15ème dimanche ordinaire

Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique: B
Date : 11 juillet 2021
Auteur: André Wénin


Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ !

Il nous a bénis et comblés des bénédictions de l’Esprit, au ciel, dans le Christ.
(Lettre aux Éphésiens 1,3)

Une parole libre (Amos 7,12-15)

Amacias, prêtre de Béthel, dit à Amos : « Toi, le voyant, va-t’en d’ici, fuis au pays de Juda ; gagnes-y ton pain et fais le prophète. Mais ici, à Béthel, arrête de faire le prophète, car c’est un sanctuaire royal, un temple du royaume. » Amos répondit et dit : « Je ne suis pas un prophète ni un fils de prophète ; je suis un bouvier, et je cultive des sycomores. Mais le Seigneur m’a pris de derrière le troupeau, et le Seigneur m’a dit : ‘Va, sois prophète pour mon peuple Israël.’ »

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14ème dimanche ordinaire

Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique: B
Date : 04 juillet 2021
Auteur: André Wénin


« Le Seigneur m’a dit : “Ma grâce te suffit,

car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse”. »
(2e lettre aux Corinthiens 12,9)

La Bible tout entière exprime une conviction forte : Dieu parle aux humains, il s’adresse à eux en vue d’engager un dialogue, de créer la rencontre. Pour se faire entendre, il emprunte ordinairement la bouche d’êtres humains, comme les prophètes ou Jésus. Mais pour que la parole atteigne son but, il faut des oreilles pour l’entendre, un cœur pour l’accueillir… C’est de cela qu’il est question dans les deux textes de ce dimanche.

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13ème dimanche ordinaire

Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique: B
Date : 27 juin 2021
Auteur: André Wénin


« Le Seigneur Jésus Christ, lui qui est riche, s’est fait pauvre à cause de vous,

pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. »
(2e lettre aux Corinthiens, 8,9)

Une fois n’est pas coutume : je vais imiter ici le texte d’évangile. Celui-ci est un sandwich (comme disent les exégètes) : Marc insère un récit de miracle (la guérison de la femme affectée de pertes de sang = le jambon-fromage) à l’intérieur d’un autre récit du même genre (la résurrection de la fille de Jaïre = le pain beurré). Je servirai moi aussi un sandwich, encadrant le commentaire du passage évangélique par deux commentaires sur la 1re lecture. Pourquoi ? Parce que cette lecture est un copié-collé de deux passages distants l’un de l’autre (1,13-15 et 2,23-24) qui ont l’air de dire la même chose. Voici le début du texte (traduction corrigée) :

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12ème dimanche ordinaire

Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique: B
Date : 20 juin 2021
Auteur: André Wénin


« Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle.

Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. »
(2e lettre aux Corinthiens, 5,17)

Ça souffle, ce dimanche ! Trois lectures parlent de tempêtes en mer… heureusement apaisées. Ces tempêtes sont présentées à partir de trois points de vue différents pour déployer de riches symboliques. Pour les saisir, un préalable s’impose : pour les Israélites des temps bibliques, la mer est la force de mort par excellence : y tomber, c’est y être englouti et disparaître irrémédiablement. Elle est d’ailleurs figurée comme un monstre à la gueule ouverte, qui épouvante et provoque un mouvement de recul, une fuite. La suite de la 1re lecture le dit de façon poétique : « les sources de la mer », « les profondeurs des gouffres » marins, ce sont « les portes de la mort », « de la mort ténébreuse » (Job 38,16-17).

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11ème dimanche ordinaire

Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique: B
Date : 13 juin 2021
Auteur: André Wénin

 

« Qu’il est bon de rendre grâce au Seigneur,
de chanter pour ton nom, Dieu Très-Haut,
d’annoncer dès le matin ton amour, ta fidélité, au long des nuits. »
(Psaume 92,2-3)

Énigme prophétique (Ézéchiel 17,22-24)

Ainsi parle le Seigneur Dieu : « De la cime du grand cèdre, je prendrai moi-même une tige ; du sommet de sa ramure, j’en cueillerai une toute jeune, et je la planterai moi-même sur une hauteur très élevée. Sur la haute montagne d’Israël je la planterai. Elle portera des rameaux, et produira du fruit, elle deviendra un cèdre magnifique. En dessous d’elle nicheront tous les passereaux et toutes sortes d’oiseaux, à l’ombre de ses branches ils nicheront. Alors tous les arbres de la campagne sauront que je suis le Seigneur : j’abaisse l’arbre élevé et j’élève l’arbre bas, je fais sécher l’arbre vert et fais fleurir l’arbre sec. C’est moi le Seigneur. J’ai parlé et j’agirai. »

