4ème dimanche de l'Avent

4ème dimanche de l'Avent Didier Croonenberghs

Il y a des seconds rôles qui occupent parfois des places essentielles… Et l’histoire de Jésus est entourée de deux seconds rôles, appelés Joseph, de deux hommes justes… D’une part, Joseph, l’époux de Marie, dans le récit de l’enfance, et d’autre part Joseph d’Arimathie, lors de la mise au tombeau… L’Évangile est donc encadré par deux Joseph « qui ont permis que Jésus ait un berceau et un tombeau, une famille et une sépulture ». Tous les deux, d’ailleurs, sont appelés « justes » par les Evangélistes. Ce sont finalement deux seconds rôles qui ont résisté à l’opinion majoritaire, aux rumeurs, au qu’en dira-t-on face à l’angoisse ou la peur… Et le contexte de l’histoire de Joseph que nous venons d’entendre nous dépeint une peur bien particulière. Cette peur qui naît du regard de l’autre, des murmures de la foule, des rumeurs. Cette peur créée par l’inconnaissance. Une peur qui met en danger notre réputation, notre image… Imaginez l'histoire de Joseph, dans la Palestine du 1er siècle... Elle a probablement scandalisé les habitants du petit village de Nazareth : le récit de Marie, fiancée à Joseph et enceinte avant son mariage, a du certainement alimenter les ragots dans le quotidien « Le Jourdain », la presse à sensation locale... Vous savez, ce n’est pas seulement au foot que la meilleure défense est l’attaque. Lorsque nous avons peur, il est plus facile d'attaquer que de se remettre en question. Dans nos familles, dans nos lieux de vie également, nous alimentons souvent, involontairement parfois, la suspicion et les intrigues... Nous sommes convaincus d'avoir certaines clés, alors que celles-ci nous manquent. La suspicion est toujours une inconnaissance. Elle est un moyen bien facile de ne pas se remettre en question. Les murmures sont aussi des signes d'orgueil car nous pensons savoir. L'histoire de Joseph nous montre que nous ne savons pas tout, que l'intimité de notre histoire ne peut jamais nous appartenir pleinement. Joseph, lui non plus, ne savait pas tout… Mais il a trouvé cette capacité d’accueilli le présent simplement, sans juger la vie qui lui était confiée. Il est passé de l’inconnaissance à la reconnaissance : cette capacité d’accueillir sans juger » : voilà ce qui fait de lui un homme juste. Et comme Joseph, nous pouvons aujourd’hui entendre une voix nous dire : « Ne crains pas ». « N'aie pas peur de ce qu'on dit de toi ». Et parce que tu ne connais pas l'intimité des histoires de ceux que tu rencontres, ne juge pas à ton tour. Car juger, c'est avant tout ne pas connaître.

Dans l'Evangile de ce jour, nous voyons la naissance de Jésus à travers les yeux de Joseph. Joseph ne comprend pas ce qui lui arrive. Deux possibilités s'offrent alors à lui, comme elles s’offrent à nous dans toute situation que nous ne maîtrisons pas : la suspicion qui murmure ou la reconnaissance qui ne juge pas.  Le juste est donc celui qui ne juge pas.  Le juste est celui qu’il s’ajuste au désir de Dieu, qui ajuste son regard et le déplace. La justice devient ainsi la justesse de nos relations inscrites dans un projet qui nous dépasse : celui de permettre à l’Emmanuel d’être vraiment Dieu-avec-nous ! Juste est celui qui transformera alors sa méconnaissance en reconnaissance. Si Pâques transforme notre rapport à la mort, le mystère de Noël vient accomplir en nous une révolution complète de notre rapport à la vie, au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer. l’histoire de L’histoire de Joseph nous invite ainsi à lire élargir notre regard, pour accueillir avec confiance l'imprévu, ce que nous n'avons pas choisi, ce que nous n'avons pas décidé pour nous-mêmes. Cela prend du temps de découvrir qui nous sommes. Une vie ne suffit jamais. Cela prend du temps de discerner qui nous pouvons devenir, ce que Dieu nous invite à être. Parfois nous prenons des décisions, et nous ne comprenons nos choix que bien plus tard. Il ne s'agit pas de tout justifier, mais où que nous soyons, il est possible de relire notre chemin pour intégrer dans nos vies ce qui semble impossible à accepter ou à digérer. Voilà la liberté des enfants de Dieu. C'est cette liberté que nous montre l’histoire de Joseph : un chemin d'humilité qui passe de l’inconnaissance à la reconnaissance, pour permettre à l’humain une nouvelle naissance. A nous de relire notre propre histoire avec les yeux de Joseph, dans la liberté et la confiance. Car « Lorsque tu désires ce que tu as, tu as ce que tu désires. »    Amen. 

{audio width:260}4eme dimanche de l'Avent|Didier Croonenberghs| http://www.precheurs.be/Mp3/Homelies/2016-12-18.mp3{/audio}


VICE-PROVINCE SAINT-THOMAS-D’AQUIN EN BELGIQUE
VICE-PROVINCIE SINT-THOMAS VAN AQUINO IN BELGIE

webmaster@dominicains.be