2014-2015

Zondag, 22 februari 2015

1er dimanche de Carême B

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Philippe Cochinaux

« Il vivait parmi les bêtes sauvages et les anges le servaient ». Avec un tel verset, plusieurs hypothèses s’offrent à nous. La première serait plutôt d’ordre culinaire. Les anges étant de fins cuisiniers, peut-être qu’ils assaisonnaient et cuisinaient superbement en sauce toutes ces bêtes sauvages qu’ils avaient à leur disposition et ils servaient Jésus. Celui-ci passa ainsi quarante jours de bonheur gastronomique au cœur d’un désert dignement étoilé. La deuxième hypothèse serait quant à elle plus humoristique. Comme tout être humain, Jésus étant effrayé par toutes ces bêtes sauvages, s’est dit que la seule façon de dépasser ces émotions négatives était d’en rire et de se les représenter de manière ridicule comme tant de peintres l’ont fait au cours des siècles. Jésus passa ainsi quarante jours de franche rigolade au désert. Quant à la troisième hypothèse et c’est celle qui retiendra mon attention ce soir, les bêtes sauvages vivent en parfaite harmonie avec les anges. Tout est paisible. La peur n’a plus de prise. Le Carême devient alors une invitation à vivre un temps de pacification intérieure conduisant à un nouvel ordre, celui d’une paix retrouvée.

Etre inachevés par excellence, n’y a-t-il pas en tout être humain une faune sauvage qui côtoie une armée d’anges ? Un peu comme dans Tintin finalement où, à plusieurs reprises, lorsqu’il est confronté à des choix, Milou se retrouve, avec en phylactère, les représentations d’un milou ange tout de bleu vêtu et d’un milou démon aux couleurs rouges vives.   Bêtes sauvages et anges disent à leur manière quelque chose de notre propre humanité. C’est vrai, comme le dit si bien saint Paul, nous faisons parfois ce que nous ne voulons pas et nous ne comprenons pas toujours pourquoi nous agissons de la sorte. Cela semble nous dépasser. Des mots, des regards, des gestes sont parfois assassins et résultent d’une dureté de notre propre cœur. Il suffit parfois d’un simple énervement, d’une fatigue, d’un trop plein de soucis. Nous nous quittons de nous-mêmes et ne sommes plus en phase avec notre propre destinée. Lorsque nous faisons ce type d’expérience, nous sommes hors de nous-mêmes et notre langue française le dit si bien : « je suis hors de moi ». En langage théologique, nous dirions que nous sommes devenus sclérocardiaques, c’est-à-dire des êtres dont le cœur s’est endurci. L’agressivité prend alors le dessus dans notre cœur qui est devenu une véritable jungle avec ses propres lois où le plus fort cherche à gagner, quitte à écraser le plus faible. A cet instant précis, la faune sauvage a pris le dessus sur nous. Nous pourrions évidemment tomber dans une forme de désespérance. Toutefois, cela n’est pas de l’ordre de notre foi car même lorsque nous sommes envahis de tels sentiments, il y a toujours, en tout être humain, une armée d’anges qui attendent l’instant idéal pour reprendre le dessus. Au cœur de notre cœur, le combat devient alors inégal car les armes de la tendresse vaincront toujours la bête sauvage intérieure. En ce début de Carême, chacune et chacun d’entre nous, nous sommes poussés par l’Esprit pour partir dans notre désert intime. Dieu nous offre quarante jours pour retrouver cette paix intérieure nécessaire à la compréhension du mystère de cette Pâques qui nous est offerte à toutes et à tous. Nous sommes conviés à vivre un chemin de pacification véritable, celle qui commence d’abord par nous. N’ayons pas ou plus peur de nous-mêmes. Acceptons-nous dans la fragilité de notre humanité qui fait l’essence même de notre être. Redécouvrons que cette fragilité peut devenir une véritable force de vie lorsque nous sommes capables de la reconnaître. De quelle manière ? Tout simplement, tout tendrement, en osant la partager avec celles et ceux de qui nous nous faisons proches. Une fragilité partagée n’est pas un aveu de faiblesse, elle est plutôt une occasion donnée d’être dorénavant portée par d’autres personnes aimées. Je ne suis plus seul à l’affronter. Lorsque je suis capable de faire l’expérience d’une tel partage, je découvre à nouveau que la loi du plus fort n’a plus lieu d’être. Il n’est plus nécessaire de montrer les dents et de sortir nos griffes. Je n’ai plus peur de moi. Je n’ai plus peur des autres. Je n’ai plus peur de Dieu. Je m’accepte et me découvre accepté et aimé tel que je suis. Je suis ainsi pacifié. Voilà donc ce que le Carême nous invite à vivre durant ces quarante jours. Dommage qu’il soit alors si court. La vie ne serait-elle pas plus belle encore si nous pouvions vivre dans un monde de paix où il n’y aurait plus de place pour la peur, le ressentiment, la rancune, l’amertume, la tristesse. Dans ce monde-là, nous goûterons chaque jour la douceur et la tendresse de Dieu. Telle est la promesse de Pâques.

Amen

 

 


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