Quatrième dimanche de l'Avent (C)

Auteur: Didier Croonenberghs
Date de rédaction: 19/12/21
Temps liturgique: Avent
Année liturgique : C
Année: 2021-2022

4ème dimanche de l’Avent

 Vous avez peut-être déjà entendu parler du film Lola rent. Dans ce film, une même histoire est racontée plusieurs fois, avec des points de vue différents. Dans les évangiles de l'enfance, nous avons cette même approche : chez Matthieu, nous lisons l'histoire de la naissance de Jésus à travers les yeux de la foule et de Joseph ; dans l'Évangile de Luc, nous découvrons la naissance de Jésus à travers le regard de Marie.

Et à la lecture de l’évangile, un détail auquel je n’avais jamais prêté attention m’a frappé : « Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse de Judée ».  Se rendre avec hâte dans une région montagneuse ! Non seulement, c’est difficile…. Mais c’est comme si Marie prenait la fuite… telle une adolescente qui ne supporte plus la lourdeur des regards posés sur elle ! D’ailleurs, plus loin dans l’évangile de Luc, la montage de Judée est associée à la fuite. « A ce moment-là, ceux qui seront en Judée devront fuir dans les montagnes. » 

Nous pouvons bien sûr avoir une lecture très édulcorée du récit de la visitation… Quant à moi, je préfère cette idée qui veut que Marie prenne la fuite… qu’elle fugue, qu’elle quitte son village et cherche refuge dans la montagne ! Car l’histoire de Marie, fiancée à Joseph et enceinte avant son mariage a certainement dû faire jaser ! Comme l’écrit Marion-Muller Colard, ce n’est pas tant une visite amicale que Marie fait à sa cousine, qu’une demande d’asile… Ce que Marie traverse est sans doute bien trop lourd à porter. Et le regard des autres difficile à vivre. 

Et nous ? N’y a-t-il pas des histoires —qu’elles soient heureuses ou douloureuses— que nous ne pouvons porter seul, que nous ne pouvons partager publiquement ? C’est alors qu’il faut fuir dans le bon sens du terme : il nous faut chercher le bon refuge, qui n’est pas un paradis artificiel… Refuge dans l’amitié, le lien de confiance et de proximité, de famille… Ce récit nous rappelle donc que notre vérité est toujours relationnelle. Qu’elle se vit dans l’hospitalité… Le seul bon refuge appartient à l’intime d’une rencontre, d’une visitation entre deux êtres, ouverts à l’inconnu, à la fécondité d’un dialogue.

Marie, donc, fuit à la montagne. Elle fuit ceux qui accusent.  Elle prend distance, se place loin de ceux qui pensent connaître la vérité. Elle fuit avec empressement la suspicion de ceux et celles qui parlent, pour aller dans la maison de Zacharie, celui qui se tait ! Dans ce récit —vous l’aurez remarqué— il y a deux grands absents, deux hommes à l’écart, deux figures silencieuses : Zacharie le muet, et Joseph l’absent. Comme si ce récit de la visitation entre deux femmes enceintes nous invitait à être davantage « maternants » les uns pour les autres ! Non pas maternel, mais maternant !

Voilà pourquoi le récit de la visitation nous interroge sur la manière avec laquelle nous lisons, nous recevons chaque événement. Sommes-nous vraiment maternants ? Toujours capable de voir ce qui peut grandir ?
Lorsque le doute, la peur s’installe, prenons nous la route de la méfiance et de la suspicion ? Ou choisissons-nous le chemin plus difficile de l’ouverture et de l’accueil, de la maternité ? Allons-nous, comme Marie, vers ces régions montagneuses de la confiance, de l’amitié, de l’écoute du silence ?

Soyons à l’écoute de l’esprit en nous, pour être vraiment maternants… Être maternant, c’est, comme Marie,

se mettre en route, même dans l’adversité ; même vers la montagne, pour s’en remettre aux gestes qui parlent plus que les mots ;
trouver un vrai refuge dans le dialogue, dans un lien de famille… Être maternant, c’est, comme Élisabeth, Écouter ce qui parle en nous, se fier à nos instincts plus qu’à nos raisonnements….  à nos ventres, nos tripes, plus qu’à nos têtes !

Être maternant, c’est offrir inconditionnellement des mots tendres de salutation, de bénédiction, c’est entendre les besoins de proximité autour de nous, c’est être à l’écoute de la tendresse qui tressaille en l’autre. Être maternant, c’est, comme pour Marie et Elisabeth : parler avec ce qui au fond de nous est fécond, et écouter ce qui en l’autre peut grandir ! Que cet esprit de joie, d’ouverture et de fécondité nous guide vers l’inouï de Noël. Amen.

 

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