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Saint Sacrement

Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique: B
Date : 6 juin 2021
Auteur: André Wénin


« Le Christ est le médiateur d’une alliance nouvelle, d’un testament nouveau. »
(Lettre aux Hébreux 9,15) 

Le sang de l’alliance (Exode 24,3-8)

Moïse vint rapporter au peuple toutes les paroles du Seigneur et toutes ses règles. Tout le peuple répondit d’une seule voix et dit : « Toutes ces paroles que le Seigneur a dites, nous les mettrons en pratique. » Moïse écrivit toutes les paroles du Seigneur. Il se leva de bon matin et il bâtit un autel au pied de la montagne, et il dressa douze pierres pour les douze tribus d’Israël. Puis il envoya des garçons parmi les fils d’Israël, et ils offrirent des holocaustes et immolèrent au Seigneur, en sacrifice d’alliance, des taureaux. Moïse prit la moitié du sang et le mit dans des bassines ; puis avec l’autre moitié du sang il aspergea l’autel. Il prit le livre de l’alliance et il le lut aux oreilles au peuple. Et ils dirent : « Tout ce que le Seigneur a dit, nous le mettrons en pratique et nous écouterons. » Moïse prit le sang, en aspergea le peuple, et dit : « Voici le sang de l’alliance que le Seigneur a conclue avec vous sur la base de toutes ces paroles. » 

La scène qui fait l’objet de la lecture est centrée sur la conclusion effective de l’alliance entre le Seigneur et Israël au Sinaï. Elle en est presque la conclusion. Pour saisir de quoi il est question, il est utile de se rapporter à la scène qui fait pendant à celle-ci au début du long récit consacré à l’alliance (Exode 19–24). C’est le moment où, par l’intermédiaire de Moïse, Dieu propose à Israël de conclure une alliance avec lui. Voici ce qu’il demande à Moïse de communiquer à Israël : « Vous avez vu ce que j’ai fait à l’Égypte, que je vous ai portés sur des ailes d’aigle et vous ai amenés jusqu’à moi. Maintenant, si vous écoutez ma voix et gardez mon alliance, vous serez mon domaine particulier parmi tous les peuples ; en effet, toute la terre est à moi, mais vous, vous serez pour moi un royaume de prêtres, une nation sainte. » (Exode 19,4-6) Cette proposition, que j’ai commentée pour la Pentecôte, vise à faire du peuple libre qu’Israël est devenu en sortant d’Égypte, l’allié de Dieu dans son désir de vie pour toutes les nations, tous les humains. Il s’agit d’en faire une « nation sainte » à travers son lien à Dieu pour qu’elle serve de « prêtre », c’est-à-dire de médiateur, entre le Seigneur et les autres nations.

Aux paroles que Moïse lui répète, le peuple donne un accord de principe qui permet à Dieu d’aller de l’avant et de sceller l’alliance autour des Dix paroles. Ces paroles ont une double fonction : d’une part, établir une relation spéciale entre Israël et Dieu, d’autre part, valider les lois de base qui sont celles des autres nations en signe de son appartenance au concert des peuples. Dieu commente ensuite les dix paroles, comme pour montrer qu’elles sont à traduire dans les situations variées de la vie et de l’histoire. C’est ici que commence la scène qui fait l’objet de la lecture, quand Moïse revient vers le peuple et lui répète « les paroles » (les dix commandements) et « les règles » (les commentaires), auxquelles le peuple donne alors son assentiment. Sa déclaration manifeste que les deux partenaires sont d’accord entre eux sur les termes de leur alliance. On peut donc rédiger un document, une charte, qui entérine cet accord, et sceller l’alliance celle-ci par des rites qui la signifient.

