27ème dimanche du temps ordinaire

Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique: A
Date : 8 octobre 2023
Auteur: André Wénin

« La paix de Dieu […] gardera vos cœurs et vos pensées
dans le Christ Jésus. »

(Lettre aux Philippiens 4,7)

Le texte de l’Ancien Testament et celui de l’évangile de Matthieu sont tous deux des paraboles parlant de vigne. Dans la Bible, la vigne est une image qui figure volontiers Israël. Plus précisément, en tant que symbole de l’amour, elle évoque le peuple en tant qu’objet de l’amour du dieu qui s’est allié à lui. Dans les deux lectures, c’est le thème d’une histoire qu’un prophète, Isaïe ou Jésus, raconte à ses interlocuteurs pour interroger leur façon d’être et d’agir, avant de prononcer un jugement sévère. De cette façon, ils déploient une pédagogie énergique qui cache l’espoir que ces gens ouvrent les yeux et se détournent de leur comportement.

La lamentation d’Isaïe (Isaïe 5,1-7)

Je veux chanter pour mon bien-aimé le chant de mon bien-aimé pour sa vigne.

Mon bien-aimé avait une vigne sur un coteau fertile. Il en retourna la terre, en retira les pierres, pour y mettre un plant de qualité. Au milieu, il bâtit une tour de garde et creusa aussi un pressoir. Il en espérait de beaux raisins, mais elle en donna de mauvais.

Et maintenant, habitants de Jérusalem, gens de Juda, soyez donc des arbitres entre moi et ma vigne ! Que pouvais-je faire pour ma vigne que je n’aie fait ? Pourquoi, alors que j’espérais de beaux raisins, en a-t-elle donné de mauvais ?

Eh bien, je veux vous faire savoir ce que je vais faire à ma vigne : enlever sa clôture et elle sera dévorée [par les animaux], ouvrir une brèche dans son mur et elle sera piétinée. Je ferai d’elle une pente dévastée ; elle ne sera ni taillée ni sarclée, et il y poussera des épines et des ronces ; j’interdirai aux nuages d’y faire pleuvoir la pluie.

Oui ! La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël. Le plant qui faisait son plaisir, ce sont les gens de Juda. Il en espérait le droit, et voici le crime ; il en attendait la justice, et voici les appels au secours.

Le prophète Isaïe s’inspire-t-il de son prédécesseur Samuel ? (Non, évidemment : je fais seulement dialoguer deux textes du corpus prophétique de l’Ancien Testament.) Après que le roi David a commis l’adultère et tué le mari cocu pour couvrir son premier méfait, ce prophète l’aborde en lui rapportant un délit en vue de le pousser à juger le coupable. En réalité, son histoire cache celle de David. Aussi, au moment de prononcer la sentence sous le coup de l’emportement, le roi ignorait qu’il se jugeait lui-même ! (2 Samuel 12,1-7)

Il en va de même ici. Au nom d’un bien-aimé anonyme, le prophète entonne un chant qui, à en croire les termes de l’introduction, promet d’être joyeux. Sur un rythme rapide, il évoque le travail enthousiaste du bien-aimé dans la vigne. Avec entrain, il fait tout pour qu’elle soit belle et bonne ! Aussi, partage-t-on son espoir que les fruits seront à la hauteur des soins dont il a entouré les plants. Mais deux mots suffisent pour transformer en cauchemar cette histoire si bien entamée – le temps de constater que la vigne porte des raisins sauvages.

Prenant le relais du prophète, le bien-aimé lui-même interpelle ceux qui ont entendu l’histoire. Il en appelle à eux pour qu’ils jugent du bien-fondé de ce qu’il va faire à une vigne qui n’a pas répondu à sa sollicitude et a cruellement trahi ses espoirs. Peut-il faire autre chose que de la vouer à redevenir une friche ? Les auditeurs qui ont partagé son espoir puis sa déception lui donneront certainement raison. C’est alors que, soudain, ces juges qui n’ont pas manqué de condamner la vigne se retrouvent sur la sellette. La vigne ingrate, c’est eux ! En vertu de l’alliance, Dieu attendait d’Israël qu’il soit un peuple où la justice règne. Or, l’inverse s’est produit, ce que deux jeux de mots soulignent en hébreu : au lieu du droit (hébreu mishpate), Israël s’est adonné au crime (mispakh) ; chez lui, ce n’est pas la justice (tsedaqah) qui domine, c’est le cri des malheureux dans la détresse (tse‘aqah). Cette surprise finale imaginée par un prophète pédagogue vise à réveiller les consciences endormies, à ouvrir les yeux des gens sur une réalité qu’ils ne voient pas ou ne veulent pas voir. Du moins elle cherche à la leur faire voir avec les yeux de Dieu lui-même, à partir de son espoir déçu.

