3e dimanche de l'Avent, année A

Croonenberghs Didier

QUI A JESUS N'ATTEND PLUS UN AUTRE

Selon les récentes enquêtes sur les croyances en Occident, le pourcentage des chrétiens diminue tandis qu'augmente celui de ceux qui se disent incroyants  et dont certains demandent que leurs noms soient rayés des registres de baptême. Par-delà les scandales qui éclatent dans l'Eglise, c'est surtout l'omniprésence du mal et le silence de Dieu qui conduisent à la conclusion : « Le ciel est vide. Non Jésus n'est pas le sauveur : il y a trop d'injustice ! ».
Qui n'a pas butté sur cette objection massive qui effectivement ébranle les certitudes ? Même Jean-Baptiste se l'est faite : en prison, menacé d'exécution, il s'est demandé s'il avait eu raison de désigner Jésus comme le Messie attendu. Un Messie qui laisse les innocents périr ?

Jean le Baptiste, dans sa prison, avait appris ce que faisait le Christ. Il lui envoya demander par ses disciples : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? ».
Jésus leur répondit : « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez :
'Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres.' -   Heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi ! ».
Devant le mal triomphant et l'inertie des Eglises, l'incroyant nous questionne encore : « Ne faut-il pas attendre un autre que Jésus ? ». Gardons Noël comme fête de lumière mais sans crèche. Attendons le salut du progrès, de l'enrichissement, ou même ne rêvons plus, résignons-nous à  la vie telle qu'elle est. Que répondre ? Aux ambassadeurs de Jean, Jésus semble faire une réponse décevante. Au lieu de leur promettre une intervention rapide, il leur donne une mission : «Rapporter ce que vous entendez et voyez ». Oui nous pouvons affirmer que des guérisons se réalisent dans l'Eglise. Rarement miraculeuses, elles ne sont pas des preuves mais elles « font signe ». Non, l'Evangile n'est pas une utopie à ranger dans les oubliettes car nous pouvons raconter que partout des chrétiens mènent une lutte acharnée contre la souffrance. Les réalisations dues à mère Térésa ou à l'abbé Pierre ne sont que quelques exemples des innombrables hôpitaux et dispensaires fondés et animés par les chrétiens dans les coins les plus perdus du monde.  La foi n'est pas une fuite ni une indifférence.

Hélas beaucoup de chrétiens ignorent le travail de l'Eglise, l'impact évangélique sur la santé du monde et ils sont désemparés par les questionneurs. La prédication parle beaucoup d'idées et de morale mais manque de récits d'événements qui prouvent que l'Eglise n'est pas seulement un nid de scandales ni une pieuse organisatrice de cérémonies.

Toutefois, pour Jésus, le grand signe est le dernier : « la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres ». Des malades et des handicapés ne sont pas guéris de leur mal, des justes emprisonnés ne sont pas libérés de leur geôle mais pourtant ils s'émerveillent d'écouter un Evangile qui n'est pas une drogue, « un opium », puisqu'il suscite une espérance terriblement active et efficace chez beaucoup de ses porteurs et qu'il mobilise des artisans de paix sur toute la planète.
« Heureux » donc l'homme qui parvient à reconnaître que, s'il n'élimine pas le scandale de la souffrance et du mal, Jésus est vraiment le Messie, le Sauveur.

QUI DONC EST CE JEAN-BAPTISTE ?

Tandis que les envoyés de Jean se retiraient, Jésus se mit à dire aux foules à propos de Jean :
« Qu'êtes-vous allés voir au désert ? un roseau agité par le vent ?...
Alors, qu'êtes-vous donc allés voir ? un homme aux vêtements luxueux ? Mais ceux qui portent de tels vêtements vivent dans les palais des rois.
Qu'êtes-vous donc allés voir ? un prophète ? Oui, je vous le dis, et bien plus qu'un prophète.
Pendant tout un temps, Jean avait attiré des foules qui admiraient sa pauvreté, étaient atteintes par sa prédication de feu, recevaient son baptême, croyaient en ses prédictions. Il n'était pas un « roseau » qui se plie au gré des vents des opinions, ni un homme qui profite de la crédulité des foules pour s'enrichir. Inébranlable jusqu'à oser dénoncer la turpitude du roi, austère jusqu'au dénuement total, courageux jusqu'au martyre, Jean avait vraiment rendu un témoignage de « prophète » c.à.d. d'envoyé de Dieu.  Mais  il est davantage qu'un prophète : sa  grandeur va plus loin.