Moïse commence par poser une sorte de décor : il édifie un autel et dresse 12 stèles. L’autel symbolise la présence de Yhwh et les stèles les composantes du peuple. Ce décor figure et donc rend visibles les acteurs que les rites vont unir. Le premier de ceux-ci, ce sont des holocaustes, un repas que le peuple offre à Dieu, puisque toute la victime monte vers lui sous forme de fumée. Ils sont suivis de sacrifices d’un autre genre, souvent appelés sacrifices de communion (ou de paix) où la victime est partagée entre Dieu, le peuple et les servants qui les offrent. Aux holocaustes qui lui sont offerts, le Seigneur répondra quand les représentants du peuple qui monteront ensuite sur la montagne mangeront et boiront en sa présence le repas qui leur sera servi (verset 9-11). Ce triple repas est significatif de ce qu’est l’alliance. Elle est d’abord service du partenaire : chacun offre à manger à l’autre. Elle est aussi confiance en l’autre et en sa volonté de vie : chacun en effet mange la nourriture que l’autre lui a préparée sans en consommer lui-même. Elle est aussi partage et communion puisque, dans les « sacrifices de paix », les partenaires communient en partageant le même repas.

Le sang des bêtes immolées, qu’il est interdit de consommer, est utilisé pour un autre rite : une double aspersion, sur l’autel d’abord puis sur le peuple. Le sang, dit une loi du Lévitique (17,14), c’est la vie. La double aspersion signifie donc que Dieu et le peuple sont désormais liés par la même vie. Mais ce rite a encore une autre dimension : c’est le rite de la consécration des prêtres dans l’Ancien Testament (voir Exode 29,20-21 ; Lévitique 8,22-24). Ainsi, par ce « sang de l’alliance », Israël acquiert le statut de « royaume de prêtres », médiateur de la relation entre le Seigneur et les autres nations. Cependant, avant de procéder à la seconde aspersion et de consacrer Israël pour ce service, Moïse a lu la charte qui servira de témoignage et de mémorial de l’alliance. Et c’est seulement après que le peuple a répété pour la troisième fois son engagement solennel que le sang établit définitivement le lien vital avec son partenaire divin : « Tout ce que le Seigneur a dit, nous le mettrons en pratique, et nous écouterons ».

À mes yeux, il est étonnant que l’on ait « oublié » la toute fin de ce récit. « Et Moïse monta, et Aaron, [ses fils] Nadav et Avihou et 70 parmi les anciens d’Israël. Et ils virent le Dieu d’Israël, et, sous ses pieds, comme une œuvre de brique de saphir et comme l’essence même des cieux en pureté. Et sur les notables des fils d’Israël, il ne porta pas la main, et ils contemplèrent le Dieu, et ils mangèrent et ils burent » (v. 9-11). Si, dans ce texte, il y a un lien avec l’Eucharistie qui est au cœur de la « Fête-Dieu », c’est bien ce moment où, par la vertu de l’alliance, les représentants d’Israël sont reçus à la table de Dieu qu’ils contemplent dans son indescriptible beauté, dans sa majesté indicible. Selon plusieurs passages bibliques, « on ne peut pas voir Dieu sans mourir » (par ex. Exode 33,20). Pourtant, ici Dieu se laisse contempler par ceux qui sont désormais ses partenaires et qui, loin de périr, se nourrissent plutôt de sa présence…

La dernière Cène (Marc 14,12-16.22-26)

Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâ­que ? » Il envoie deux de ses disciples en leur disant : « Allez à la ville ; un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre. Suivez-le, et là où il entrera, dites au propriétaire : “Le Maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?” Il vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée et prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. » Les disciples partirent, allèrent à la ville ; ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque. […]

Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit : « Prenez, ceci est mon corps. » Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude. Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. » Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers.

Du passage de Marc, on a ôté le dialogue qui précède le partage du pain et du vin. Il concerne la future trahison de Jésus. Tous les disciples se sentent concernés quand Jésus dit que l’un d’eux s’apprê­te à le trahir : tristes, chacun à son tour demande à Jésus « Est-ce moi ? ». Chacun confesse ainsi sa fragilité, sa conscience d’être capable de trahison. C’est pourtant à ceux-là que Jésus donne ensuite toute sa personne, corps et sang – y compris, d’ailleurs, à cet homme dont il dit qu’il vaudrait mieux qu’il ne soit pas né (verset 21).