La suite du chapitre aligne une série de sentences commençant par le mot « Malheur ! ». Y sont pointés du doigt différents comportements qui préparent le malheur de ceux qui les adoptent. Ces comportements sont les « crimes » qui provoquent le « cri des malheureux » et déçoivent cruellement le dieu de l’alliance : accaparement des maisons et des terres ; beuveries des arrogants qui peuvent se les permettre et qui s’y aveuglent sur ce qu’ils font en réalité ; ironie vis-à-vis d’un dieu apparemment inactif voire impuissant ; mensonge qui fait passer le mal pour du bien et inversement ; illusion de posséder la sagesse et l’intelligence ; détournement de la justice au profit des méchants et au détriment des innocents. Comportements de contemporains d’Isaïe, comportements de toujours… Qui ne peuvent qu’engendrer malheur, aliénation, destruction, ténèbres et mort – des conséquences que le prophète détaille, dans l’espoir que ceux qu’il interpelle voudront les éviter à tout prix et reviendront à Dieu pour vivre dans le droit et la justice (lire Isaïe 5,8-25).

L’accusation de Jésus (Matthieu 21,33-43)

La parabole que Matthieu (tout comme Marc et Luc) fait prononcer à Jésus à l’adresse des grands prêtres et des anciens du peuple reprend presque littéralement le début du chant d’Isaïe. Mais une fois la vigne plantée et protégée, le scénario change : il est question de vignerons qui louent la vigne pour la cultiver en l’absence du propriétaire. Et cette fois, la vigne porte du bon fruit.

« Écoutez cette parabole. Un homme était propriétaire d’un domaine ; il planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour de garde. Puis il loua cette vigne à des vignerons, et partit en voyage. Quand arriva le temps des fruits, il envoya ses serviteurs auprès des vignerons pour se faire remettre le produit de sa vigne. Mais les vignerons se saisirent des serviteurs, frappèrent l’un, tuèrent l’autre, lapidèrent le troisième. De nouveau, le propriétaire envoya d’autres serviteurs plus nombreux que les premiers, mais on les traita de la même façon. Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : “Ils respecteront mon fils”. Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux : “Voici l’héritier : venez ! tuons-le, nous aurons son héritage !” Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. Eh bien, quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? » Ils lui répondent : « Ces misérables, il les fera périr misérablement. Il louera la vigne à d’autres vignerons, qui lui en remettront le produit en temps voulu. » Jésus leur dit : « N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : “La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux !” Aussi, je vous le dis : Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits. »

À travers ce qu’il présente comme une parabole, Jésus évoque en réalité sa propre histoire qu’il situe dans le cadre de l’histoire d’Israël simplifiée à l’excès, comme une caricature qui souligne les traits saillants. Pour ses interlocuteurs, les responsables du peuple, ce petit conte doit être transparent. Il parle en effet des chefs à qui Dieu a confié la garde de son peuple pour lui permettre de porter un fruit de justice et de bonté. Il évoque la patience de Dieu vis-à-vis d’Israël à qui, de façon répétée, il envoie ses serviteurs. Il s’agit des prophètes qui, selon la tradition de l’époque basée en particulier sur Jérémie, ont connu la persécution, voire le martyre. Prolongeant l’histoire passée par une évocation du présent, la parabole poursuit en relatant l’envoi du « fils » qui représente le fol espoir du maître d’être enfin accueilli par son peuple. Mais comme les fils de Jacob l’avaient fait avec leur frère Joseph, que le père leur avait envoyé avec une mission de paix (voir Genèse 37,12-20), ils décident de le tuer dans l’illusion qu’ils obtiendront la place du maître.

