7ème dimanche ordinaire

7ème dimanche ordinaire Laurent Mathelot

« Parle à toute l’assemblée des fils d’Israël. Tu leur diras : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Si nous regardons ce commandement de l'Amour – « Aime ton prochain comme toi-même » – comme  une mesure – la mesure de relations correctes entre nous, la seule mesure sur laquelle se fonde une société juste – si nous disons que notre comportement envers autrui ne peut pas différer de celui que nous attendons envers nous-mêmes, comment comprendre cette mesure – « Aime ton prochain comme toi-même » – si on ne s'aime pas ?

Comment aimer les autres si on ne s'aime pas soi-même ? Et si nous n'avons pas un regard bienveillant sur nous-mêmes, comment espérer avoir un regard bienveillant – un regard d'amour – sur l'humanité ou sur le monde ?

Nous connaissons tous des chrétiens qui passent leur vie à faire des reproches aux autres : c'est le signe qu'ils ne s'aiment pas. Nous connaissons tous des chrétiens qui passent un temps considérable à critiquer leur prochain, la société et les temps actuels : c'est le signe qu'ils ne s'aiment pas. Nous connaissons tous des chrétiens sévères, cassants, méprisants ou moqueurs envers autrui : c'est le signe qu'ils ne s'aiment pas. 

Nous connaissons tous des chrétiens qui témoignent d'un regard injuste envers les autres, parce que nous sommes parfois ces chrétiens injustes et c'est toujours le signe que nous sommes aussi injustes envers nous-mêmes, que nous ne nous aimons pas. En tous cas pas comme Dieu nous aime, et nous commande d'aimer.

Déjà le Christ était averti de ce danger – de celui d'être incapable de véritablement aimer lorsque on a un regard méprisant envers soi. C'est pourquoi, il précisera ce commandement de l'Amour donné à Moïse : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. » [ Jean 15, 12 ] 

Aime ton prochain comme Dieu t'aime !

Mais avant toute chose : toi-même, aime-toi comme Dieu t'aime !

Paul dit : « Ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? ». Avons-nous ce regard sur nous-mêmes ? Sommes-nous toujours conscients de la valeur inouïe que nous avons aux yeux de Dieu ? Croyons-nous vraiment que nous sommes des tabernacles, des calices au sein desquels Dieu se rend présent ? Avons-nous cette certitude que, dans nos corps et nos esprits brisés, Dieu désire tant venir vivre ? Pour toujours …

Si nous ne voyons pas nos corps et nos esprits comme des vases sacrés, d'une beauté particulière, intense et délicate, à la fois précieux et fragiles, d'une valeur inouïe aux yeux de Dieu c'est que nous ne nous aimons pas. En tous cas pas assez. 

Je sais : c'est parfois difficile. C'est difficile de s'aimer soi-même alors que nous avons les yeux rivés sur les failles qui nous brisent. C'est difficile de s'aimer soi-même, confrontés parfois à notre inintelligence, notre mauvaise volonté, nos habitudes détestables et les élans de haine qui parfois nous gagnent.

C'est difficile de s'aimer soi-même, confrontés à son propre péché.

Qui ne s'est jamais fait des reproches ? Qui ne s'est jamais trouvé ridicule, injuste ou parfois méchant ?

Comment s'imaginer vase sacré, temple du Dieu-Amour alors que nous côtoyons chaque jour notre propre laideur ? Comment avoir conscience de notre infinie valeur quand nous connaissons si bien nos mauvaises habitudes, nos détestables pensées et peut-être ce que nous considérons comme des vices ? N'est-il tout de même pas nécessaire d'avoir un regard lucide sur soi-même ?

C'est précisément cette sagesse du monde qui est folie devant Dieu.

Oui, bien sûr, il faut avoir un regard lucide sur soi-même mais il faut en outre, à ce regard, la lucidité de Dieu ! Ce regard ! ... qui est folie pour les hommes. Ce regard ! … qui fait de nous, malgré notre corruption, des sanctuaires sacrés. Ce regard empli de confiance et de bienveillance, qui nous voit déjà saints ! Parfaits comme notre Père céleste est parfait. 

Je vous en prie, émerveillez-vous de la bonté qui réside en vous ; je vous en prie, admirez la tendresse dont vous êtes capables ; je vous en prie, réjouissez-vous de votre désir d'affection, de communion et de paix. Émerveillez-vous de vous-mêmes comme de temples saints, de véritables sanctuaires de l'amour de Dieu. N'oubliez jamais de considérer votre propre beauté aux yeux de Dieu.

Alors tout vous appartiendra, […] le monde, la vie, la mort, le présent, l’avenir : tout sera à vous, et vous, au Christ, comme le Christ est à Dieu.

Nous n'aimerons les autres que si nous nous aimons nous-mêmes comme le Christ nous aime.

Et avant de se réconcilier avec le monde, il convient de se réconcilier avec soi-même. 

Aimez vos ennemis, même si c'est parfois vous-mêmes.

Et n'oubliez jamais de penser que vous êtes une merveille : la demeure sacrée de Dieu. 

Qui peut dire ici qu'il s'aime assez ?

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