Les gestes de Jésus sont simples et ses paroles le sont tout autant. En bénissant le pain, Jésus reconnaît d’abord que ce pain et ce qu’il représente sont d’un Dieu généreux et bienveillant. Il rompt ensuite le pain en signe de partage et de communion. Puis il précise – de façon inattendue – que c’est lui-même qui, au moment où il se prépare à donner sa vie, se livre en nourriture par le truchement de ce pain. La parole sur la coupe modifie à nouveau radicalement sa signification. Elle fait voir dans le vin que les disciples viennent de boire autre chose que ce que leurs sens ont perçu : c’est son sang, sa vie qu’il donne en signe d’une alliance nouvelle. En lui, Dieu s’unit intimement aux humains qui l’accueillent. L’allusion au passage d’Exode 24,8 est évidente. Elle souligne cependant la différence : désormais, ce n’est plus une aspersion extérieure du sang d’une bête qui signifie leur union ; c’est une communion de vie qui la réalise grâce au don que Jésus fait de lui-même. Comme le dira l’auteur de la Lettre aux Hébreux, « en répandant, non pas le sang de boucs et de jeunes taureaux, mais son propre sang, le Christ a obtenu [pour les humains] une libération définitive ». Voilà pourquoi « il est le médiateur d’une alliance nouvelle » (Hébreux 9,12 et 15).

André Wénin

Trinité

Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique: B
Date : 30 mai 2021
Auteur: André Wénin


"Elle est droite, la parole du Seigneur ; il est fidèle en tout ce qu’il fait.

Il aime le bon droit et la justice ; la terre est remplie de son amour."
(Psaume 33,4-5)

Un lien étroit pour que tous vivent (Deutéronome 4,32-34.39-40)

[Moïse disait à Israël :] « Interroge donc les temps anciens qui t’ont précédé, depuis le jour où Dieu créa les humains sur la terre : d’une extrémité du ciel à l’autre, est-il arrivé une chose aussi grande, a-t-on entendu rien de pareil ? Un peuple a-t-il entendu la voix de Dieu parlant du milieu du feu, comme toi tu l’as entendue, et est resté en vie ? Est-il un dieu qui ait entrepris de venir prendre pour lui une nation au milieu d’une autre, au moyen d’épreuves, de signes, de prodiges et de combats à main forte et à bras tendu, et par de terribles exploits – comme tout ce que le Seigneur ton Dieu a fait pour toi sous tes yeux en Égypte ? […]

Sache aujourd’hui, et médite cela en ton cœur : le Seigneur est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre ; il n’y en a pas d’autre. Tu garderas ses décrets et ses commandements que je te donne aujourd’hui, afin que ce soit bien pour toi et tes fils après toi, et afin que tes jours se prolongent sur le sol que te donne le Seigneur ton Dieu, tous les jours. »

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Pentecôte

Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique: B
Date : 23 mai 2021
Auteur: André Wénin


« Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
tu renouvelles la face de la terre. »

(Psaume 104,30)

Le lectionnaire liturgique prévoit différentes lectures pour la Pentecôte. J’en ai commenté quelques-unes en 2020 (Genèse 11,1-9, l’histoire de Babel ; Ézéchiel 37,1-14, la résurrection des ossements secs ; 1 Corinthiens 12,12-13 [année A]). En voici d’autres prévues pour l’année B (je ne distingue pas la messe de la veille au soir et celle du dimanche). Il y a un peu de matière, mais on peut choisir…

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7ème dimanche de Pâques

Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique: B
Date : 16 mai 2021
Auteur: André Wénin


« Comme le ciel domine la terre, fort est son amour pour qui le craint ;

aussi loin qu’est l’orient de l’occident, il met loin de nous nos péchés. »
(Psaume 103,11-12)

Les deux lectures commentées ici n’ont guère en commun que le fait de parler des disciples et, parmi eux, de Judas. Chez Jean, c’est celui que Jésus n’a pas pu garder et qui est allé à sa perte ; dans les Actes, c’est celui qui a servi de guide à ceux qui ont arrêté Jésus. Dans les deux textes, le rôle et le sort de Juda sont présentés comme une « nécessité » en référence aux Écritures.

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Ascension

Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique: B
Date : 13 mai 2021
Auteur: André Wénin


« Dieu est le roi de la terre, que vos musiques l’annoncent !

Il règne, Dieu, sur les nations, Dieu est assis sur son trône sacré. »
(Psaume 46,8-9)

Le récit de l’Ascension (Actes des apôtres 1,1-11)

Cher Théophile, dans mon premier livre j’ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le moment où il commença, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel, après avoir, par l’Esprit Saint, donné ses instructions aux Apôtres qu’il avait choisis. C’est à eux qu’il s’est présenté vivant après sa Passion ; il leur en a donné bien des preuves, puisque, pendant 40 jours, il leur est apparu et leur a parlé du royaume de Dieu. Au cours d’un repas qu’il prenait avec eux, il leur donna l’ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre que s’accomplisse la promesse du Père. Il déclara : « Cette promesse, vous l’avez entendue de ma bouche : alors que Jean a baptisé avec l’eau, vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici peu de jours. » Ainsi réunis, les Apôtres l’interrogeaient : « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? » Jésus leur répondit : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité. Mais vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » Après ces paroles, tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux. Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que, devant eux, se tenaient deux hommes en vêtements blancs, qui leur dirent : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel ». 