C’est alors que Jésus rejoint à nouveau Isaïe : comme le prophète, il interpelle ses auditeurs pour qu’ils se prononcent sur ce qu’ils ont entendu et qu’ils imaginent la réaction du maître de la vigne quand il viendra après le meurtre de son fils. Il ne pourra que sanctionner durement les méchants vignerons, leur arracher la vigne avec la force qu’ils ont mise à s’en emparer, et la confier à des gens honnêtes qui sauront être de loyaux serviteurs. Jésus enchaîne alors avec une citation du psaume 118 : à l’aide d’une autre métaphore, celle des bâtisseurs, le psalmiste annonce que les autorités du peuple rejetteront l’artisan du dessein de salut Dieu, mais que leur tentative insensée débouchera sur un échec cuisant. Enfin, Jésus applique l’histoire à ses auditeurs : ce sont eux qui vont vouloir sa mort à lui, le fils. Ils préparent ainsi leur propre perte : c’est une autre nation que Dieu va choisir pour qu’elle porte le fruit de l’alliance dont les chefs d’Israël ont voulu s’accaparer.

Je me demande pourquoi la lecture liturgique s’arrête ici. Le censeur a dû « oublier » le dénouement où l’évangéliste relate la réaction de ceux que Jésus vient de mettre gravement en cause. Mais avant cela, il ajoute des mots menaçants (v. 11, absent de certains manuscrits) : « Celui qui tombera sur cette pierre – celle que Dieu a mise comme pierre d’angle – s’y brisera et celui sur qui elle tombera, elle l’écrasera. » Une telle menace vise la même chose que le prophète Isaïe : amener les fautifs à prendre conscience de la gravité de leur attitude en considérant la dureté du malheur qui les attend s’ils persévèrent. Mais un tel dénouement ne se vérifiera pas (v. 45-46) : Après avoir entendu ses paraboles, les chefs des prêtres et les pharisiens surent que c’était d’eux que Jésus parlait. Cherchant à l’arrêter, ils redoutaient les foules, parce qu’elles le considéraient comme un prophète. Incapables de voir en Jésus un vrai prophète – au contraire des gens du peuple –, les autorités religieuses veulent réduire au silence celui qui met en cause leur façon d’assumer la responsabilité dont ils ont été revêtus au nom de Dieu. Leur bonne conscience les aveugle… Ou leur intérêt !

On peut relire ce passage en pensant à la communauté chrétienne à qui Matthieu adresse son évangile. C’est une communauté qui, pour l’essentiel, est issue du monde judéen. On imagine aisément le déchirement de ceux qui se sont trouvés séparés de leurs frères après avoir adhéré à la foi en Jésus. Certains connaissent probablement le doute : ont-ils raison de s’opposer à eux au nom du Christ ? Matthieu leur répond au moyen de cette parabole. Il y replace le conflit avec les Judéens dans le cadre de l’histoire d’Israël où il situe ce qui est arrivé à Jésus : jeté hors de Jérusalem et tué comme les prophètes avant lui (Passion), il a été reconnu par Dieu lui-même comme la pierre de fondation d’un nouveau peuple (Résurrection). Le peuple chrétien est dès lors la nouvelle équipe de vignerons à qui la vigne a été confiée pour qu’ils en offrent à Dieu les fruits que le peuple de la première alliance ne lui a pas offerts.

On perçoit ici le côté polémique d’une page dont il importe de bien situer la portée. Cette parabole, en effet, ne vaut-elle que pour l’époque de Jésus ou de Matthieu ? Ne rebondit-elle pas à chaque époque de l’histoire de ceux qui disent et croient qu’ils sont le peuple de Dieu ? La communauté et ses responsables sont-ils vraiment ces vignerons honnêtes soucieux d’être au service de la vigne et de son maître ? La fin du texte suggère d’ailleurs une clé de lecture : la vigne est le Royaume de Dieu, c’est-à-dire une façon de vivre ensemble pétrie de justice et d’amour fraternel selon le désir de Dieu. Dès lors, la question devient : est-ce à cela que la communauté des chrétiens s’emploie ? Est-ce en vue produire ce fruit que ses responsables exercent le pouvoir qui leur est confié ? Sans oublier la question soulevée par Isaïe : la communauté est-elle à la hauteur de ce que Dieu désire, à savoir qu’elle porte des fruits de justice ?

