Vendredi Saint

Vendredi Saint Philippe Henne

Le Père Prieur nous a parlé hier de communion, de la communion qui unit le Fils de Dieu à chacun d’entre nous, de cette communion d’amour qui l’a poussé à venir nous rejoindre dans notre humanité.  Je voudrais prolonger cette réflexion en méditant un instant sur la communion de souffrances.  C’est Vendredi Saint.  Dimanche, nous parlerons de la communion de vie et de résurrection. 

            Nous sommes seuls face à la douleur.  J’ai entendu souvent parler de cette scène dans une maternité.  Madame est dans la salle de travail.  Depuis des heures, elle souffre.  Son mari, effrayé et maladroit, lui prodigue mille paroles de gentillesse et d’encouragement.  Et soudain, de manière assez brutale, sa femme lui répond qu’il n’y connaît rien et qu’il ferait mieux de se taire.  Et c’este vrai que nous sommes terriblement seuls devant la douleur d’une fracture, d’une carie, d’une longue maladie.  Et pourtant il y a parfois des moments de profonde communion dans la souffrance.  Nous l’avons vécu cette semaine.  Nous avons été blessés par ce qui s’est passé, pas simplement émus, mais profondément blessés.  C’est chacun d’entre nous qui a été atteint par ces attentats.  Cela n’a rien de rationnel.  Nous ne connaissons pas personnellement ces victimes.  Cela n’a rien d’égoïste.  Nous ne réjouissons pas d’avoir échappé à ces attentats.  Nous sommes tous profondément blessés par ce qui s’est passé.  Cela nous rappelle que nous ne sommes pas de simples grains de sable, seuls, isolés, sur la plage, en dessous d’un ciel vaste et froid.  Nous sommes solidaires les uns des autres.  Et c’est ce que l’ Christ a voulu nous rappeler au cours de sa vie sur terre.  Et c’est ce que les pharisiens ont refusé en le mettant à mort.  Ils ont refusé la solidarité universelle des hommes entre eux.  Car Dieu ne s’émeut pas seulement pour le malheur de l’un ou de l’autre.  Il s’émeut pour le malheur de chacun d’entre nous. Nous sommes uniques, nous le savons et nous avons raison.  Et quand nous prions, nous le rappelons à Notre Seigneur : « Seigneur, occupe-toi de moi. » Certes, mais comment peut-on rester repliés sur nous-mêmes, sur notre douleur quand le Christ aujourd’hui nous parle non seulement de solidarité communautaire, mais aussi de communion universelle ? Oui, Vendredi Saint est la célébration de la communion dans la souffrance, dont Jésus a été exclu.  Mais dimanche sera la célébration de la communion de la vie, de la résurrection.


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