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6ème dimanche de Pâques

Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique: B
Date : 9 mai 2021
Auteur: André Wénin


« Le Seigneur a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations ;

il s’est rappelé sa fidélité, son amour, en faveur de la maison d’Israël. »
(Psaume 98,1b-3a)

Le passage du 4e évangile est limpide (voir à la fin du commentaire). Le commenter reviendrait à le paraphraser (en tout cas, je ne me sens pas capable de faire autre chose). En revanche, le bref récit des Actes des Apôtres mérite un petit détour…

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5ème dimanche de Pâques

Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique: B
Date : 2 mai 2021
Auteur: André Wénin


« Si notre cœur nous accuse,

Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses. »
(1re lettre de Jean 3,19)

Saul converti accepté par les apôtres (Ac 9,26-31)

Arrivé à Jérusalem, Saul cherchait à se joindre aux disciples, et tous avaient peur de lui, car ils ne croyaient pas qu’il était un disciple. Alors Barnabé le prit avec lui et l’amena aux Apôtres ; il leur raconta comment, sur le chemin, Saul avait vu le Seigneur et qu’il lui avait parlé, et comment, à Damas, il s’était exprimé avec assurance au nom de Jésus. Dès lors, Saul allait et venait dans Jérusalem avec eux, s’exprimant avec assurance au nom du Seigneur. Il parlait aux Juifs de langue grecque, et discutait avec eux. Mais ceux-ci tentaient de le supprimer. Mis au courant, les frères l’accompagnèrent jusqu’à Césarée et le firent partir pour Tarse. L’Église était en paix dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie ; elle se construisait et elle marchait dans la crainte du Seigneur ; réconfortée par l’Esprit Saint, elle se multipliait. 

Je l’avoue : je ne vois pas grand-chose à tirer de cet extrait des Actes des Apôtres qui achève le récit de la conversion de Saul, le persécuteur des « adeptes de la Voie », c’est-à-dire les disciples de Jésus (9,1-25). Je ne vois pas pourquoi on a choisi ce passage anecdotique où est résumé en deux lignes l’histoire de la conversion, une histoire qui n’a jamais l’honneur de la liturgie du dimanche… Peut-être a-t-on estimé qu’il est trop long et risquerait d’ennuyer les fidèles ?

Quand il arrive à Jérusalem, Saul vient de quitter Damas où il séjournait depuis son baptême. Là, des Juifs se sont mis à comploter pour le faire périr parce qu’il démontrait à tous que Jésus est le Christ. Ils surveillaient même les portes de la ville jour et nuit pour pouvoir l’arrêter. Mais des disciples aident Saul à fuir en le descendant dans une corbeille le long de la muraille ! Arrivé à Jérusalem, il suscite d’abord la peur jusqu’à ce qu’il soit accepté par les apôtres et se mette à enseigner avec eux. En particulier, il tente de convaincre ses anciens coreligionnaires. Cela lui vaut de nouvelles inimitiés et de nouvelles menaces de mort, au point qu’on lui fait quitter la ville. Manifestement, l’homme ne laisse pas indifférent. Un converti dérange. On doute qu’il le soit vraiment. On lui demande de montrer patte blanche. Et sa fougue à défendre la foi qu’il a embrassée lui attire des oppositions parfois féroces. Mais malgré l’adversité, comme Jésus avant lui, Paul ira de l’avant…

Psaume (22,26b-29.31-32)

Devant ceux qui te craignent, je tiendrai mes promesses. Les pauvres mangeront : ils seront rassasiés ; ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent : « À vous, toujours, la vie et la joie ! » La terre entière se souviendra et reviendra vers le Seigneur, chaque famille de nations se prosternera devant lui, car au Seigneur est la royauté, le pouvoir sur les nations! Une descendance le servira ; on annoncera le Seigneur à la génération à venir. On proclamera sa justice au peuple qui va naître, car il a agi !