26ème dimanche du temps ordinaire

Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique: A
Date : 1er octobre 2023
Auteur: André Wénin

« Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts ;
pensez aussi à ceux des autres. »

(Lettre aux Philippiens 2,4)[1]

Comment utiliser la Bible pour faire de Dieu un être pervers ? (Ézéchiel 18,25-28)

La recette est assez simple : vous prenez un texte qui aborde une question délicate ; vous en extrayez deux ou trois versets qui semblent, à première lecture, rejoindre le sens du passage du Nouveau Testament qui vous intéresse (dans les évangiles, de préférence). Et surtout, vous évitez de contrôler la traduction… Voilà ce qui est infligé ce dimanche au pauvre prophète Ézéchiel (enfin, ce n’est jamais que l’Ancien Testament…). Voici la traduction liturgique du texte. (Dans la citation que j’en ferai plus loin, je soulignerai les erreurs que je corrige.)

Ainsi parle le Seigneur : Vous dites : « La conduite du Seigneur n’est pas la bonne ». Écoutez donc, fils d’Israël : est-ce ma conduite qui n’est pas la bonne ? N’est-ce pas plutôt la vôtre ? Si le juste se détourne de sa justice, commet le mal, et meurt dans cet état, c’est à cause de son mal qu’il mourra. Si le méchant se détourne de sa méchanceté pour pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie. Il a ouvert les yeux et s’est détourné de ses crimes. C’est certain, il vivra, il ne mourra pas.

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25ème dimanche du temps ordinaire

Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique: A
Date : 24 septembre 2023
Auteur: André Wénin

 

« Ayez un comportement digne de l’Évangile du Christ. »
(Lettre aux Philippiens 1,27)

Un dieu déconcertant (Isaïe 55,6-9) 

Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver ; invoquez-le pendant qu’il est proche. Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme d’injustice ses pensées, pour revenir vers le Seigneur de sorte qu’il lui montre sa miséricorde, vers notre Dieu car il est riche en pardon. Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, – oracle du Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées.

Le chapitre 55 d’Isaïe, même s’il n’est pas la fin du livre de ce prophète, a des airs de conclusion. Il achève, en effet, une partie du livre par des réflexions sur la générosité incommensurable de Dieu à l’égard d’un peuple qui l’a pourtant abandonné. Le passage retenu pour la lecture se situe au centre d’une invitation à profiter pleinement de la nourriture que le Seigneur offre gracieusement à travers une parole savoureuse et consistante. Cette parole fait vivre quiconque l’écoute, car elle lui permet d’entrer en alliance avec le seigneur de la vie ; réalisant le désir de Dieu, elle est source de fécondité. En voyant Israël transfiguré par elle, les nations accourront pour entrer à leur tour dans cette alliance vivifiante.

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24ème dimanche du temps ordinaire

Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique: A
Date : 17 septembre 2023
Auteur: André Wénin

« Comme le ciel domine la terre forte est la bienveillance du Seigneur pour ceux qui le craignent ».
(Psaume 103,11)

La question du pardon unifie les deux lectures et le psaume de ce dimanche. L’invitation du Jésus de Matthieu et du sage Ben Sira est particulièrement soulignée : ni rancune, ni vengeance ; pas de colère qui couve, de haine d’autrui, pardon in(dé)fini… Pourquoi donc cette insistance ? N’est-ce pas parce que ces comportements qui ne sont pas spontanés constituent un grave danger pour le vivre-ensemble des humains que nous sommes ?

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23ème dimanche du temps ordinaire

Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique: A
Date : 10 septembre 2023
Auteur: André Wénin

« Oui, il est notre Dieu, nous sommes le peuple qu’il conduit !

– Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? »
(Psaume 63,4) 

Responsabilité prophétique (Ézéchiel 33,7-9)

[La parole du Seigneur me fut adressée :] « Fils d’humain, je t’ai donné comme guetteur à la maison d’Israël. Tu entendras de ma bouche une parole, et tu les avertiras de ma part. Si je dis au méchant : ‘Méchant, tu vas mourir’, et que tu ne parles pas pour avertir le méchant d’abandonner sa conduite, lui, le méchant, mourra par sa faute, mais à toi, je demanderai compte de son sang. Mais, si tu avertis le méchant d’abandonner sa conduite pour qu’il s’en détourne, lui mourra par sa faute, mais toi, tu auras sauvé ta vie. »

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22ème dimanche du temps ordinaire

Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique: A
Date : 3 septembre 2023
Auteur: André Wénin

22e dim. ordinaire A – 3 septembre 2023

« Ton amour vaut mieux que la vie :
tu seras la louange de mes lèvres ! »
(Psaume 63,4)

Pierre, entre le Père et Satan… (Matthieu 16,13-27)[1]

Jésus, arrivé dans la région de Césarée-de-Philippe, demandait à ses disciples : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’humain ? » Ils répondirent : « Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. » Jésus leur demanda : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Alors Simon-Pierre prit la parole et dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » Prenant la parole à son tour, Jésus lui dit : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » Alors, il ordonna aux disciples de ne dire à personne que c’était lui le Christ.

À partir d’alors, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera jamais. » Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il m’accompagne. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera. Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? Et que pourra-t-il donner en échange de sa vie ? Car le Fils de l’humain va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun selon sa manière d’agir. »

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21ème dimanche du temps ordinaire

Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique: A
Date : 27 août 2023
Auteur: André Wénin

21e dim. ordinaire A – 27 août 2023

« Si haut que soit le Seigneur, il voit le plus humble ;
de loin, il reconnaît l’orgueilleux ».
(Psaume 138,6)

Heurs et malheurs des puissants (Isaïe 22,19-23)

Parole du Seigneur adressé à Shebna le maître du palais : « Je vais te chasser de ton poste, t’expulser de ta place. Et, ce jour-là, j’appellerai mon serviteur Éliakim, fils d’Helkias. Je le revêtirai de ta tunique, je lui attacherai ta ceinture, je remettrai ton pouvoir en sa main : il sera un père pour les habitants de Jérusalem et pour la maison de Juda. Je mettrai sur son épaule la clef ouvrant la maison de David : s’il ouvre, personne ne fermera ; s’il ferme, personne n’ouvrira. Je le planterai comme une cheville dans un endroit solide et il deviendra un trône de gloire pour la maison de son père. ».

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20ème dimanche du temps ordinaire

Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique: A
Date : 20 août 2023
Auteur: André Wénin

20e dimanche ordinaire A – 20 août 2023

« Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse,
que ton visage s’illumine pour nous »
(Psaume 67,2)

Un salut offert à tou(te)s (Isaïe 56,1-2.6-7)

Ainsi parle le Seigneur. – Observez le droit, faites la justice, car mon salut approche, il vient, et ma justice va se révéler. Heureux l’homme qui fait ainsi, l’être humain qui s’y attache fermement, observant le sabbat pour éviter de le transgresser, et observant sa main pour éviter de faire un mal quelconque. […]

Les étrangers qui se sont attachés au Seigneur pour l’honorer, pour aimer son nom, pour devenir ses serviteurs, tous ceux qui observent le sabbat sans le profaner et tiennent ferme à mon alliance, je les conduirai à ma montagne sainte, je les comblerai de joie dans ma maison de prière, leurs holocaustes et leurs sacrifices seront agréés sur mon autel, car ma maison s’appellera « Maison de prière pour tous les peuples ».

