5ème dimanche de Pâques

5ème dimanche de Pâques Didier Croonenberghs

L’Evangile de Jean, dans ce court extrait du discours d’adieu que nous venons d’entendre, nous offre deux exemples d’épanalepse… Pour les rares membres de l’assemblée qui ignorent encore la signification de cette figure de style, permettez-moi de vous en rappeler la définition. L’épanalepse consiste, dans un discours, à répéter une expression, un mot ou une réplique, en vue d’en accentuer l’importance, le côté comique parfois ou solennel, plus souvent… « Que diable allait-il faire dans cette galère ? » répète inlassablement Scapin dans la pièce de Molière…  L’évangile de ce jour est tout petit et compte deux courtes phrases, tout à fait représentatives du cœur du message d’adieu de Jésus. Et dans cet extrait, il y a une double épanalepse puisque le mot « glorifier » est repris 5 fois et l’expression « aimez-vous les uns les autres » répétée trois fois, comme pour bien insister sur ce point. Vous le savez, enseigner, comme prêcher, c’est manier l’art de la répétition. Et dans le discours d’adieu de Jésus, c’est comme s’il y avait un côté solennel recherché par la répétition… Comme si, également, glorification et amour devaient être mis en parallèle.  En effet, pour donner corps au mot « amour », Jean insiste dans cet extrait sur la dimension de « glorification ». Mais avouez que « gloire », et « glorification » sont des mots difficilement audibles pour nos oreilles contemporaines. Bibliquement, la gloire de Dieu n’est en rien l’éclat, la brillance, la puissance. La gloire est tout au contraire ce qui dure. Plus exactement, étymologiquement, la gloire en hébreu est ce qui donne du poids… du poids à la vie, à nos actes. Dans le langage biblique, la gloire, c’est le tout de la personne, son poids dans l'existence, son importance, ce qui dure envers et contre tout… Voilà pourquoi il est mis en parallèle avec le mot amour, car c’est bien l’amour qui donne du poids à notre existence. Bien entendu, il y a des formes d’amours légers ou qui nous rendent légers. Mais il y a aussi cet forme d’Amour qui a du poids, cet amour dont témoigne Jésus au court du dernier repas, cet amour qui sait que la vie n’a de valeur qu’à mesure où elle se donne, dans la gratuité, la réciprocité.  C’est cet amour qui glorifie, qui donne du poids à ce que nous sommes ! Cet à cet amour-là que nous reconnaîtrons que nous sommes ses disciples.  La glorification devient ainsi ce rayonnement d’amour qui va au-delà de la mort. Le propre de l’Amour vécu en vérité est d’ailleurs de renverser la valeur du temps : d’ennemi, le temps devient un allié. Finalement, l’amour est comme ce qui en nous vient défier le pouvoir de la mort : « certes, là où je vais, vous ne pouvez me suivre, nous dit Jésus, mais si vous aimez, vous êtes en moi et je suis en vous. » Voilà pourquoi, dans ce texte, glorification et amour sont intimement liés, répétés, martelés par Saint Jean.  La mort, l’absence, le deuil, peuvent devenir les révélateurs de l’amour plus grand, plus profond dans lequel nous sommes enracinés. Un poète a d’ailleurs une très belle expression pour parler de cette absence qui renforce paradoxalement l’Amour. « L'absence est à l'amour ce qu'est au feu le vent : il éteint le petit, il allume le grand. » Le départ qu’annonce Jésus manifeste cet amour plus fort que la mort, qui nous fait entrer dans l’intimité de Dieu, qui nous donne la capacité de reprendre goût à la vie, par-delà l’échec, le deuil ou la séparation.  Pour vivre cette intimité de Dieu, cette confiance dans le temps qui passe, l’évangile nous invite enfin —et je terminerai par là— à découvrir que l'amour vrai n'est pas dans la ‘répétition’ —comme dans une figure de style—mais dans la ‘re-prise’. Comme le dit Xavier Lacroix, en amour, ce n'est pas commencer qui est admirable, mais justement de re-commencer chaque jour. « Re-partir, re-donner sa confiance quand s’installe le doute, re-prendre le combat contre ces petits défauts qui peuvent fatiguer, re-fonder la confiance lorsque nos relations traversent des hivers ». La répétition lasse et peut faire peur ; la reprise donne toujours de la saveur, de la gloire, de la gravité dans nos actes, sans les rendre pesants. Cette capacité à tout reprendre, est précisément ce qui nous permet de lire chaque jour comme un nouveau départ, qui nous emporte dans l’intimité de Dieu. Amen.


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