5ème dimanche de Carême

5ème dimanche de Carême Philippe Henne

Il est mort. Je parle de l’homme adultère. Quand un couple est pris en flagrant délit d’adultère, l’homme est aussitôt mis à mort. Il n’y a pas de discussion et cela se fait tout de suite. Inutile de discuter : il y a flagrant délit. Il est inutile d’attendre : il n’y a pas de prison et on n’a pas le temps de garder ou de nourrir un prisonnier qui ne fait rien. Il faut travailler. Donc, dans la Bible, pas de problème : en cas d’adultère, l’homme est aussitôt mis à mort (Lévitique 20, 10). Pour la femme, c’est plus compliqué. Si le couple est surpris dans la campagne, la femme est épargnée. On ne lui fait rien. Il est possible qu’elle ait été agressée, violée. Il est possible qu’elle ait crié et que personne n’ait rien entendu (Deutéronome 20, 27). Elle jouit du bénéfice du doute. On ne lui fera rien.

            Voilà le contexte de cette scène. Les juifs présentent à Jésus une femme prise en flagrant délit d’adultère. Jésus aurait dû demander aussitôt : était-ce à la maison ou à la campagne ? Il ne dit rien. Il fait juste remarquer : « que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre ». Et saint Jean d’ajouter, plein de perfidie : « ils se retirèrent un à un, à commencer par les vieux ». Et c’est bien là la question que Jésus pose à chacun d’entre nous : sommes-nous tous avec une pierre en mains, toujours prêts à lapider, toujours prêts à salir l’honneur et la réputation de notre voisin ?

            Jésus ne minimise pas la faute commise. Il ne dit pas que rien ne s’est passé. Il n’est d’ailleurs pas dupe. La femme ainsi accusée ne dit rien. Elle n’essaie même pas de se disculper. Son silence est un aveu. Jésus lui dit : « ne pèche plus. » Il affirme et il reconnaît la faute commise.

            Mais quand il lui dit : « ne pèche plus », il lui dit de retourner chez son mari, car une femme, selon la loi de Moïse, ne peut pas travailler pour gagner sa vie. C’est le drame des veuves. Si elles ne sont pas prises en charge par leur famille, elles sont condamnées à mourir de faim. C’était le cas de la veuve de Sarepta (1 Rois 17, 8 – 16). Lorsqu’Elie la rencontre, elle était en train de préparer la poignée de farine qui lui restait, elle allait manger cette galette de pain et ensuite se laisser mourir de faim. Quand Jésus lui dit : « ne pèche plus », il invite la femme adultère à retourner chez son mari et à reprendre la vie conjugale.

            Et c’est là sans doute le défi qui est lancé à son mari : accueillera-t-il son épouse fautive ? Va-t-il, par la suite, lui faire sentir qu’elle a fauté ? Et c’est là toute la différence avec Jésus. Jésus lui dit : « ne pèche plus. » Il nous dit à chacun d’entre nous : « viens, on recommence tout à zéro. » Et c’est là le défi qui nous est lancé : lâcher les pierres que nous tenons en main, ôter les pierres de nos échecs et de nos erreurs qui écrasent notre cœur et qui nous empêchent de pardonner et d’être pardonné.


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