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19ème dimanche du temps ordinaire

Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique: A
Date : 13 août 2023
Auteur: André Wénin

19e dimanche ordinaire A – 13 août 2023

« J’écoute : Que dira le Seigneur Dieu ?
Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles. »
(Psaume 85,9)

Le Seigneur se fait connaître à Élie (1 Rois 19,8b-13)

[Élie marcha 40 jours et 40 nuits] jusqu’à l’Horeb, la montagne de Dieu. Là, il entra dans la caverne et y passa la nuit. [Et voici : la parole du Seigneur vint à lui. Il lui dit : « Que fais-tu ici, Élie ? » Il dit : « Je suis passionné, oui, passionné pour le Seigneur le dieu des armées, car les Israélites ont abandonné ton alliance : tes autels, ils les ont démolis ; tes prophètes, ils les ont tués par l’épée ; je suis resté moi seul, et ils cherchent à m’ôter la vie ».] Le Seigneur dit : « Sors et tiens-toi sur la montagne devant le Seigneur. Voici : le Seigneur va passer. »

Il y eut un ouragan fort et violent fendant les montagnes et brisant les rochers devant le Seigneur : le Seigneur n’était pas dans l’ouragan. Et après l’ouragan, un tremblement de terre : le Seigneur n’était pas dans le tremblement de terre. Et après le tremblement de terre, du feu : le Seigneur n’était pas dans le feu. Et après le feu, une voix de léger silence. Aussitôt qu’il l’entendit, Élie se couvrit le visage avec son manteau, il sortit et se tint à l’entrée de la caverne…

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18ème dimanche du temps ordinaire

Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique: A
Date : 6 août 2023
Auteur: André Wénin

Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu
qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur.

(Lettre aux Romains 8,39)

Un Dieu généreux dont la parole vivifie (Isaïe 55,1-3)

Ainsi parle le Seigneur : « Vous tous qui avez soif, venez vers l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter sans argent, sans payer, du vin et du lait. Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez-moi attentivement de manière à manger de bonnes choses : vous vous régalerez de plats savoureux ! Tendez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez pour que vous viviez. Je m’engagerai en votre faveur dans une alliance éternelle : ce sont les dons bienveillants garantis à David ».

La deuxième partie du livre d’Isaïe (ch. 40–55) est une ample annonce de bonheur. En voici le cœur : déporté à cause de ses fautes, le peuple est en passe d’être libéré. Bientôt, il rentrera dans son pays où son dieu le ramènera triomphalement. Ce sera un véritable nouvel exode, car le Seigneur refera pour Israël ce qu’il a fait jadis lors de la sortie d’Égypte et pendant la traversée du désert sous la houlette de Moïse.

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Transfiguration du Seigneur

Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique: A
Date : 6 août 2023
Auteur: André Wénin

Fête de la Transfiguration (A) – 6 août 2023

« Le Seigneur est roi ! Exulte la terre ! Joie pour les îles sans nombre !
Ténèbres etnuée l'entourent,
justice et droit sont la base de son trône.
! »
(Psaume 97,1-2)

Vision (Daniel 7,9-10.13-14)

La nuit, au cours d’une vision, moi, Daniel, je regardais : des trônes furent disposés, et un Vieillard s’assit ; son habit était blanc comme neige, et les cheveux de sa tête, comme laine immaculée ; son trône était de flammes, ses roues de feu ardent. Un fleuve de feu coulait et jaillissait devant lui. Des milliers de milliers le servaient, des myriades de myriades se tenaient devant lui. Des juges s’assirent et l’on ouvrit des livres. […]

Je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’humain ; il parvint jusqu’au Vieillard, et on le fit s’approcher devant lui. Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite.

Le 2e paragraphe de cette lecture a été commenté pour la fête du Christ-Roi (34e dim. ord.) de l’année B. Je repends le commentaire – qui replace le passage dans le contexte – sans modification.

Ce passage est tiré d’une vision décrite par Daniel (« Dieu est mon juge »), l’auteur fictif du livre qui porte ce nom. Comme tel, le passage ne ressemble pas à grand-chose : que vient faire ce Fils d’humain ? Qui est ce Vieillard, littéralement « l’Ancien des jours » ? Quelle est la nature de la royauté universelle et éternelle donnée à ce Fils d’humain ? Ces questions n’ont évidemment aucun intérêt pour le chrétien, qui peut se contenter de penser que le prophète annonce la royauté du Christ – et puisqu’elle est réalisée, ainsi que le montre clairement l’état de notre monde, à quoi sert encore l’annonce ? D’ailleurs, depuis quand l’Écriture devrait-elle poser des questions ? Ne lui suffit-il pas de donner les réponses ? (Voilà, je me sens mieux et je peux passer aux choses sérieuses.)

