33ème dimanche ordinaire (B)

Auteur: Didier Croonenberghs
Date de rédaction: 14/11/21
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 2020-2021

Je commence à comprendre pourquoi la communauté m’a invité à venir de temps en temps célébrer à Saint-Jean. Très probablement parce qu’il y a des textes et des évangiles sur lesquels il veut éviter de prêcher… J’imagine qu’il a voulu me refiler la patate chaude aujourd’hui. Merci, Jean-Baptiste, pour ce beau cadeau empoisonné !

« Le soleil s’obscurcira. La lune ne donnera plus sa clarté. Les étoiles tomberont du ciel ». Avouez qu’il y a de quoi être inquiet —presque mal à l’aise— face à ces textes apocalyptiques, tout à fait typiques d’une fin d’année liturgique ! Si, à première lecture, ce style est bien sombre, il est possible d’en donner une lecture toute positive et pleine d’espoir, qui n'a rien à voir avec les enjeux de la Cop26 et de notre planète…

Ces textes peuvent en fait s’interpréter, en se souvenant que le soleil, la lune et les étoiles —dans une certaine symbolique biblique— sont autant d’idoles devant lesquelles on s’incline… L’obscurcissement de la lune, la chute des étoiles seraient ainsi le crépuscule… de nos idoles, de nos projets idéalisés, de nos idéologies ! N’y a-t-il pas des principes que nous considérons immuables et éclatants comme des étoiles, et qui pourtant, sur la carte de notre vie, ne nous font pas avancer ? N’y a-t-il pas des idées, certes brillantes, mais qui offrent peu de clarté dans notre existence ? Il faut parfois que quelque chose décline en nous, qu’un certain horizon s’assombrisse, pour que nous découvrions avec clairvoyance un nouveau chemin inespéré…

Lorsque les Dieux seront morts, il n’y aura plus que des idoles…  affirmait Nietzsche.

L’évangile de ce jour nous rappelle cela de manière positive ! L’effacement de nos idoles amène la clarté de Dieu. C’est bien lorsque nos idoles tomberont —lorsque les étoiles de certaines idéologies s’effaceront— que quelque chose de neuf pourra germer en nous ! Dans cet évangile, Jésus, parle bien de sa venue, mais il la fait précéder d’un déclin… Comme s’il y avait dans toute vie une saine déconstruction, une décroissance féconde. Si on suit cette lecture, ce passage n’évoque pas la fin du monde, mais la fin d’un monde, le nôtre peut-être, lorsque qu’il se construit sur ce qui ne passe pas ! « Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas » nous dit Jésus. Oui, un nouveau monde, durable et construit sur ce qui ne passe pas, est possible… Le danger de tout temps est précisément d’idéologiser, d’idolâtrer ce qui ne passe pas… De chasser les idoles à coup d’idoles, de se débarrasser des idéologies à coup d’idéologie…

Aujourd’hui, même si nous nous enlisons peut-être dans le désenchantement ou la peur du lendemain, osons croire qu’un tel renouveau est possible, dans notre monde, en commençant par notre propre monde de relations. Osons croire que l’inespéré peut surgir comme les bourgeons sur les branches d’un arbre qu’on aurait pu croire détruit par la rigueur de l’hiver. « Laissez-vous instruire par la comparaison du figuier: dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche ! ».

La question qui nous est donc posée aujourd’hui est aussi évidente que complexe. Qu’idéalisons-nous encore trop ? Qu’idolâtrons-nous sans nous en apercevoir ? Quelles sont ces idoles qui ne nous font pas avancer ? Qu’est ce qui brille à nos yeux, et dont l’influence peut être néfaste ?

Enfin, s’il y a des choses qui doivent décroître, c’est parce qu’il y a aussi tout ce qui doit grandir… et pour lequel nous devons œuvrer collectivement. Et si nous ne maîtrisons pas le moment de la venue de ce nouveau monde, nous pouvons en voir des signes. La première lecture nous en parle, avec justement ces images des astres : « Ceux qui ont l’intelligence resplendiront comme la splendeur du firmament, et ceux qui sont des maîtres de justice pour la multitude brilleront comme les étoiles pour toujours et à jamais. »

Voilà ce monde nouveau que nous sommes amenés à construire :
Un monde nouveau, avec une intelligence
qui n’est pas de la brillance.
Un monde nouveau avec une justice
qui n’éclipse pas certains…

L’évangile viendra toujours dans nos vies avec cette subversive  promesse d’une décroissance heureuse et d’un relèvement inespéré. A nous de diffuser cette lumière de Dieu avec intelligence et justice : cette clarté d’en haut qui nous invite sans cesse—en déconstruisant les idéologies— à construire un monde sans cesse renouvelé. Amen.

 

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