« C'est de lui qu'il est écrit :
« Voici que j'envoie mon messager en avant de toi, pour qu'il prépare le chemin devant toi ».
Amen, je vous le dis : Parmi les hommes, il n'en a pas existé de plus grand que Jean Baptiste ; et cependant le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui.... ».

En Israël, les Ecritures ne sont pas seulement de l'histoire, des récits d'événements passés mais elles entretiennent l'espérance messianique : ce que Dieu a jadis réalisé pour son peuple, il l'effectuera à nouveau, et même de façon plus stupéfiante encore, en faveur du Messie qu'il enverra.
Ainsi se dévoile « l'accomplissement » qui fut le grand argument de la première Eglise :

1)    Lorsqu'au Sinaï, Dieu a fait alliance avec Israël qu'il allait conduire à travers le désert, il avait dit à Moïse : « Je vais envoyer un ange devant toi pour te garder en chemin et te faire entrer dans le lieu que j'ai préparé » (Ex 23, 20). Donc Jean est « l'ange », l'envoyé de Dieu, chargé de préparer la venue de Jésus qui va conduire les hommes non dans un pays mais dans le Royaume de son Père.
2)    En outre, au retour de Babylone, le prophète Malachie (le dernier de la collection) avait proclamé au peuple découragé par les difficultés: « Vous fatiguez le Seigneur en disant : ' Où est le Dieu qui fait justice ? !! Eh bien Dieu dit : « Voici : j'envoie mon messager. Il aplanira le chemin devant moi... » (Mal 2, 17 - 3, 1). -- Il est remarquable que le « MOI » (Seigneur Dieu) devient « TOI » (c.à.d. Jésus lui-même) dans la citation de l'évangile : ce qui laisse entendre que Jésus est bien le Seigneur attendu en personne !
3)    Enfin, le livre du même Malachie se termine ainsi : « Je vais vous envoyer ELIE le prophète, avant que ne vienne le Jour du Seigneur, jour grand et redoutable » (Mal 3, 23). En ayant revêtu le même manteau qu'Elie, Jean n'en est pas la réincarnation mais bien le prophète qui remplit la mission prévue : il annonce la venue des derniers temps (qui ne se confondent pas avec la fin du monde).

Donc, conclut Jésus, Jean est bien « le plus grand » des hommes puisque non seulement il rappelle au peuple les exigences de la Loi mais il est celui qui a l'honneur et le privilège de désigner enfin le Messie espéré. Néanmoins Jésus ajoute:
« .....cependant le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui.... ».

Jean reste un croyant de la Première Alliance, celle de la Loi qui est enseignée et intimée comme obligatoire pour ceux qui l'écoutent et doivent s'efforcer de lui obéir. Mais Jésus vient pour réaliser le 3ème et dernier exode (cf. dimanche passé): conduire le peuple non vers un pays mais dans le Royaume de Dieu, pas seulement l'appeler à se convertir mais lui offrir le pardon, pas seulement l'enseigner mais lui donner la force d'aimer, pas seulement le baptiser mais lui donner le feu de l'Esprit-Saint.
C'est pourquoi « le plus petit » chrétien qui accueille Jésus est sous le régime de la Nouvelle Alliance, celle dont Jean, en dépit de sa grandeur, ne soupçonnait pas les richesses.
Les envoyés de Jean sont revenus près de Jean et lui ont transmis le message. Quelques jours plus tard, toujours fidèle,  il a été décapité. (récit de sa mort : Matt. 14)

Noël : proclamer que ce nouveau-né, couché sur la paille dans la nuit d'un village, est bien le Seigneur, le Sauveur : quel scandale ! Savons-nous répondre ? Qu'avons-nous à raconter ? Comment rendre compte de notre foi ? Sommes-nous informés non seulement sur le credo mais sur les effets pratiques du credo ?...Saisissons-nous la différence radicale entre le disciple de Jean et celui de Jésus ?...


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