Puisque l’extrait des Actes est assez insignifiant, je propose de jeter un regard sur le psaume. Il s’agit de la finale du psaume 22 qui commence par les mots célèbres : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Ce cri se développe ensuite dans la longue plainte d’un ami de Dieu. Condamné et rejeté par tous, cet innocent est en train de mourir lamentablement sous le regard de gens hostiles ou indifférents. Il se tourne alors vers son Dieu, le seul qui, à ses yeux, puisse encore le sauver des puissances de mort qui vont le broyer. Même s’il se sent abandonné de lui, c’est vers lui qu’il élève son cri, jusqu’à ce qu’il s’écrie : « Tu m’as répondu ». La plainte et le cri se changent alors en un chant de louange qui occupe la fin du poème.

Que Jésus ait ou non prononcé les premiers mots de ce psaume sur la croix, comme les évangiles de Marc et Matthieu le disent, il est certain que les disciples y ont vu une anticipation de la passion et de la résurrection de leur maître. Les nombreuses citations dans le récit de la passion de ces deux évangiles l’attestent. Au demeurant, c’est ce genre de textes qui leur a permis de dépasser le scandale d’un messie mort de manière infamante pour y percevoir le dessein paradoxal de Dieu. Il est donc légitime de relire la louange qui termine le psaume comme une évocation de la joie de la résurrection dans laquelle Dieu « a répondu » au cri de Jésus.

Pour le comprendre, lisons d’abord les versets 23-26a qui font suite à la réponse de Dieu et précèdent le passage utilisé dans la liturgie. Ils prennent un sens étonnant quand on pense à ce qui a suivi la résurrection, selon le récit des Actes des Apôtres.

Tu m’as répondu. Et je raconte ton nom à mes frères, en pleine assemblée, je te loue : « Vous qui craignez le Seigneur, louez-le ; toute la descendance de Jacob, glorifiez-le ; tremblez devant lui, toute la descendance d’Israël. Car il n’a pas eu mépris ni dégoût de l’humiliation de l’humilié ; il ne lui a pas caché sa face et quand il criait vers lui, il a entendu. » C’est de toi que vient ma louange dans la grande assemblée, et devant ceux qui le craignent, j’accomplirai mes vœux…

Le juste auquel Dieu a finalement répondu en l’arrachant à la mort ne peut garder sa joie pour lui : il se tourne vers ses frères, ceux qui, comme lui, mettent en Dieu leur confiance (« craignent Dieu », sont les mots du psaume). Il les rassemble et il chante devant eux ce que le Seigneur a fait pour lui en les invitant à le louer, à le glorifier, à s’extasier devant lui (« trembler », dit-il, comme quand une émotion violente vous secoue face à un spectacle époustouflant). Mais pourquoi louer ainsi le Seigneur ? Parce qu’il s’est fait proche de l’humilié devant qui tous se voilaient la face et qu’il a entendu le cri que lui arrachaient ses bourreaux.

En plus de louer Dieu publiquement, l’homme sauvé accomplit les vœux qu’il a faits dans l’es­poir d’une réponse d’en haut. La suite permet de penser qu’il offre, en sacrifice à Dieu, une bête dont une partie sera distribuée aux pauvres qui gravitent autour du temple. Ainsi, eux aussi bénéficieront du salut accordé par Dieu : ils mangeront, se rassasieront et seront dans la joie, louant le Seigneur à leur tour. Ainsi, de proche en proche, la louange gagnera la terre entière. Les gens se tourneront vers Dieu et se prosterneront comme devant leur roi. Ensuite, après s’être répandue dans l’espace, la louange se prolongera aussi dans le temps : elle touchera la génération à venir, à qui on racontera le Seigneur et ses œuvres justes.

Dans cette partie, le psalmiste énumère trois motifs pour lesquels il faut louer le Seigneur (ce sont les phrases en italique dans le texte ci-dessus). Le dernier motif – résumé à l’extrême –, c’est qu’« il a agi » en entendant le cri de l’humilié que tous rejetaient et en répondant à sa supplication. C’est en cela qu’il peut être reconnu comme un roi digne d’exercer son pouvoir sur les nations. Voilà une conception du « règne » de Dieu étrangement proche de l’évangile, un règne qui, selon la première béatitude, appartient aux pauvres, à ceux qui sont insignifiants aux yeux du monde (voir Luc 6,20).