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17ème dimanche du temps ordinaire

Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique: A
Date : 30 juillet 2023
Auteur: André Wénin

17e dim. ordinaire A – 30 juillet 2023 

« Mon bonheur, c’est l’instruction de ta bouche,
plus qu’un monceau d’or et d’argent. »
(Psaume 119,72)

La requête de Salomon (1er livre des Rois 3,5[6]7-12)

À Gabaon (dans le sanctuaire), le Seigneur apparut en rêve à Salomon, la nuit. Dieu dit : « De­mande ce que je dois te donner ». Salomon dit : « [C’est toi qui as traité ton serviteur mon père David avec une grande bienveillance parce qu’il a marché devant toi dans la fidélité et la justice et un cœur droit envers toi ; tu lui as gardé cette grande bienveillance et tu lui as donné un fils qui siège sur son trône, comme (c’est le cas) aujourd’hui.] En réalité, Seigneur mon Dieu, c’est toi qui m’as fait roi, moi, ton serviteur, à la place de David, mon père. Mais, je suis un tout jeune homme et n’ai aucune expérience. Pourtant, ton serviteur est au milieu du peuple que tu as choisi, un peuple si nombreux qu’on ne peut ni le recenser ni le compter. Donne à ton serviteur un cœur qui écoute/entend pour qu’il sache gouverner ton peuple et discerner le bien du mal. En effet, qui est capable de gouverner ton peuple, qui est si important ? » La parole plut au Seigneur, car Salomon avait demandé cela. Et Dieu lui : « Puisque tu as demandé cela, et que tu n’as pas demandé pour toi de longs jours, et n’as pas demandé pour toi la richesse, et n’as pas demandé la vie de tes ennemis, mais as demandé pour toi le discernement pour écouter/entendre en gouvernant, voici, j’agis selon tes paroles : je te donne un cœur si sage et discernant, qu’il n’y en a pas eu avant toi et qu’après toi nul ne se lèvera (qui soit) comme toi. […] »

Comme Salomon le dit lui-même en parlant au Seigneur, il est un tout jeune roi à peine monté sur le trône occupé auparavant par son père David. Cette accession au trône ne s’est pas faite sans peine – même si Salomon n’en fait pas mention. Les 2 premiers chapitres du 1er livre des Rois racontent les intrigues grâce auxquelles David l’a désigné pour lui succéder, évinçant au passage un autre de ses fils, Adonias, qui, plus âgé que Salomon, aurait été son successeur naturel. Quant aux dernières recommandations de David au nouveau roi, elles l’ont poussé à neutraliser ses adversaires potentiels tout en réglant des comptes que son père avait laissés en suspens. C’est ainsi qu’Adonias et ses partisans mais aussi un vieil ennemi de David sont soit éliminés, soit mis définitivement à la retraite forcée. Dès lors, si Salomon est roi à présent, c’est parce que d’autres l’ont voulu – en particulier sa mère Bethsabée et le prophète Nathan qui ont intrigué, redoutant tous deux de connaître le sort qu’ont subi leurs adversaires si Adonias était parvenu à s’imposer…

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Bible et liturgie

Commentaires des lectures du dimanche par André Wénin

L’Église ne sait pas ce qu’elle perd à négliger le Testament de la première Alliance…

Les textes qu’on lira sous cette rubrique ne sont pas des homélies. J’y propose plutôt un commentaire, à mi-chemin entre une analyse exégétique et une lecture attentive à la fois au texte biblique et à la réalité humaine qui est la nôtre.
La traduction des textes commentés (le plus souvent les passages de l’Ancien Testament et de l’évangile) est très souvent corrigée. La version liturgique est globalement insatisfaisante, en effet. Elle lisse le texte au point d’en gommer les difficultés, c’est-à-dire précisément les points où peut venir "s’accrocher" le commentaire parce qu’ils posent question. Quant au texte de l’Ancien Testament, il est fréquemment amplifié de manière à restaurer le passage dans son intégralité en vue du commentaire. 

André Wénin