instant où il aperçoit son fils revenir au loin : « mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ». Quel soulagement pour le fils de voir la joie de son père de loin ; et quelle joie pour nous aujourd'hui de nous souvenir de ce soulagement.

 

Essayons d'encore mieux saisir cet instant : le fils a gaspillé l'héritage de son père en vain ; il a sombré dans la déchéance jusqu'à désirer disputer leur nourriture aux porcs ; il ne s'estime plus digne d'être considéré comme fils ; indigne de l'amour de Dieu. Il est pétri de honte. Et pourtant, il trouve le courage de se lever et de retourner vers son Père, le courage d'affronter sa honte ; le courage d'une démarche de réconciliation. Il ne le sait pas encore, mais à ce moment précis, sa vie se tourne à nouveau vers la joie – la joie de son père qui le voit revenir, une joie débordante qui demande d'apporter le plus beau vêtement pour l’habiller, de tuer le veau gras, de manger et de festoyer.

 

Le dimanche de Lætare symbolise cet instant de toutes les traversées du désert dans notre vie ; précisément ce moment où la délivrance apparaît enfin en vue ; quand la vigie de notre cœur entrevoit à nouveau la terre de son repos ; quand l'espérance reprend subrepticement le dessus sur la tristesse ; quand nous entrevoyons à nouveau possible la réconciliation avec la tendresse du Père.

 

Et devant nos yeux, c'est alors l'image d'un Père débordant de joie qui se présente. Il y a une exubérance de Dieu à nous voir revenir vers lui. C'est déjà cet avant-goût de la fête qui se présente à nous aujourd'hui. « Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ! » disait le répons du psaume.

 

Nous sommes encore dans l'effort, c'est vrai. Et on peut rapprocher cet effort de celui de se tourner vers le sacrement de réconciliation, cet effort du fils qui se lève et repars enfin vers son père, qui vainc la honte et ressuscite ainsi déjà à la vie. La mi-carême nous invite à redécouvrir que cet effort s'imprègne déjà de joie.

 

Le dimanche de Lætare est en soi une première anticipation de Pâque ; c'est le jour où se célèbre l'avant goût de la résurrection, le jour où l'exubérant amour du Père envers nous revient à notre esprit – précisément l'instant où la joie, après les larmes et la souffrance, ressurgit.

 

Alors si vous êtes inscrits dans une démarche de carême, faites de ce jour – je vous en prie – un jour de fête ; faites de ce jour un jour de joie ; un jour où vous méditez sur le sentiment de délivrance ; un jour où vous vous penchez sur la résurrection, en vous, de la joie.

 

« Réjouis-toi, Jérusalem ! Exultez en elle, vous tous qui l’aimez ! Avec elle, soyez pleins d’allégresse, vous tous qui la pleuriez ! » Car c'est aujourd'hui la joie du fils prodigue et ce sera demain la joie du Fils ressuscité. Notre Père est là qui nous attends ; le Christ a déjà commencé à nous réconcilier avec Lui.

 

Aujourd'hui, particulièrement, soyez donc dans la joie.

 

 

 

 


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