La véritable vigne (Jn 15,1-8)

[Jésus disait à ses disciples] : « Moi, je suis la véritable vigne, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève ; tout sarment qui porte du fruit, il le purifie en le taillant, pour qu’il en porte davantage. Mais vous, déjà vous voici purifiés grâce à la parole que je vous ai dite. Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi.

Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est, comme le sarment, jeté dehors, et il se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent. Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous. Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples. »

Après la métaphore du berger (4e dimanche), en voici une autre. L’auteur du 4e évangile l’a sans doute trouvée dans l’Ancien Testament. La seconde partie du psaume 80 (v. 9-17) compare le peuple d’Israël à une vigne que Dieu a arrachée d’Égypte pour la replanter en Canaan. Il fait tout ce qui est nécessaire pour qu’elle porte du fruit partout dans le pays, puis il la délaisse et elle est ravagée par des étrangers. Jérémie reprend la même image en expliquant que le malheur vient de ce que la vigne a dégénéré (2,21). On se souviendra aussi du chant de la vigne où le prophète Isaïe explique de la même façon la ruine d’Israël causée par l’injustice et la violence dont il s’est rendu coupable (5,1-7, voir aussi Osée 10,1-2). Le thème de la vigne figurant le peuple de Dieu est repris dans l’évangile de Marc (12,1-11 et ses parallèles en Matthieu et Luc) : dans une parabole, Jésus dénonce non plus la faute du peuple comme c’est le cas dans l’Ancien Testament, mais celle des chefs du peuple « vignerons meurtriers » qui tuent les prophètes et s’apprêtent à faire de même avec Jésus.

La métaphore change du tout au tout dans l’évangile de Jean : la vigne, dit Jésus, ce n’est pas le peuple (en transposant, on dirait l’Église). C’est Jésus lui-même, la vigne véritable et c’est donc la relation forte avec lui qui constitue le corps des disciples, l’Église. Peut-être y a-t-il ici un écho de la fin du psaume 80 ? Constatant que la vigne est ravagée, le psalmiste supplie Dieu de la restaurer. Il évoque un « fils » dont il est la force, d’un « homme à la droite de Dieu » qui ramènera le peuple vers son Dieu.

Dieu de l’univers, reviens donc, regarde du haut des cieux et vois : interviens pour cette vigne ; protège ce que ta droite a planté et le fils que tu as rendu fort. […] Que ta main soit sur l’homme qui est à ta droite, sur le fils d’homme que tu as rendu fort. Alors, nous ne nous éloignerons plus de toi ; tu nous feras vivre et nous invoquerons ton nom.

C’est bien en ce sens que Jean développe la métaphore, en y ajoutant le thème de la fructification du disciple. Voici ce que Jean Zumstein écrit à ce propos : « Les v. 1-4 [ci-dessus, 1er paragraphe] évo­quent comment il est possible d’être le disciple de Jésus, les v. 5-8 [2e paragraphe] donnent un contenu à la vie du disciple. […] La relation entre Jésus et le croyant est décrite à la fois comme don et comme une mise en responsabilité. Un don parce que “porter du fruit” est entièrement fondé sur le “demeurer en Christ”, une mise en responsabilité parce que “demeurer en Christ” doit se concrétiser dans le fait de “porter du fruit”. Il n’y a pas de don sans mise en responsabilité, mais inversement pas d’exercice de la responsabilité qui ne trouve sa source dans le don. » (Dans C. Focant, D. Marguerat, Le Nouveau Testament commenté, Montrouge/Genève, 2010, p. 485.)

André Wénin

 

 

 

Bible et liturgie

Commentaires des lectures du dimanche par André Wénin

L’Église ne sait pas ce qu’elle perd à négliger le Testament de la première Alliance…

Les textes qu’on lira sous cette rubrique ne sont pas des homélies. J’y propose plutôt un commentaire, à mi-chemin entre une analyse exégétique et une lecture attentive à la fois au texte biblique et à la réalité humaine qui est la nôtre.
La traduction des textes commentés (le plus souvent les passages de l’Ancien Testament et de l’évangile) est très souvent corrigée. La version liturgique est globalement insatisfaisante, en effet. Elle lisse le texte au point d’en gommer les difficultés, c’est-à-dire précisément les points où peut venir "s’accrocher" le commentaire parce qu’ils posent question. Quant au texte de l’Ancien Testament, il est fréquemment amplifié de manière à restaurer le passage dans son intégralité en vue du commentaire. 

André Wénin