Pentecôte

Pentecôte Philippe Cochinaux

Un homme célibataire et fortuné venait de mourir.  Tous ses proches, frères et sœurs, neveux et nièces se retrouvent quelques jours plus tard chez le notaire pour la lecture du testament.  Le notaire ouvre l’enveloppe et il lit à l’assemblée présente ce testament qui commence par ses mots : « Henri, tu peux sortir, il n’y a rien pour toi ».  L’homme se leva et quitta la pièce.  Heureusement, les lectures de testament ne sont pas toujours aussi dramatiques mais il faut bien avouer qu’elles sont souvent douloureuses et que le temps des héritages est un moment de tension dans bien des familles.  Il y a toutefois un héritage qui n’apporte que réconfort et bonheur, c’est l’héritage des filles et fils de Dieu. Comme nous venons de l’entendre dans la lettre de saint Paul aux Romains, nous sommes les héritiers du Royaume de Dieu.  Se pose alors la question de savoir comment nous pouvons hériter d’un tel héritage.  Pour ce faire, il est fondamental de revisiter les dix derniers jours que nous venons de vivre.  Jeudi passé, nous avons célébré l’Ascension et depuis ce jour, nous sommes comme des orphelins.  Le Fils de Dieu s’en est allé d’où il était venu.  A sa manière, il reproduit ce que son propre Père avait fait lorsqu’il s’était rétracté en lui-même pour permettre à la Création d’advenir.  Père et Fils nous ont ainsi fait entrer dans le temps de l’absence, pire nous venons de vivre une forme d’expérience d’athéisme.  Le mot peut sembler fort et pourtant, pourtant pendant dix jours, nous avons vécu ce sentiment de vide.  Dieu n’était pas là, Dieu n’était plus là.  En d’autres termes, il n’y avait plus de Dieu sur cette terre.  Notre monde, quant à lui, a continué de tourner malgré cette absence divine.  Nous avons fait l’expérience que Dieu pouvait ne pas être de ce monde. Son absence nous rappelle ainsi qu’il n’est pas une évidence et que nous ne pouvons partir à sa rencontre que par le biais de la foi.  Cette dernière est un mystère qui nous fait entrer au plus profond de nous-même en relation avec ce Dieu Père et Créateur qui, de toute éternité, avait voulu que son Fils se fasse l’un des nôtres en prenant notre condition humaine tellement il se réjouit de notre humanité.  Cette relation nous l’entretenons chaque fois que nous entrons en relation avec notre Dieu dans ces moments de méditation intérieure, dans ce cœur à cœur divin.  Quand nous avons l’occasion de les vivre, nous ressentons une paix intérieure, un bien-être existentiel.  Mais malheureusement, le bruit de la vie reprend souvent le dessus.  Nous nous laissons envahir par une multitude de préoccupations dont certaines sont parfois bien nécessaires il faut le dire.  D’autres peuvent, avec un peu de recul, apparaître comme étant superfétatoires.  Nous nous sentons alors tellement plein de la vie, qu’il n’y a plus d’espace en nous pour une rencontre divine en vérité.  Il est donc heureux que nous ayons eu ce temps d’athéisme, ce sentiment d’absence et de vide de Dieu afin de laisser en nous tout l’espace pour qu’il puisse à nouveau venir prier en nous.  Oui, Dieu aime venir prier en ces êtres que nous sommes mais pour ce faire, il a besoin d’espace, de beaucoup d’espace pour qu’il puisse l’emplir alors de sa présence.  Tel est un des sens de la Pentecôte : souvent nous le prions mais est-ce que nous lui permettons de venir prier en nous ?  Notre Dieu prie en nous lorsque nous faisons taire en nous le bruit de la vie.  Il vient s’installer au cœur de notre silence et y trouve son propre lieu de vie.  Lorsque Dieu prie en nous, il occupe tout notre espace et il nous inspire.  Son inspiration devient ainsi notre propre respiration.  L’Esprit Saint vient nous éclairer, nous inciter parfois aussi nous réveiller pour que nous expirions cette fois par notre manière d’être les uns avec les autres.  Notre expiration donne alors souffle à nos paroles et à nos gestes tout en prenant leur source en Dieu qui se révèle à nous.  Inspiration, respiration et expiration sont les mouvements suscités par l’Esprit de Dieu en chacune et chacun de nous.  Voilà l’héritage qui nous est promis en ce jour de Pentecôte.  Et si nous répondons positivement à l’invitation divine de la foi, nous devenons à notre tour les héritiers de ce mouvement exigeant de l’Esprit.  A nous de le décider pour laisser Dieu advenir au cœur de notre cœur.  Il attend notre consentement.  Ne tardons pas à le lui donner.  Son héritage nous comblera de vie. Amen


VICE-PROVINCE SAINT-THOMAS-D’AQUIN EN BELGIQUE
VICE-PROVINCIE SINT-THOMAS VAN AQUINO IN BELGIE

webmaster@dominicains.be