Le baptême du Seigneur

Auteur: Ignace Berten
Date de rédaction: 10/01/21
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 2020-2021
Textes : Baptême du Seigneur

Jean prêchait dans le désert. Jean annonçait que les temps étaient venus. Le Messie n’allait pas tarder. Il appelait à la conversion, ses paroles étaient fortes et interpellantes. Il avait autour de lui des disciples. Jésus était sans doute l’un de ces disciples. En signe de conversion, Jean invitait au baptême. Et Jésus s’est fait baptiser par lui. Ce fait semble avoir troublé la première communauté : Jean le baptiseur serait-il plus grand que Jésus le baptisé ? Les évangiles insistent : Jean dit que Jésus est le plus grand.

Ce baptême semble avoir été une expérience particulièrement forte pour Jésus, l’expérience intense de la présence de Dieu comme son Père, l’expérience de son amour, de la confiance qu’il lui fait. « C’est toi mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai mis tout mon amour ». Tout au long de son ministère Jésus vit de cette confiance que Dieu lui fait, et lui-même fait confiance à Dieu son Père jusqu’au bout.

À partir de ce moment, Jésus se sépare de Jean, et il se retire au désert. Temps de prière, temps de réflexion, temps aussi de tentation disent les évangiles. Temps sans doute où Jésus prend conscience de sa mission et peut-être des risques de celle-ci. Puis Jésus commence à prêcher. Selon Matthieu, Jean disait : « Convertissez-vous, le Royaume des Cieux est tout proche », et c’est exactement par ces paroles que Jésus commence sa propre prédication. Manière de signifier que Jésus se situe dans la continuité de l’esprit prophétique représenté par Jean, le dernier des prophètes. Et cependant l’évangile marque une différence importante entre Jésus et Jean. Alors que Jean menace et est très dur, Jésus centre sa prédication sur la bonne nouvelle de la présence maintenant du Royaume. Dans sa première prédication à la synagogue de Nazareth, selon Luc, Jésus cite Isaïe, tout comme Jean, mais le texte cité d’Isaïe est alors comme censuré : la dernière phrase est coupée alors que chez le prophète elle se termine par une menace. Par ses paroles et ses gestes, par son action, Jésus permet aux gens de faire une expérience semblable à la sienne : Dieu est proche, il aime et accueille, il fait confiance, il pardonne, en lui il n’y a ni rancune, ni jugement, ni condamnation.

Dans le passage que nous avons entendu, Isaïe proclame : « Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver, invoquez-le tant qu’il est proche… Notre Dieu est riche en pardon. » Oui, dit Jésus, le Seigneur est tout proche, et il donne de faire l’expérience de sa miséricorde.

Par le baptême, l’Église dit à l’enfant ou à l’adulte : pour Dieu, tu es un fils bien-aimé, une fille bien-aimée, en toi Dieu met son amour. À la suite de Jésus, faire confiance à Dieu comme un Père aimant est libérateur. Entre nous, dans la confiance réciproque, dans l’accueil et dans le pardon, nous pouvons faire aussi l’expérience de cette proximité heureuse de Dieu, nous offrir les uns aux autres cette heureuse proximité.

Bien plus tard, l’évangéliste Jean, ou sans doute l’un de ses disciples, dans le passage de la lettre que nous avons entendu, médite pour nous sur cette expérience. Que nous dit-il ? Si nous croyons en Jésus, nous pouvons croire que nous sommes nés de Dieu, c’est-à-dire que Dieu est aussi vraiment un Père pour nous. Il nous dit qu’aimer Dieu, c’est garder ses commandements, c’est-à-dire aimer comme Jésus a aimé. Ces commandements ne sont pas un fardeau, dit-il. Ce n’est pas une exigence qui pèse sur nous : c’est une libération, une source de vie et de confiance dans la vie. Oui, je crois qu’aimer en vérité et librement est libérateur. Cela ne signifie pas que cela rend la vie toute lisse, sans aspérités dans les relations aux autres. Les évangiles nous laissent entendre que Jésus s’est énervé une fois ou l’autre, il s’est crispé vis-à-vis de Pierre, vis-à-vis de l’incrédulité de ses disciples, vis-à-vis des scribes ou de certains pharisiens. Cela ne l’a pas empêché de faire confiance à ses disciples pour la suite de l’aventure évangélique. Et il nous fait de même confiance.

En famille, en communauté, dans le milieu de travail, dans les associations, il y a des moments d’énervement et des heurts, il y a de l’électricité dans l’air. Mais heureusement, on fait aussi et plus souvent, l’expérience, plus profondément, qu’on est capable de se respecter et de s’aimer les uns les autres en vérité, au-delà des différences et des énervements occasionnels ou parfois plus ancrés.

Et Jean a aussi cette parole qui sonne étrangement pour nous : celui qui croit est vainqueur du monde. Que veut-il nous dire ainsi ? Le monde, c’est-à-dire la société dans laquelle nous vivons, est plein de contradictions, de menaces, de violences. Nous pouvons par moments être menacés de découragement, ou sentir monter en nous une révolte face au monde tel qu’il va. Nous croyons cependant que Dieu nous reste présent : par son Esprit, il nous donne de ne pas nous laisser abattre. Certes le mal est là, avec toute sa violence et sa perversité, mais nous croyons qu’il y a en nous, parmi nous et dans les autres, et parmi ces autres aussi qui ne partagent pas notre foi, des ressources fondamentales de vie et de fraternité. Nous croyons que l’Esprit est à l’œuvre pour tracer des chemins de paix et de réconciliation, à l’œuvre au milieu de nous et qu’il nous appelle à être coopérateur de cette œuvre. C’est dans la confiance réciproque que nous vaincrons ensemble le monde, au sens où Jean l’entend, que nous l’ouvrirons à la lumière de Dieu.